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Articles taggés avec: Henri Cachau

Les Marquises, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 02 Juillet 2018. , dans La Une CED, Ecriture, Récits

 

Achevée sa période « Blédine », Francis Combes découvrit que les réclames, les campagnes publicitaires ou politiques, mieux que toutes sortes de Nouvelles (fausses) ou mauvais romans, reflétaient le sens profond de la vie communautaire. Abusée qu’elle fut par d’insignifiants petits riens, insidieusement son attention se vit rattrapée par ces racoleuses sollicitations, proposées par l’intermédiaire d’encarts luxueux, de dépliants, de documents d’appel ou sophistiqués catalogues nous intimant de voyager… Qu’importent les façons dont les voyagistes nous vendent : la Thaïlande, la Sicile, le Maroc, les Seychelles ou les Marquises, dorénavant à crédit toutes ces destinations sont à notre portée… C’est ce qui ressortait de cette fallacieuse réclame dont le susnommé se méfia, songea que plutôt parcourir le globe en tous sens et à trop vive allure, l’urgence serait de circonstanciellement rendre compte d’un lieu, d’un paysage, d’une ville, d’un amour ? Si ce potentiel mental existait, pensait-il, nous commencerions par être attentifs aux réminiscences, leurs translations n’affectant que des géographies apprises, puis, hélas, oubliées…

Polaroïd, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 12 Juin 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Sans doute vous rappelez-vous de ce noël où parmi les cadeaux vous découvrîtes ce polaroïd dont immédiatement, passant outre les conseils d’un oncle photographe vous en abreuvant : « Vois-tu petit, les objectifs écrasent les distances, ne figent qu’un instantané de la réalité, à quelques centièmes de seconde près, la photo peut fixer une toute autre impression que celle envisagée avant l’abaissement du doigt sur le déclencheur !… Tu vas en faire l’expérience, malgré ton application lors de tes cadrages, tu te rendras compte que souvent le résultat n’a rien à voir avec celui espéré… Lorsqu’on photographie on ne voit rien… ne ris pas bêtement… au préalable il faut s’assurer de conditions idoines… Toutefois si tes tentatives s’avèrent désastreuses, nous en tirerons un double enseignement : constater la façon dont tu nous perçois, pas toujours une question d’angles mais d’appréciation personnelle, puis nous assurer que ces expériences vite te convaincront d’un réel apprentissage du modus operandi ! », vous vous mîtes en situation d’immédiatement mitrailler les convives qui bien entendu sortirent malmenés… Votre désolation, plus feinte que réelle, ne vous empêcha pas, alors que vous suiviez le progressif développement des tirages, d’avance vous réjouir de leurs mutilations ; d’ailleurs bien avant leur circulation, rien qu’à voir vos mimiques, par avance vos modèles se désopilaient… Néanmoins, vous passerez outre leurs critiques, à votre tour deviendrez photographe amateur, conscient de l’inauthenticité des images, bientôt accepterez que vos meilleurs clichés relèvent de ratages…

Le Révélateur, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Jeudi, 07 Juin 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Révélateur : solution employée pour le développement photographique, qui par réduction en argent métallique des sels d’argent exposés à la lumière rend visible l’image latente…

« La force de l’hébétude », autrefois il en aurait ri de ce trait d’esprit relevant d’une amère constatation, celle de parents valétudinaires réduits et maintenus grâce aux dernières avancées de la science en état de légumes, leurs corps branchés à de sophistiquées machines, mais leurs cerveaux définitivement déconnectés des réalités extérieures… Au gré de conversations avec des intimes, Victor s’insurgeait contre cet acharnement thérapeutique, poursuivi aux seules fins de laisser un soi-disant Dieu s’en arranger avec les siens, à son gré décider du jour de leur trépas, alors que dans leur majorité ces malades, au-delà de l’abrutissement pharmaceutique ne répondent plus aux sollicitations externes, encore moins à l’énonciation de leurs noms et prénoms ; la vox populi le réclame : « Pourquoi mourir à petit feu si l’on n’a pas cassé sa pipe auparavant ! »…

Le Pompéi, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Lorsqu’en fin de journée le juge Hubert Michaud, un magistrat d’une cinquantaine d’années, s’attaqua à son dernier dossier, il ne pouvait prévoir que dès son ouverture une bombe à retardement se placerait sous son siège… Il s’agissait d’une banale affaire de mœurs, d’une mère déchue de ses droits sous le chef de prostitution occasionnelle et qui, essayant par la force de récupérer son enfant placé dans une famille d’accueil, à l’arme blanche blessait ses tuteurs, avant d’être lors de sa fuite avec son rejeton – un garçonnet de huit ans –, récupérée par la maréchaussée… En détention préventive cette jeune femme, sans antécédents judiciaires, attendait son verdict… Ereinté par une journée passée à démêler le vrai du faux d’affaires aussi complexes qu’ennuyeuses, le juge optait pour une peine d’emprisonnement de six mois, pour l’exemple, tant l’indignité de ces femmes préférant leurs plaisirs à leurs devoirs le révulsait, lorsque en manipulant ce dossier, une enveloppe chut à ses pieds. Le juge Michaud se pencha pour la ramasser, la palpa puis se figea : elle était épaisse, ne portait ni adresse ni signe distinctif, seuls sur son verso étaient lisibles les mots suivants : « Bons baisers du Pompéi »… Confus, il se retourna vers sa secrétaire, une trentenaire dont le tailleur rehaussait sa sensualité, et lui demanda : « Séverine, connaissez-vous la présence de cette enveloppe ? »… Après un instant de réflexion qui lui parut suspect, la secrétaire répondit : « Ah, je l’avais oubliée, un greffier me l’a transmise tout en me déclarant qu’elle provenait d’un familier de Mme Simplon ! Ensuite, je l’avais glissée dans son dossier ! »…

Cuba Libre, par Henri Cachau

Ecrit par Henri Cachau , le Lundi, 14 Mai 2018. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Depuis le tonitruant passage de Bukowski, sur leurs plateaux ils ne servent que de l’orangeade lors des émissions culturelles, dommage pour les Chablis et autres Pouilly-Fuissé. Malgré ce manquement à la déontologie et la légendaire bégueulerie de ce genre de programme, un amateur éclairé s’y était inscrit afin de participer à un forum intitulé « L’Art n’a nul besoin de prédicats, il doit toucher au cœur ! ». Devaient y prendre langue des universitaires ainsi que des critiques d’art, experts plus ou moins représentatifs de diverses chapelles, avec comme présentateur officiel, ce benoît personnage devenu l’un des bustes les plus en vue de notre lucarne. Nonobstant quelques préventions et autres a priori régionalistes, l’homme de télévision ne cachant pas ses préférences pour le beaujolais et le foot, alors que les goûts de ce spectateur penchaient pour le Madiran et le rugby, un affrontement pouvant s’ensuivre, il se fit le plus discret possible. Aussi apprit-il des choses fort passionnantes : que les Cubains n’ont pas inventé le cubisme, que les modèles de ces messieurs les artistes sont passés soit par les passerelles ou par le X !…