Identification

Articles taggés avec: Marcel Alalof

A côté du miroir, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je me souviens que nous étions sortis ensemble, il y a longtemps. Puis la vie sans heurts nous a séparés. Je ne sais pourquoi, je la rencontre toujours ou presque, lorsque je ne vais pas bien. Nous ne nous disons pas grand-chose ; il n’est pas nécessaire de parler pour que le courant passe. Nous sommes assis côte-à-côte sur le banc d’un jardin public. Elle ne dit rien ; je suis bien. Ou, je la rencontre à la sortie de l’école, où elle a vraisemblablement déposé un enfant. Nous marchons de concert, sans parler et je suis bien. Je sens quelque chose de doux qui circule entre nous. J’ai l’impression que ce serait moins bien si nous parlions. Je crois toujours que nous allons continuer à nous revoir. Puis, je me réveille, m’aperçois que j’ai rêvé, que tout cela est loin, mais ce doux rêve me laisse serein pendant plusieurs jours.

Au-delà des apparences, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mardi, 23 Août 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

J’ai rendez-vous avec une jeune femme que je ne connais pas. Elle arrivera, en principe, vers 6:00 du soir. Il est presque l’heure.

Je commence à mettre un peu d’ordre dans le bureau. Je range les Kleenex qui trônent au milieu du meuble, fais disparaître la tasse de café vide, écarte toute trace de ce qui pourrait paraître saugrenu, car il s’agit d’une réunion de travail. Je ne repeins pas les murs, mais j’aimerais bien.

Le réveil sonne. Il est 18:00. Au même moment, le carillon de la porte annonce une visite. Je me lève pour aller ouvrir. Mais, la porte n’était pas fermée.

Entre, non pas une femme, mais la femme, le zéro défaut, ou peu s’en faut. En tout cas je n’en vois pas. Au-delà des traits réguliers, de la stature, émane d’elle une incroyable chaleur. Elle n’est pourtant pas en représentation, mais en retrait, réservée. Je la fais entrer dans mon bureau où la discussion s’instaure.

Pourquoi, par Marcel alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 09 Décembre 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Parce que vous m’avez ému et que je vous emmerde.

Parce que vous m’avez aimé et que je n’ai osé vous sourire

Lorsque nous nous sommes revus,

Et que j’ai fait semblant de ne pas vous voir,

Et que j’ai fait sans gland.

Parce que j’ai peur de vous, mes souvenirs.

Parce que je vous aime.

Parce que l’amour est beau quand on le veut bien, etc.

Parce que j’étais quelqu’un avant d’avoir quelqu’une

Et que je suis mort parce que je ne vis plus.

Mère vieille

Ecrit par Marcel Alalof , le Vendredi, 11 Septembre 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

J’ai tendance à vouloir emprunter la descente de la rue en pente qui mène à son appartement, mais l’immeuble se trouve en haut. Je continue à monter péniblement, penché en avant, ayant l’impression de gravir le sommet d’une montagne. Mes jambes me portent à peine, je suis sans force.

J’arrive devant le portail clos. Il suffirait d’avoir oublié le code, pour trouver une bonne raison de rebrousser chemin. Mais, le code m’a été inculqué, il est gravé en moi ; et je ne peux feindre.

Je gravis les escaliers qui mènent vers ce passé que je hais parce que je ne l’ai pas oublié.

Avant même que je frappe, la porte s’ouvre. Elle guettait. Le lieu n’a pas changé. Comment aurait-il pu ?

L’absence de luminosité n’est pas révélatrice du temps qui passe. Je remarque, au prix d’un effort marqué d’accoutumance ou d’accommodation, les meubles toujours les mêmes, rachetés cinquante ans plus tôt aux précédents locataires, meubles sans âge. Comme elle. Le chauffage est coupé, car l’électricité coûte cher. Elle se chauffe au café et à la cigarette.

Glauque

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 03 Juin 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

C’est un soir de semaine. Lundi ou mardi. Le restaurant est pratiquement vide. Seules deux tables, situées non loin l’une de l’autre, sont occupées. La première par Heinrich et Patrick. À une autre table, Catherine-Annick, née sous le signe des Gémeaux, apporte une dernière touche à l’étude graphologique commandée par la direction des ressources humaines d’une compagnie d’assurances.

Patrick écoute Heinrich, qui parle tout en ne quittant pas des yeux la table voisine. Cette fille élancée l’attire, lui plaît. En fait il s’ennuie. Catherine-Annick termine son ouvrage et range ses papiers dans sa serviette de nylon noir au logo du client. Patrick observe son profil qui ne lui paraît pas être celui d’une femme seule. Henri ne se pose pas de questions. Il se lève, s’approche de la table de la jeune femme, lui parle doucement : « Pardonnez-moi ! nous aimerions vous inviter à notre table, si vous n’attendez personne ! » Catherine-Annick hésite à peine. Pourquoi dîner seule ?

« Pourquoi pas ? » répond-elle, avec le sourire. Patrick, resté assis, observe toujours son profil, la voit se lever et suivre Heinrich. Il se dit qu’après tout, il n’est pas obligé de faire la conversation. Il détaille la silhouette de la jeune femme : longiligne, épaules bien dessinées de nageuse de crawl, aux petits seins fermes haut plantés. Puis, il tourne la tête dans le sens opposé, gêné qu’elle ait pu remarquer qu’il la scrutait du regard.