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Articles taggés avec: Ivanne Rialland

La Fabrique du livre. L’édition littéraire au XXe siècle, Olivier Bessard-Banquy

Ecrit par Ivanne Rialland , le Vendredi, 21 Avril 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Essais

La Fabrique du livre. L’édition littéraire au XXe siècle, Presses universitaires de Bordeaux & Du Lérot, septembre 2016, 510 pages, 29 € . Ecrivain(s): Olivier Bessard-Banquy

 

Olivier Bessard-Banquy nous propose ici une traversée du monde de l’édition du XXe siècle, nourrie par un impressionnant travail d’archives. Au fil de chapitres ordonnés chronologiquement, l’on assiste ainsi à la mutation de l’édition française, depuis le travail familial et artisanal de la fin du XIXe siècle à la concentration et l’industrialisation du secteur à l’orée des années 1970 – l’auteur laissant de côté la période contemporaine, objet d’un précédent livre : L’Industrie des lettres. Étude sur l’édition littéraire contemporaine.

Comme il le précise, Olivier Bessard-Banquy ne recherche pas de la sorte à bouleverser l’histoire de l’édition, dont les grandes étapes sont déjà connues, mais il insère dans un panorama général très complet des monographies fouillées sur des figures marquantes du monde de l’édition, et des anecdotes parfois savoureuses sur les exigences d’écrivains ou d’ayants droit impécunieux. Le lecteur aura notamment plaisir à découvrir les débuts d’hommes qui ont laissé leur nom à de grandes maisons d’édition, à les suivre dans leurs succès et leurs déboires : Albin Michel, Grasset, Pauvert, Bourgois, etc…

Les Travaux et les Jours (extraits 2), par Ivanne Rialland

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 08 Février 2017. , dans La Une CED, Bonnes feuilles, Ecriture

 

La mère


Dans la nuit précoce de l’hiver, assise haut sur la roue du bus surchauffé, elle longe la Seine, les yeux plongés dans les lumières scintillantes des réverbères. Elle brinquebale bientôt sur les pavés du Louvre et débouche, à travers la galerie obscure, dans la rue de Rivoli constellée de boutiques éclairées a giorno devant lesquelles les silhouettes des passants font des éclipses brèves. À peine ralentie par les feux rouges, elle poursuit sa course trop rapide vers l’Opéra, où elle devra renoncer à cette escapade discrète, minutes illuminées prises sur le temps quotidien, pour descendre dans le métro et retrouver ses laisses habituelles.

Les Travaux et les jours (extrait), par Ivanne Rialland

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mercredi, 14 Décembre 2016. , dans La Une CED, Ecriture

 

Album de famille

Une fresque ou tapisserie aux motifs vifs mais indistincts et devant vingt petits visages inconnus. Elle au premier rang, avec un pantalon de velours côtelé bordeaux, de grosses chaussures d’hiver. Deux nattes, la mine sérieuse des enfants timides, qui aimeraient être ailleurs. De ces années de maternelle ne surnagent dans sa mémoire que quelques images au contour flou, et cette attente, diffuse, que cela finisse, qu’on puisse rentrer chez soi. Attente qui a innervé ensuite tant d’années de sa vie – attendre la fin du jour, de la semaine, attendre Noël, l’été, les vacances – fantôme scolaire tenace jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’étaient bons le jour, la semaine et l’année, et qu’attendre la fin c’était presser sa mort. Il avait fallu que s’estompe goutte à goutte ce désagrément d’être avec, le groupe, les autres, le bruit, cette tension dans l’apparaître, que se renforce cette capacité à s’abstraire, que se développe, douloureusement, une aptitude à la fluidité sociale – passer, repasser, circuler, se frôler, tissage superficiel et subtil qu’elle met en œuvre aujourd’hui avec une aisance qui l’émerveille encore tout en gardant persistant avec les années le sentiment de sa vacuité. Compagnonnages éphémères dont elle doute toujours de la réciprocité.

Apollinaire, le regard du poète

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 22 Août 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Arts, Poésie, Gallimard

Apollinaire, le regard du poète, édition publiée sous la direction de Claire Bernardi, Laurence Des Cars, Cécile Girardot, coédition Gallimard / Musées d’Orsay et de l’Orangerie, mars 2016, 320 pages, 45 € Edition: Gallimard

 

 

Il est des catalogues qui nous proposent un souvenir – plus ou moins pâli, suivant la qualité des reproductions – d’une exposition, ouvrages à feuilleter d’une main rêveuse. D’autres, comme celui-ci, offrent de véritables – et coûteuses – sommes qui prolongent de façon savante l’exposition, voire la sous-tendent, en étayent l’accrochage, qui peut paraître alors comme la partie émergée d’un iceberg scientifique.

Si le thème de l’exposition « Apollinaire, le regard du poète » appelle d’emblée un public et un regard lettrés, le catalogue fournit aux esprits les plus exigeants les analyses des meilleurs spécialistes d’Apollinaire. Dans un renversement qui n’est pas sans exemple pour les grandes expositions, l’exposition paraît illustrer le catalogue, pièce principale de l’entreprise muséale.

Fabricants d’intox La guerre mondialisée des propagandes, Christian Harbulot

Ecrit par Ivanne Rialland , le Vendredi, 01 Juillet 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Lemieux éditeur, Essais

Fabricants d’intox La guerre mondialisée des propagandes, février 2016, 165 pages, 11 € . Ecrivain(s): Christian Harbulot Edition: Lemieux éditeur

 

 

On le sait bien aujourd’hui : notre société de l’information est aussi une société de la désinformation. Informations non vérifiées ou manipulées circulent abondamment sur le web et les réseaux sociaux – voire dans les médias traditionnels. Le public de son côté doit trouver une voie difficile entre une adhésion peut-être naïve et une méfiance parfois excessive, pouvant l’attirer dans les marécages dangereux de la pensée complotiste. L’essai de Christian Harbulot, en soutenant l’idée d’une guerre de l’information impliquant États, groupements d’intérêts, grandes entreprises, peut rebuter tout d’abord, en semblant nous entraîner sur le terrain d’une défiance généralisée : « Les fabricants d’intox œuvrent dans tous les camps », proclame la quatrième de couverture. Mais à la lecture, l’essai, par moments un peu allusif, se révèle souvent éclairant.