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Articles taggés avec: Maëlle Levacher

Ailes ouvertes, Jean-Yves Lenoir

Ecrit par Maëlle Levacher , le Mardi, 11 Juillet 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, L'Harmattan

Ailes ouvertes, 142 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Lenoir Edition: L'Harmattan

 

Alors que l’on parcourt la Table d’Ailes ouvertes avant de le refermer, le contenu de chacune de ses trente-sept sections nous apparaît distinctement. Il est rare que les sections d’un ouvrage s’ancrent exhaustivement dans la mémoire du lecteur. Ce livre compile, certes, des textes écrits indépendamment les uns des autres, mais c’est bien au talent de l’auteur qu’il faut attribuer l’identité serrée, condensée, de chacune de ces proses poétiques, qui composent d’ailleurs un ensemble en rien disparate. Chaque section ressemble à la toile d’un peintre qui, image fixe, « aplatit » un récit dans l’espace et le temps. Mais quelques motifs récurrents assurent l’unité d’ensemble. Variations de figures féminines, enfantines ; variation polysémique du papillon blanc, qui est la page appelant l’encre, mais aussi l’avatar de femmes aimées ou disparues, et surtout l’avatar du poète, son relai-espion ayant seul, par sa légèreté et sa mobilité, accès à tous les recoins de la mémoire. Ces variations donnent au recueil une unité de ton ; ainsi font une valeur mêlée aux couleurs pures, ou un vernis passé sur l’œuvre achevée, pour donner son uniformité à une toile aux motifs bigarrés. La Loire, personnage à part entière du livre, pourrait être cette valeur ou ce vernis qui passe sur tout, dans tout, l’imprègne sans le saturer.

Les Vivants au prix des morts, René Frégni

Ecrit par Maëlle Levacher , le Mardi, 04 Juillet 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Les Vivants au prix des morts, mai 2017, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): René Frégni Edition: Gallimard

 

Deux promeneuses, dont l’une « grince dans le silence de l’autre » (p.17), annoncent le compagnonnage du narrateur avec Kader, l’ombre qui brise « ce lumineux silence posé comme un globe de verre sur ma vie » (p.31). Quelque douces que soient les teintes des collines provençales, un équivoque rouge s’y invite, couleur du sang qui irrigue la vie et fuit dans la mort, de l’espérance révolutionnaire comme des carnages contemporains, de la couverture du cahier, enfin, où le narrateur déploie son récit ; elle est d’« un rouge qui réveille les mots » (p.14) et les morts.

Ce roman parle de braquage, d’évasion, de magot, d’un homme souillé par une complicité criminelle et rongé par la peur de conséquences. On n’aborde pas un roman policier sans accepter d’emblée les conventions du genre. Celles, d’abord, qui taillent les personnages (taulard en cavale charmant et malfaisant ; flic sagace aux allures de malfrat…). Celles, ensuite, du dispositif narratif : le narrateur commence par alimenter un paisible journal des hasards quotidiens dont il transcrit la poésie avec une vraisemblable liberté d’associations d’idées.

Les Croix des champs, François Koltès

Ecrit par Maëlle Levacher , le Lundi, 26 Juin 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles

Les Croix des champs, éd. L’Œil d’Or, coll. Fictions, 2015, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): François Koltès

 

Les nouvelles rassemblées dans Les Croix des champs placent un personnage face à l’irréversible : impossibilité de fonder le foyer espéré, de revenir à un projet ou à une ingénuité d’avant-guerre, de s’affranchir de désirs irrépressibles pour l’un et d’une situation d’exploitation pour l’autre, ou encore d’effacer son implication dans la mort pourtant accidentelle d’autrui. L’auteur peint les longues existences dont les jours sont ritualisés par les nécessités rurales ou montagnardes, mais aussi la brutalité de basculements. Ceux-ci peuvent être la conséquence d’une prise de décision, ou l’effet d’un accident. L’auteur ne privilégie pas l’un ou l’autre de ces ressorts narratifs : explorant les existences particulières les plus routinières, il semble vouloir en montrer les singularités et les bifurcations imprévisibles. Contraintes de subsistance et déterminismes sociohistoriques régissent durablement des vies qui sont un jour redéfinies par les contingences : incidents, rencontres, révélations poussent les personnages vers leur vérité intime, et les nouvelles jusqu’à une fin le plus souvent ouverte.

Courir à l’aube, Frédérique Germanaud

Ecrit par Maëlle Levacher , le Jeudi, 11 Mai 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Courir à l’aube, La Clé à molette, coll. Hodeïdah ! 2016, 136 pages, 14 € . Ecrivain(s): Frédérique Germanaud

 

Après une catastrophe qui a décimé sa population, une ville s’est reconstruite. Chacun à leur manière, des survivants balbutient leur retour à la vie, ou simplement le prolongement de leur existence. Pour la femme dont nous suivons les pensées, la vie s’est arrêtée dix ans auparavant, sans que l’existence s’interrompe. Elle se raconte à elle-même son rapport au temps, aux choses, au souvenir et à soi. Peut-on remettre la vie en mouvement, collectivement, individuellement ? Des bâtiments et des souvenirs, que faut-il effacer, conserver, restaurer et renouveler ? Ne doit-on pas trahir le passé pour se sauver ? Faut-il se sauver ? Malgré un point de vue critique sur ce et ceux qui l’entourent, elle demeure dans une neutralité désabusée et passive à l’égard du réel, dont la fin du roman suggère qu’elle n’est pas seulement la conséquence traumatique d’une catastrophe collective.

La succession de ses pensées a le phrasé haché d’une subjectivité qui voit et qui se regarde voir.