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Presque par hasard, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 20 Juin 2018. , dans La Une CED, Ecriture, Récits

 

Pendant mes années avec Danielle, je suis parti en vacances avec des romans de Sollers, le seul auteur à ce jour qui m’a permis de sauter autant de pages que je le voulais, sans provoquer en moi honte ou culpabilité. J’ai compris avec lui, que le lecteur n’était pas obligé de tout lire. Grâce à lui, j’ai compris que tout le monde pouvait écrire. Puis, je suis passé aux essais de Sollers, où j’ai découvert tout autre chose et son talent. Tout cela pour dire qu’on peut être grand écrivain sans savoir raconter une histoire. Aux confins de l’Ile-De-France, dans le lycée où j’ai fait mon internat, j’ai côtoyé celui qui m’a fait connaître Les Chants de Maldoror. Le livre était sur sa table, dans la salle d’études. Mais, il ne m’a jamais parlé du livre qui, sur le bureau, était son secret.

Lectures, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 09 Mai 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Hier matin, j’ai essayé de me lever. Impossible. J’avais l’impression d’avoir des lances dans la poitrine, qui me plaquaient au lit. Trois semaines d’arrêt : épuisement physique et nerveux. Le médecin vietnamien qui me soignait avait conclu le diagnostic en me disant : « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! ». J’ai pratiquement toutes les œuvres de Stefan Zweig, introuvables à cette époque, que j’ai pu me procurer dans les fonds d’édition par un ami libraire. Les prix n’ont même pas été révisés. Je paie certains livres au prix qu’ils valaient dans les années 30. Sur beaucoup d’entre eux, 24 heures de la vie d’une femme ou Amok, je vois sur la couverture le nom de l’éditeur français « Victor Altinger » disparu depuis, dont le fonds a été repris par Stock. Je connais mal l’auteur. Mais, quelques années plus tôt j’avait lu dans Le Monde, sous forme de feuilleton, Le joueur d’échecs, qui m’avait passionné.

A little bit more, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Le train entre en gare de Clermont-Ferrand, son terminus. Il ouvre les yeux, ne sait pas d’abord où il est. Il voit le compartiment désert, son livre tombé à ses pieds. Il réalise qu’il s’était assoupi. Il sent son visage, son cou, ses épaules, détendus, comme après une séance de yoga ou de relaxation. Il empoigne son cartable de cuir marron qui l’accompagne depuis les premières heures de l’Université, un cadeau de son oncle, lorsqu’il avait réussi en candidat libre son baccalauréat que la famille n’attendait plus. Il traverse le couloir, dans le sens le plus proche de la sortie de la Gare. Au moment où il arrive vers la porte, il devine une personne devant lui, qui a quelque peine à descendre sa valise sur le quai, bloquée à l’entrée par le volume de celle-ci. Il lui propose son aide, sans même la regarder. Ou plutôt si, il la regarde au moment où il termine sa phrase. Il voit une jeune femme brune aux cheveux courts, petit nez, yeux clairs, encore joufflue, qui lui sourit avec timidité. Il a tout de suite envie d’elle. Il lui propose de porter sa valise jusqu’à la station de taxis, entame la conversation. Elle a vingt-deux ans, est stagiaire dans un club de vacances, rentre passer quelques jours chez ses parents. Il lui dit qu’il vient pour une expertise judiciaire. Il est descendu à l’hôtel de la Gare, sur la place de la Poste, qu’il aime beaucoup pour son calme et son excellente table.

Sensuelle, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

J’avance à pas rapides, dans le hall de ce centre commercial immense, pareil à celui d’un aéroport ultra-moderne, de structure toute métallique.

J’emprunte l’un des escaliers roulants descendant. Une personne, une femme, est à sept ou huit marches devant moi. Je me positionne sur la gauche pour la doubler, me rapprochant petit à petit. Elle se tient à la rampe, lascive. Elle a tout son temps, en fait elle est disponible. Je ressens cette détente qui émane d’elle avant même de l’avoir observée. Je suis près d’elle, à deux marches derrière et la contemple de demi-profil. Je vois ses cheveux châtains noués en un chignon léger sur un port de reine. Je devine ces formes de profil sous son pull de coton marron tricoté, assorti au ton sombre de sa chevelure, ses seins remplis, sa taille fine, la ligne de ses cuisses longues et musclées. Je ressens toute sa féminité, aussi bien par ce que j’observe que par ce qu’elle dégage.

Je dois l’aborder, faire sa connaissance. Mais, je sais que ma gorge déjà gonflée de désir, ne pourra laisser échapper de son qu’inharmonieux, que mon esprit déréglé par mes sens ne saura me venir en aide.

L’escalier roulant toujours descend, accompagnant l’incarnation parfaite de la volupté jusqu’au niveau inférieur.

La jouer solo, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 24 Janvier 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Lorsque la bouteille de champagne déborde sur la table, je me dis que ça ne m’était pas arrivé depuis que j’étais enfant. Toujours la question du temps qui passe. Et l’âge ! Son premier signe chez l’adulte « en bonne santé », les douleurs articulaires. Je me suis fait opérer de mes stigmates aux deux mains : un succès, mais je suis astigmate. Le seul souvenir de ma période d’introversion où j’écrivais la nuit, trois fois par an : l’alcool ; boire à gorge déployée et ne jamais être saoûl. Dire en titubant : « Je ne suis pas saoûl ». La saoûlitude tue la solitude. Au début, être seul avec soi-même c’est être mal accompagné. Et puis, après, une fois qu’on sait, c’est être quelqu’un ou avoir quelqu’une. On est saoûl quand on croit, au milieu des concessions, que tout va bien. En fait, tout va trop vite, on n’a pas le temps de faire le point ou l’appoint. On n’a pas le temps de penser, ou s’arrêter à ce qu’on pense, parce qu’il y a urgence. Partager à tout prix ; et le jardin secret ?

Boire du vin quand on est triste et de la bière pour le devenir. A l’aéroport de Tahiti on entend l’ivrogne dans les toilettes hurler : « Papeete ! ». Cet alcool qui brise les barrières fait venir l’esprit. Mais tous les gens saoûls ont le même humour qui me donne des hauts-le-cœur et me révulse.