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Articles taggés avec: MCDEM (Murielle Compère-Demarcy)

En son temps, Jean-Louis Rambour

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 06 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Poésie

En son temps, Editions L’Aventure Carto, mai 2018, photographies Yvon Kervinio, 31 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Rambour

 

L’« Avertissement » nous renseigne sur la démarche : c’est le photographe ici (en l’occurrence Yvon Kervinio) qui a sollicité l’écrivain-poète (en l’occurrence Jean-Louis Rambour) pour écrire sur des paysages et des gens immortalisés à une époque, en un lieu, dans des clichés photographiques. Le résultat est ce superbe livre des éditionsL’aventure carto (éditeur morbihannais de cartes, photopostales et livres) avec, en regard des prises de vue, des textes tenus à hauteur de l’humanité « des gens » qu’il célèbre. Jean-Louis Rambour le poète n’a eu connaissance, avant d’en écrire une histoire, ni du lieu ni de la date ni des circonstances des « imagesen reportage » focalisées par le breton Yvon Kervinio. Son imaginaire demeurait donc intact, libre de prendre le large vers le ciel de son choix.

Nous voyons, par les « yeux » du poète, des vies uniques fixées sur la photographie reprendre une vie singulière. Des gestes de situations communes, de la vie courante surgissent – un homme portant le landau d’un enfant pour descendre quelques marches, des joueurs de boules « mesur(ant) les distances en usant de (leur) ombre », un ancien enfournant le pain, un accordéoniste égayant guinguette une fête locale…

Le graillon, Guillaume Déloire

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 29 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Editions Les Vanneaux

Le graillon, 2018, 233 pages, 17 € . Ecrivain(s): Guillaume Déloire Edition: Editions Les Vanneaux

 

La vie est là, qui fut, il y a trois ou quatre générations, qui fuse encore attablée au comptoir, « un ballon de rouge » dans les tripes, un « foie de génisse » dans les entrailles de la mémoire, encore vivante, servie dans le plat du jour des souvenirs.

Un poète « ayant échoué » pour devenir fonctionnaire –

« le jury a trouvé ma présentation trop lyrique

et je n’ai pas su répondre l’obéissance

quand ils m’ont demandé de leur dire

la principale obligation du fonctionnaire »

– traverse à bord de la mythique Fiat 126 « pétaradante » un ancien quartier d’usines où travaillèrent d’arrache-mains des ouvriers comme ses grands-parents.

Tombeau de Christopher Falzone, Jean-Louis Rambour, par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Côté Arts

Tombeau de Christopher Falzone, Jean-Louis Rambour, peintures de Renaud Allirand, éditions L’Herbe qui tremble, 2018, 55 pages, 13 €

Le Cahier d’arts et de littératures Chiendents sous-titre son numéro consacré au poète Jean-Louis Rambour : Le guetteur de réel. Et il est vrai que le parcours de l’auteur du Mémo d’Amiens ou de Faire-part – pour ne citer que les deux publications les plus récentes complétant plus d’une trentaine de titres – capture le réel dans ses lignes d’écriture avec une attentive connexion au monde alentour parfois mal connu parce qu’anonyme, non considéré alors que l’humain s’y révèle dans sa puissance authentique (j’allais écrire : tragique) et âpre, reformulé par le poète dans ses arêtes vives. La volubilité n’est pas le fait de J.-L. Rambour. La densité de son langage travaille le réel sur l’établi d’un artisan de la langue observateur de La vie crue, loin des artifices d’esthète.

Dans Clore le monde, Jean-Louis Rambour se penchait sur la vie des humbles, des humiliés – ceux du Santerre ; des hommes « faits » consommateurs ; dans son Mémo d’Amiens il consignait par le poème la vie d’hommes et de femmes de peu cohabitant dans l’Amiens industrialisé de l’après-guerre ; dans Tombeau de Christopher Falzone, J.-L. Rambour se penche sur la vie d’un artiste qui « probablement marchait depuis longtemps à côté de la vie », le pianiste Christopher Falzone, mort à l’âge de 29 ans.

Les enfants de Vallabrègues, Gilles Brancati, par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 11 Juin 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Les enfants de Vallabrègues, Gilles Brancati, éditions Chum, février 2018, 211 pages, 17 €

 

Ce livre de l’auteur Gilles Brancati marque d’emblée son territoire par son ouverture sur la tentative de suicide d’un prisonnier atypique. Sylvan Sorgues, incarcéré depuis plus d’une quinzaine d’années, vient de s’ouvrir les veines à l’aide d’un scalpel. Nous apprenons par l’intermédiaire d’un témoin de la scène, le co-détenu Jacob Lerish surnommé « la Juive », que Sylvan est un homme tolérant et féru de lectures à tel point qu’il a donné le goût des livres et de la connaissance à son compagnon de cellule pourtant cas difficile, « à la mauvaise réputation », « violeur récidiviste de fillettes de treize à quinze ans ». Sylvan Sorgues, l’anti-héros de ce roman qui en a pris pour « vingt-cinq piges » pour le meurtre d’Alice, est en fait un homme atypique, incarcéré aux « belles manières », intelligent, qui a même demandé « à bosser à la bibli pour les livres, et pour les faire lire à tous les arriérés qui sont ici et pas pour faire le mariole » comme le rapporte dans son bloc-notes Jacob Lerish. Un prisonnier à part qui ne « juge » pas ses collègues de prison (toujours Jacob Lerish : « C’est pas une raison suffisante pour s’en prendre aux gosses, mais ce n’est peut-être pas entièrement de ta faute, que tu disais »). Ce schéma inhabituel éveille la curiosité du lecteur qui d’emblée éprouve l’envie de connaître davantage l’histoire de cet étrange inculpé, et entre dans l’univers de l’intrigue dès le premier chapitre.

Soleil se mire dans l’eau, Philippe Thireau (Haïkus), Florence Daudé (Photographies)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Lundi, 04 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Poésie

Soleil se mire dans l’eau, Philippe Thireau (Haïkus), Florence Daudé (Photographies), Z4 éditions, 2017, 141 pages, 36 €

 

 

Poisson sautillant du cœur dans les herbes folles. Que les herbes folles du poème, « prisonnières » délivrées par le Langage, captent dans les « joyeux tourbillons » des saisons. Courts poèmes en capture, comme l’œil photographique en prise sur la « fraîcheur de l’instant ».

Le mouvement saisit d’emblée le réseau des photographies et se tisse dans les mailles des mots pour en faire surgir, comme des ronds dans l’eau, des reflets aux remuements calmes ou plus vifs accordés aux battements du cœur. Cœur qui bat, cœur qui s’ébroue, cœur-soleil ou de nénuphar qui pulse, cœur enfoui sous les eaux et qui saigne, cœur « battant chamade », cœur qui prend l’eau, et qui « surgît »