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Sensuelle, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

J’avance à pas rapides, dans le hall de ce centre commercial immense, pareil à celui d’un aéroport ultra-moderne, de structure toute métallique.

J’emprunte l’un des escaliers roulants descendant. Une personne, une femme, est à sept ou huit marches devant moi. Je me positionne sur la gauche pour la doubler, me rapprochant petit à petit. Elle se tient à la rampe, lascive. Elle a tout son temps, en fait elle est disponible. Je ressens cette détente qui émane d’elle avant même de l’avoir observée. Je suis près d’elle, à deux marches derrière et la contemple de demi-profil. Je vois ses cheveux châtains noués en un chignon léger sur un port de reine. Je devine ces formes de profil sous son pull de coton marron tricoté, assorti au ton sombre de sa chevelure, ses seins remplis, sa taille fine, la ligne de ses cuisses longues et musclées. Je ressens toute sa féminité, aussi bien par ce que j’observe que par ce qu’elle dégage.

Je dois l’aborder, faire sa connaissance. Mais, je sais que ma gorge déjà gonflée de désir, ne pourra laisser échapper de son qu’inharmonieux, que mon esprit déréglé par mes sens ne saura me venir en aide.

L’escalier roulant toujours descend, accompagnant l’incarnation parfaite de la volupté jusqu’au niveau inférieur.

La jouer solo, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 24 Janvier 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Lorsque la bouteille de champagne déborde sur la table, je me dis que ça ne m’était pas arrivé depuis que j’étais enfant. Toujours la question du temps qui passe. Et l’âge ! Son premier signe chez l’adulte « en bonne santé », les douleurs articulaires. Je me suis fait opérer de mes stigmates aux deux mains : un succès, mais je suis astigmate. Le seul souvenir de ma période d’introversion où j’écrivais la nuit, trois fois par an : l’alcool ; boire à gorge déployée et ne jamais être saoûl. Dire en titubant : « Je ne suis pas saoûl ». La saoûlitude tue la solitude. Au début, être seul avec soi-même c’est être mal accompagné. Et puis, après, une fois qu’on sait, c’est être quelqu’un ou avoir quelqu’une. On est saoûl quand on croit, au milieu des concessions, que tout va bien. En fait, tout va trop vite, on n’a pas le temps de faire le point ou l’appoint. On n’a pas le temps de penser, ou s’arrêter à ce qu’on pense, parce qu’il y a urgence. Partager à tout prix ; et le jardin secret ?

Boire du vin quand on est triste et de la bière pour le devenir. A l’aéroport de Tahiti on entend l’ivrogne dans les toilettes hurler : « Papeete ! ». Cet alcool qui brise les barrières fait venir l’esprit. Mais tous les gens saoûls ont le même humour qui me donne des hauts-le-cœur et me révulse.

A côté du miroir, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Samedi, 22 Avril 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je me souviens que nous étions sortis ensemble, il y a longtemps. Puis la vie sans heurts nous a séparés. Je ne sais pourquoi, je la rencontre toujours ou presque, lorsque je ne vais pas bien. Nous ne nous disons pas grand-chose ; il n’est pas nécessaire de parler pour que le courant passe. Nous sommes assis côte-à-côte sur le banc d’un jardin public. Elle ne dit rien ; je suis bien. Ou, je la rencontre à la sortie de l’école, où elle a vraisemblablement déposé un enfant. Nous marchons de concert, sans parler et je suis bien. Je sens quelque chose de doux qui circule entre nous. J’ai l’impression que ce serait moins bien si nous parlions. Je crois toujours que nous allons continuer à nous revoir. Puis, je me réveille, m’aperçois que j’ai rêvé, que tout cela est loin, mais ce doux rêve me laisse serein pendant plusieurs jours.

Au-delà des apparences, par Marcel Alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mardi, 23 Août 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

J’ai rendez-vous avec une jeune femme que je ne connais pas. Elle arrivera, en principe, vers 6:00 du soir. Il est presque l’heure.

Je commence à mettre un peu d’ordre dans le bureau. Je range les Kleenex qui trônent au milieu du meuble, fais disparaître la tasse de café vide, écarte toute trace de ce qui pourrait paraître saugrenu, car il s’agit d’une réunion de travail. Je ne repeins pas les murs, mais j’aimerais bien.

Le réveil sonne. Il est 18:00. Au même moment, le carillon de la porte annonce une visite. Je me lève pour aller ouvrir. Mais, la porte n’était pas fermée.

Entre, non pas une femme, mais la femme, le zéro défaut, ou peu s’en faut. En tout cas je n’en vois pas. Au-delà des traits réguliers, de la stature, émane d’elle une incroyable chaleur. Elle n’est pourtant pas en représentation, mais en retrait, réservée. Je la fais entrer dans mon bureau où la discussion s’instaure.

Pourquoi, par Marcel alalof

Ecrit par Marcel Alalof , le Mercredi, 09 Décembre 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Parce que vous m’avez ému et que je vous emmerde.

Parce que vous m’avez aimé et que je n’ai osé vous sourire

Lorsque nous nous sommes revus,

Et que j’ai fait semblant de ne pas vous voir,

Et que j’ai fait sans gland.

Parce que j’ai peur de vous, mes souvenirs.

Parce que je vous aime.

Parce que l’amour est beau quand on le veut bien, etc.

Parce que j’étais quelqu’un avant d’avoir quelqu’une

Et que je suis mort parce que je ne vis plus.