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Le paradis terrestre

Ecrit par Jules Huchin , le Lundi, 05 Décembre 2011. , dans La Une CED, Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers

À l’opposé des Beltes, les Srathes, peuple des steppes dont le souvenir est perpétué avec terreur par quelques vieilles femmes d’Asie mineure, considéraient que le monde dans lequel nous vivons est le paradis promis, et qu’ils étaient la race des dieux. Peuplade conquérante, ethnie guerrière, ils justifiaient ainsi l’esclavage des populations soumises. Selon leurs coutumes, la naissance était une mort : ils accueillaient par une cérémonie funèbre le nouveau-né, qui prouvait par son incarnation dans leur lignée qu’il avait vécu avec honneur dans le monde des hommes. Les enfants étaient éduqués dans la pensée d’être des dieux, à qui tout appartenait de droit. La mort des plus âgés était considérée comme une punition méritée de leur décrépitude, qui ne pouvait être que la conséquence d’une faute morale. Mourir au combat était la pire des déchéances : invincibles par essence, les Srathes ne pouvaient périr sous les coups de races inférieures ; les défunts n’étaient donc pas dignes d’être des dieux. Parfois, on reconnaissait lors d’une naissance un ancien dieu qui avait mérité par sa seconde vie terrestre de revenir sur la terre promise.

Leurs mythes contaient les péripéties des dieux dans leurs incarnations terrestres, et permettaient d’établir de complexes arbres généalogiques, retraçant des filiations qui ne correspondaient pas aux naissances réelles – simples concours de circonstances – mais aux naissances dans le monde terrestre illusoire. Un nouveau-né pouvait ainsi fort bien être le père de son père biologique, s’il n’avait mérité que plus tardivement de devenir un dieu.

Le prince des cinq sens

Ecrit par Jules Huchin , le Jeudi, 10 Novembre 2011. , dans La Une CED, Nouvelles, Ecriture


Dans le pays d’Armoud, il y a bien des siècles de cela, les contes des vieilles femmes avaient cinq sens.

Un sens pour les serviteurs du roi, qui fondait leur morale et dictait l’ordre rituel des gestes à accomplir au long de la journée pour maintenir la divinité du souverain, sans cesse menacée de s’écrouler. L’une de leur doctrine primordiale reposait sur une certaine conception de la vision, qui faisait du roi un être extérieur à lui-même, recevant son essence de la convergence des regards du peuple sur son faible corps terrestre. Ce corps devait rester sans cesse d’une pureté sans tache, poli et blanc comme un miroir, et ses vêtements devaient imiter la nudité la plus parfaite. Ses cheveux, teints dans le lait de vierges fécondées par lui-même et nourries de la chair de leurs enfants sacrifiés, descendaient en une frange subtile qui masquait uniquement ses pupilles, laissant l’iris fulgurer en sa blancheur, afin d’éviter que l’image du peuple reflétée en son esprit ne divise sa belle unité candide.

Un sens pour les prêtres du grand dieu

Un sens pour les généraux

Le Dieu de la Foudre

Ecrit par Jules Huchin , le Lundi, 24 Octobre 2011. , dans La Une CED, Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers

Dans plusieurs histoires des religions de la fin du dix-neuvième siècle, il est fait mention d’un peuple adorant la foudre. Le nom de ce peuple ne nous est pas parvenu ; pas même le nom de son dieu. Certains affirment que c’est Phulg, et que fulgur en est issu ; deux auteurs, Démichas et Bartouas, s’accordent sur Foldur, mais l’ouvrage du second ne semble qu’un plagiat du premier, qui ne cite pas ses sources. Tout semble débuter chez Vaniol, dans son Histoire des cultes envisagés à la lumière du Christianisme, publié chez Chamuel en 1865 ; il dit tirer son information d’un opuscule chrétien d’un pseudo Jean Damascène, fausse suite du De fide orthodoxa qui résume certaines hérésies pour mieux les combattre. La côte du volume qu’il cite est signalée comme absente de la bibliothèque de l’Arsenal ; malgré nos recherches, nous n’avons pu retrouver d’autres exemplaires de ce texte. Pour Vaniol, le dieu de la foudre est Afagor ; on peut s’accorder sur un nom en f-, onomatopée (?) de la foudre ou du vent.

Afagor, Foldur ou Phulg se manifeste sous plusieurs formes. Pour ce peuple que Vaniol place au début de notre ère, les différents sens humains sont strictement redondants : le son que fait un objet est cet objet, autant que son image visuelle, son odeur, son goût ou la sensation qu’il laisse sur la peau. Afagor est adoré d’abord par sa capacité à se dédoubler, à exister simultanément à plusieurs moments du temps sous des formes différentes.