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Articles taggés avec: Joelle Petillot

Tout autre chose que la nuit (3), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Lundi, 25 Septembre 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Troisième-premier

Une rentrée de Pâques, un avril frais, un prof absent et donc le cadeau d’une journée moins longue. Mais Louis est absent aussi, ce qui ne lui ressemble guère. Emmanuel passe chez lui en milieu d’après-midi. Il trouve la maison plongée dans un silence de moniale : Louis hospitalisé pour un début de péritonite, ses parents se trouvent à son chevet. Sa sœur lit un magazine dans la cuisine. Emmanuel se demande pourquoi elle-même n’est pas là-bas, mais ne pose pas de question.

Il remarque qu’elle n’est plus coiffée pareil ; ses cheveux raccourcis lui donnent des traits d’enfant. Elle sourit quand il lui en fait la remarque et il voit qu’elle rougit. Elle ne semble pas timide, d’ordinaire, mais au fond qu’en sait-il ? La pitié qu’il ressentait pour lui-même dévorait son regard sur les autres. Soudain, Métisse s’efface de sa tête et il regarde mieux la sœur de Louis.

Son nom ?

Tout autre chose que la nuit (2), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Samedi, 01 Juillet 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Il est bien, dans son premier été d’homme, Emmanuel. Quand la femme pâle revient, il entrouvre les yeux. Elle lui prend la main, le poignet, se penche un peu. Quand son visage est assez près, il la regarde et lui dit simplement : « Laissez-moi ».

Elle lui sourit et dit « ok », vérifie la perfusion, tripote quelque chose sur la table de chevet. Elle sort, il n’a pas réalisé qu’il s’endort. Aucune importance, il est retourné là-bas.

Quand il se réveille le jour a baissé. Il a demandé les volets ouverts quelle que soit l’heure. Même la nuit. Tant que l’obscurité est celle d’un vivant, aucune raison de s’en priver. Il sait aussi qu’il lui en reste, de cette nuit à venir. C’est à l’aube qu’on prend le Train pour Nulle part. La femme pâle vaque dans la maison, il entend son pas, des voix étouffées. Le mot qui lui vient à l’esprit, à peine un œil jeté au crépuscule dehors est « deuxième ». Deuxième quoi ?

Tout autre chose que la nuit (1), par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Mardi, 27 Juin 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Il rêvait éveillé pour profiter de la vie comme on la distille. Parfois la femme pâle ouvrait la porte, jetait un coup d’œil : il fermait les yeux, contrôlant sa respiration. Il savourait plusieurs chances : avoir eu une vie acceptable, s’acheminer vers la sortie sous son toit et sans souffrance majeure, faire semblant de dormir comme à huit ans, quand une mère angoissée – pléonasme –, au point de le garder à la maison avec 37°7 de température, venait dans sa chambre toutes les heures afin de déposer sur le front de son Prince un baiser transparent comme sa propre conscience.

Le présent étréci relevait de la même imposture : je ne dors pas vraiment, laisse-moi rêver.

La femme pâle n’était pas maternelle, on la payait pour s’occuper de lui. Mais il aimait son visage. Elle sortait de la chambre comme on s’envole, s’évaporant dans un parfum de sauge, une odeur miellée de tisane proche de celle de l’oubli. Après quoi il reprenait les berges paresseuses du fleuve-mémoire, sans s’épargner les grands trous de vase douce, les herbes masquant le fond, les rides de l’eau, les reflets. Il s’installait dedans malgré des peurs fugaces, en homme sûr de ses pas qui ne s’en laisse pas conter. Il perdait parfois des choses, mais lui ne se perdait jamais.

Passage des innocents, par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Samedi, 17 Juin 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Rouler la pente en caillou jeté, se préserver de l’éclat pour arriver entière.

L’obscurité griffe la peau comme un lierre noir.

Mais une figure de rayons sourit, sa voilette de nuages chassée par un vent insoucieux, si haut qu’il ne ferait voler aucune feuille, aucune chevelure.

Il dévoile en toute impunité la belle inconnue du ciel, rêveuse dans son insoumission.

 

Les nuits ne se valent pas.

Chacune d’elle appelle un matin qui ne portera que son nom.

 

Les nocturnes cisaillent l’obscurité de leur note filée, ce cri si lourd de douleur que la peur humaine les crucifiait aux portes des églises.

Craie des brumes, par Joëlle Petillot

Ecrit par Joelle Petillot , le Lundi, 10 Avril 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

Faire tous les voyages au seuil d’un temps sans ride, sans terme, sans mot, un temps d’une lenteur sévère. S’y grefferont des rêves à la sauvagerie de tableau noir.

Il y eut une nuit coupée de lune comme d’étoiles, d’un noir d’araignée où la douleur m’attendait, patiente. La patience n’exclut pas la voracité.

Depuis l’infini de la blessure renaît de ce qui n’est même pas ses cendres.

L’écho des nuits humaines dure au-delà d’elles.

La survivance n’est pas la vie, mais elle la cherche dans chaque geste : le pied meurtri sur la pierre, le poing serré sur un bijou, la mèche écartée d’un souffle et le sommeil savon qui s’amuse à déprendre et rit de l’abandon.