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Articles taggés avec: Laetitia Nanquette

Les figues rouges de Mazâr, Mohammad Hossein Mohammadi

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Vendredi, 20 Juillet 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Asie, Actes Sud

Les Figues rouges de Mazâr, trad. du persan (Afghanistan) par Azita Hempartian, 2012, 144 p. 18,00 € . Ecrivain(s): Mohammad Hossein Mohammadi Edition: Actes Sud

 

Les quatorze nouvelles qui forment ce recueil tissent un fil rouge de douleur et de sang, dessinant les malheurs de l’Afghanistan en guerre. On y rencontre des enfants assistant à la mise à mort de leur grand-père, une femme qui se prostitue pour faire vivre sa famille, un vieillard qui attend le retour de son fils parti à la guerre, des morts-vivants qui reviennent sur le lieu de leur exécution, une jeune femme qui a peur de son frère que la guerre a transformé en barbu hirsute, des mendiants. Ces récits dressent le portrait terrible d’une société où la guerre et la violence régissent tous les rapports humains.

Une nouvelle très forte décrit l’enfer de prisonniers talibans enfermés par les soldats américains dans un conteneur et roulant sous le soleil du désert. Dans le conteneur, l’un d’eux est encore vivant, et raconte la scène d’horreur, jusqu’à ce qu’il soit enterré vivant avec les autres prisonniers ayant succombé. « Je sens le goût salé du sang qui coule entre mes lèvres et dans ma bouche. C’est mon propre sang. J’arrête alors de cogner et je goûte mon sang, j’avale le liquide tiède et salé. Je lèche mes lèvres et je bois le sang qui dégouline de ma tête. Mon gosier se rafraîchit, je vais pouvoir mieux crier. Je crie, je crie, je crie, je crie… puis je me calme et j’écoute les bruits qui meurent petit à petit. Mon regard erre de tous côtés dans le noir. Quelqu’un récite toujours le Coran ».

C'est moi qui éteins les lumières, Zoyâ Pirzâd

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Lundi, 05 Septembre 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, La rentrée littéraire, Roman, Zulma

C’est moi qui éteins les lumières, traduit du persan par Christophe Balaÿ, 2011, 400 pages, 20 €. . Ecrivain(s): Zoyâ Pirzâd Edition: Zulma

 

Clarisse mène une vie paisible de femme au foyer dans l’Iran du Shah, jusqu’au moment où de nouveaux voisins s’installent. Au fil de ce livre tout en nuances, le regard de Clarisse se transforme, sans aller pour autant jusqu’à la rupture ; nous sommes témoins de l’éveil à la conscience d’une femme, qui accepte sa condition tout en exigeant le respect de sa liberté de pensée. En plus d’être un très beau portrait, ce roman décrit à merveille l’atmosphère de la ville pétrolière d’Abadan et l’emprise de la compagnie du pétrole sur ses employés et leurs familles. Il dépeint également la communauté arménienne à laquelle appartiennent les personnages. Ce roman est sans conteste la plus belle réussite de Zoyâ Pirzâd.


Laetitia Nanquette


Un secret de rue, Fariba Vafi

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 24 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Biographie, Roman, Zulma

Un secret de rue, traduit du persan par Christophe Balaÿ, 2011, 218 p. 18 € . Ecrivain(s): Fariba Vafi Edition: Zulma

 

Homeyra assiste indifférente à l’agonie de son père à l’hôpital. A ses côtés, elle se remémore son enfance à Téhéran et dresse le portrait d’un quartier populaire où des familles se détruisent lentement. Tandis qu’Homeyra est effacée et recherche l’amour de sa mère, son amie Azar se joue des recommandations des adultes et refuse de se soumettre à la loi masculine. « Elle riait aux éclats, avec moins de cervelle qu’une linotte. Elle aimait écouter les élucubrations de son père, ne se préoccupant pas du fait qu’il fût opiomane. De sa mère, elle ne voulait qu’un peu d’argent pour s’acheter des pâtes de fruit qu’elle dévorait sans même les mâcher. Elle ne semblait pas se soucier du fait que sa mère vieillissait à la peine devant le four du boulanger. Elle se souciait du monde comme d’une guigne ». A trop peu s’en soucier, elle en périra.
Fariba Vafi nous dépeint avec pudeur la loi patriarcale et la tristesse voilée des femmes dans cette rue où rien n’est un secret et où l’on vit avec les voisins comme au sein d’une famille élargie. De ces histoires imbriquées, émerge une touchante poésie de la douleur.

Mon Oncle Napoléon, Iraj Pezeshkzad

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 06 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Asie, Actes Sud

Mon oncle Napoléon, traduit par Sorour Kasmaï, 2011, Actes Sud. 492 p. 23 € . Ecrivain(s): Iraj Pezeshkzad Edition: Actes Sud

Iradj Pezechkzad est né en 1928 à Téhéran, et vit aujourd’hui en France. Il a exercé les professions de juge et diplomate, et publié plusieurs romans. Il a également traduit des textes classiques de la littérature française en persan, de Molière à Voltaire.

Mon oncle Napoléon, roman culte en Iran, popularisé par son adaptation en série télévisée, raconte la vie d’une famille élargie à Téhéran au début de la seconde guerre mondiale, à travers le regard du narrateur, un adolescent soudain tombé amoureux de sa cousine, Leyli. Le personnage éponyme, père de Leyli, patriarche de la famille et admirateur de l’empereur français, est persuadé que les Anglais conspirent contre lui et sa famille, du fait de batailles imaginaires qu’il aurait menées contre l’Empire britannique. L’histoire s’organise autour de ce fragile équilibre entre réalités de la vie téhéranaise et illusions de conquêtes et de gloire. Les membres de la famille s’allient, se trompent et se trahissent autour de ces fabulations ; les domestiques doivent également prendre parti.

En censurant un roman d'amour iranien, Shahriar Mandanipour

Ecrit par Laetitia Nanquette , le Dimanche, 06 Mars 2011. , dans Les Livres, Recensions, Seuil

En censurant un roman d'amour iranien. Traduit de l’anglais par Georges-Michel Sarotte, 2011, Seuil. 403 p. 21 € . Ecrivain(s): Shahriar Mandanipour Edition: Seuil

Shahriar Mandanipour est né en 1957 à Shiraz, et vit depuis 2006 aux Etats-Unis, où il enseigne à Harvard. Il a étudié les sciences politiques à l’université de Téhéran et gagné de nombreux prix littéraires avant que ses livres ne soient interdits en Iran dans les années 1990. Il est à la fois essayiste, nouvelliste et romancier.

En censurant un roman d’amour iranien raconte le processus d’écriture d’un auteur iranien qui tente de composer une histoire d’amour entre deux jeunes gens aujourd’hui à Téhéran et se trouve confronté à la censure du ministère de la Culture, à la fois à travers le personnage du censeur, et du fait de sa propre autocensure. Outre l’histoire d’amour entre Sara, étudiante en littérature à l’université de Téhéran, et Dara, ancien activiste politique qui gagne sa vie en tant que peintre en bâtiment, le narrateur nous dévoile par la mise en abyme du roman ses stratégies d’écriture, ses façons de déjouer la censure pour effacer toute trace d’allusion politique ou érotique, mais surtout le poids de celle-ci et les orientations parfois incongrues que doit prendre son histoire d’amour pour obtenir la permission d’être publiée.