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Articles taggés avec: Jean-François Vernay

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, Serge Tisseron

Ecrit par Jean-François Vernay , le Samedi, 24 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Albin Michel

Le jour où mon robot m’aimera, Vers l’empathie artificielle, septembre 2015, 208 pages, 16 € . Ecrivain(s): Serge Tisseron Edition: Albin Michel

 

Les hommes sont des machines désirantes, on le sait, notamment depuis Deleuze et Guattari. Les machines, quant à elles, sont modelées sur les désirs humains. On le sait moins, mais les plus curieux auront l’occasion de le découvrir à la lecture du dernier Tisseron, Le jour où mon robot m’aimera. A l’heure où les expositions sur les robots fleurissent un peu partout en France (à Paris, Lyon, Pau, etc.), d’aucuns s’interrogent sur la frontière, entre l’homme et la machine, le vivant et l’artificiel, frontière que les technologies de pointe ont rendue de plus en plus poreuse.

Les industriels, les artistes et les réalisateurs d’une inventivité débordante forcent le trait du rapprochement entre les deux espèces. Her de Spike Jonze imagine la relation sentimentale entre Theodore Twombly et Samantha, la voix féminine d’une intelligence artificielle ; le PDG du groupe Softbank déclare triomphalement lors du lancement de leur robot dernier cri baptisé Pepper : « Pour la première fois dans l’histoire de la robotique, nous présentons un robot avec un cœur » (p.11).

Epeli Hau’ofa ou l’Océanie ré-imaginée

Ecrit par Jean-François Vernay , le Jeudi, 03 Septembre 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

La toute jeune maison d’édition Pacific Islanders Editions (2013) s’assigne pour mission de « contribuer à reconnecter la Polynésie française avec la région Pacifique en traduisant en français des ouvrages d’auteurs océaniens anglophones ou en éditant des textes océaniens francophones non disponibles en Polynésie française » (1). Dans la droite lignée de cette politique éditoriale, elle vient de faire paraître le troisième opuscule sous la plume de Epeli Hau’ofa (1939-2009) qui, à l’instar des deux premiers, est issu d’un recueil d’articles anglophone : We are the Ocean, Selected Works (2008). Trois publications qui sont passées presque inaperçues, un sort souvent réservé aux littératures dites « émergentes » qui ont rarement voix au chapitre tant dans la presse d’information générale que dans la presse spécialisée (lisez : les revues littéraires).

Ce n’est sans doute pas un hasard si Stéphanie Vigier ouvrit sa monographie La fiction face au passé (2) sur une citation de cet écrivain tonguien et si Subramani décida de lui accorder une plus grande place dès la seconde édition de son étude consacrée à la littérature du Pacifique Sud (3). Epeli Hau’ofa, qui passe pour l’une des figures majeures de la pensée postcoloniale du Pacifique, le mérite à plus d’un titre.

Pour une Contre-Histoire littéraire de la Nouvelle-Calédonie

Ecrit par Jean-François Vernay , le Mercredi, 08 Juillet 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques

Histoire littéraire de la Nouvelle-Calédonie (1853-2005), Virginie Soula, éd. Karthala, mars 2014, 324 pages, 24 €

 

 

Virginie Soula a présenté sa thèse de troisième cycle intitulée Des ancrages littéraires et identitaires au « destin commun », une histoire littéraire de la Nouvelle-Calédonie (1853-2005), le 18 mars 2008 devant un jury d’africanistes (sic !) (1), sous la co-direction de Monsieur Xavier Garnier et Madame Véronique Bonnet. Résumons donc : une thèse circonscrite à 2005 pour une soutenance en 2008 et une édition en 2014 du même travail. Tempus fugit.

En terme de réception critique, toute histoire littéraire a son lot de dilemmes et de controverses susceptibles de provoquer quelque agacerie ou mécontentement chez les lecteurs : sous quel angle faut-il l’aborder ? Quels écrivains retenir ? Comment rendre justice à leurs œuvres en donnant le goût de les lire ? A quel moment faut-il abandonner le chantier afin qu’il aille sous presse ?

L’expérience esthétique, Jean-Marie Schaeffer

Ecrit par Jean-François Vernay , le Mardi, 02 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Gallimard

L’expérience esthétique, mars 2015, 380 pages, 20 € . Ecrivain(s): Jean-Marie Schaeffer Edition: Gallimard

 

Véritable investigation philosophique, Jean-Marie Schaeffer mène son enquête et ses contre-enquêtes (1) dans L’expérience esthétique en avançant prudemment des hypothèses, en sériant les problèmes qui se posent, puis en les traitant un à un dans un enchaînement qui en élucide la logique avec finesse, avant de présenter ses conclusions très nuancées. En règle générale, le théoricien étaye ses hypothèses à l’aide d’indices qui reposent pour l’essentiel sur des travaux scientifiques, mais cela n’oblige point le lecteur à se ranger systématiquement à l’opinion de ce philosophe spécialiste d’esthétique et de théorie des arts.

Schaeffer en vient à examiner la notion éponyme dans ses dimensions philosophique, cognitive et émotive : un programme qui s’accorde parfaitement avec ce que j’ai appelé par ailleurs « l’analyse psycholittéraire » (2). Il est donc inutile de vous dire à quel point cette démarche pluridisciplinaire de chercheur me réjouit !

Le sentiment de soi, Georges Vigarello

Ecrit par Jean-François Vernay , le Samedi, 25 Avril 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Essais, Seuil

Le sentiment de soi Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), septembre 2014, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Georges Vigarello Edition: Seuil

 

Georges Vigarello semble avoir une prédisposition pour la rédaction de sommes historiques à en juger par son impressionnante bibliographie, et l’on mesure toute l’expérience de l’auteur à la lecture de son dernier opus, Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps. On y décèlera même une méthode et un style proprement foucaldiens. Parmi les recoupements thématiques avec l’œuvre de Michel Foucault, l’on compte : une passion pour le corps, la santé, la gouvernance, la connaissance de soi, la médecine et le savoir.

Il y a comme une résurgence de l’intérêt pour le corps dans la société contemporaine qui se reflète dans l’édition avec de nombreux titres, dont celui de Daniel Pennac, Journal d’un corps (2012), cité dans l’introduction de Georges Vigarello. Depuis une décennie, ce corps que nous habitons de manière si naturelle ne va plus de soi puisqu’il fait tout à coup l’objet de nombreux séminaires et colloques (1), donnant lieu à de nombreuses investigations qui ouvrent de nouvelles pistes pour la recherche : les gestualités (petit hommage à Yves Citton (2), la corporéité, la kinésie (3), les émotions (du latin motio, mouvement, action de mouvoir), tout est prétexte à sonder – extérieur comme intérieur.