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Articles taggés avec: Marc Michiels (Le mot et la chose)

La beauté du monde La littérature et les arts, Jean Starobinski

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Jeudi, 20 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Essais, Gallimard

La beauté du monde La littérature et les arts, coll. Quarto, juin 2016, 1344 pages, 30 € . Ecrivain(s): Jean Starobinski Edition: Gallimard

 

« Un parcours inachevable, à travers une série indéfinie de circuits, appelant le regard critique dans une histoire qui est à la fois la sienne propre et celle de son objet : c’est là sans doute l’image de cette activité sans terme où s’engage la volonté de comprendre (…) Comprendre, c’est reconnaître que toutes les significations demeurent en suspens tant que l’on n’a pas achevé de se comprendre soi-même ».

Pour Martin Rueff (à qui nous devons cette édition parue en Quarto aux éditions Gallimard), Jean Starobinski est l’un des plus grands critiques du 20e siècle, son rapport aux Lumières n’est pas qu’un rapport d’objet. Le critique est homme des Lumières, en partageant son regard, avec la permanence dévoilée, car il fut l’un des premiers à lier l’exposition de soi à la doctrine rousseauiste de la vérité – une société du masque, une insurrection vitale où « le paraître et le mal ne font qu’un ». Starobinski exprime une « vérité absente » par le langage, tout à la fois espace d’une mise en forme de soi, mais aussi dans sa dissimulation, dans sa révélation, dans son dévoilement exprimé ; sans autre appui que l’œuvre elle-même. Ce que doit être l’objet même de la critique c’est de permettre de définir un parcours pour l’offrir à la méditation, la nôtre !

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, Salman Rushdie (2nde critique)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 07 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Iles britanniques, Roman, Actes Sud

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, septembre 2016, trad. anglais Gérard Meudal, 320 pages, 23 € . Ecrivain(s): Salman Rushdie Edition: Actes Sud

« Elle vit l’aube approcher et discrètement elle se tut »,

Les Mille et Une Nuits

 

Dans son dernier roman paru aux éditions Actes Sud, Salman Rushdie règle ses « contes » en un rien de temps : « Raconter le passé, c’est aussi raconter le présent ». Un livre à mettre entre toutes les mains !

Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits est un conte qui oppose la tradition du fantastique dans la littérature orientale à la tradition occidentale de l’irréalisme tout en interrogeant notre vie contemporaine à la lumière de l’histoire, de la mythologie ou d’une théogonie qu’en Occident nous ne connaissons que trop peu. Un livre sur la folie et la raison, sur la « normalité » ou sur les « étrangetés » qui, si les unes ou les autres prennent le dessus, conduisent les hommes à leur destruction, irrémédiablement. Seule l’acceptation des différences permet l’équilibre des contraintes et, en quelque sorte, l’absence de la déraison !

Moderne sans être occidental. Aux origines du Japon aujourd’hui, Pierre-François Souyri

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Lundi, 26 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Essais, Gallimard

Moderne sans être occidental. Aux origines du Japon aujourd’hui, mai 2016, 496 pages, 25 € . Ecrivain(s): Pierre-François Souyri Edition: Gallimard

 

 

Lire Pierre-François Souyri, c’est (re)lire l’Histoire du Japon avec un grand H. Dans son nouveau livre, Moderne sans être occidental. Aux origines du Japon aujourd’hui, l’histoire récente montre au contraire que la modernité telle que nous la concevions n’était que l’un des aspects particuliers d’un phénomène mondial. L’histoire du Japon montre que la naissance au monde moderne ne fut pas simplement imposée de l’étranger, comme « revêtement superficiel, un ravalement extérieur, un barbouillage de façade », comme l’écrivit Shiga Shigetaka dans le manifeste de la nouvelle revue Nihonjin (1888). Mais vécue comme une construction à résister à une hégémonie culturelle, à une puissance militaire, grâce à un mouvement modernisateur issu des profondeurs de la société japonaise elle-même, accompagnant « la réforme des esprits » par différentes réformes administratives.

Et j’ai su que ce trésor était pour moi, Jean-Marie Laclavetine

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 02 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Et j’ai su que ce trésor était pour moi, janvier 2016, 288 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Laclavetine Edition: Gallimard

 

« Le jour où l’un de nous arrive sans une histoire à raconter, l’autre est tenu de le quitter sur-le-champ, sans explication, sans regret, sans retour. D’accord ? »

 

Et j’ai su que ce trésor était pour moi, paru cette année chez Gallimard, est un roman sur le sentiment amoureux qui se raconte des histoires comme pour alimenter à chaque instant le feu d’un amour clandestin, contrarié par les mensonges, les silences, d’un amour physique dévorant l’autre, comme une évidence, mais aussi d’un amour sur et par la littérature.

Comme si la fiction avait ouvert les grilles des cages, du mur de l’enceinte pour mieux émerger, « ivres de mots, sans les draps qui étaient le camp de base », de belles histoires. L’histoire d’une rencontre dans les plis de la guérison, dans le lit de la vie. Certes, vivant en amoureux de passage, il y en eût des étoiles filantes, les « vrais décevants », les magnifiques, les transparents suffocant dans la vaste mer de l’oubli, qui certains soirs dans son cortège d’ombres « donne la nausée avec ses balancements incessants, son écume noire, ses phosphorescences glauques ».

L’Ombre animale, Makenzy Orcel

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 06 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Zulma

L’Ombre animale, janvier 2016, 352 pages, 20 € . Ecrivain(s): Makenzy Orcel Edition: Zulma

 

« Entre Toi et l’enfant mal élevée, l’insoumise, il y avait un monde, que dis-je une éternité, j’appartenais à la musique du vent, elle au songe, à un lieu sans raison d’être ».

 

Ne serait-on pas plus vivant mort que vivant en silence dans le monde des hommes ?

C’est à cette question que Makenzy Orcel souhaite répondre, dans son très beau poème, « vers la lumière » à la fin de son texte :

« … je ne suis pas morte, je vais à ma rencontre, je t’avais prévenu, ça n’a absolument rien à voir avec une histoire, je ne ferai toujours que vomir, crier, pour ne pas m’étouffer, la parole des morts est une parole solitaire, car les vivants sont des vases vides, ils n’ont d’écoute que pour eux-mêmes… »

Un texte qui aborde la narration sans une ponctuation comme pour clamer sans s’arrêter cette histoire violente, noire et qui libère son trop-plein à chaque virgule, à chaque secousse.