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Le deuxième voeu, Ramon Diaz-Eterovic

Ecrit par Françoise Quillier , le Lundi, 22 Avril 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Amérique Latine, Métailié

Le deuxième Vœu, traduit (Esp. Chili) par Bernardo Toro, avril 2013, 350 pages, 18 € . Ecrivain(s): Ramon Diaz-Eterovic Edition: Métailié

 

Le nouveau client du détective Heredia l’a chargé d’une mission apparemment simple : retrouver son père. Les deux hommes se sont brouillés à cause de leurs divergences politiques. Au moment du coup d’état, le fils est parti en exil et vit toujours à l’étranger. Après des années d’intransigeance mutuelle, il a décidé de revenir à Santiago pour renouer avec ce père maintenant âgé. Mais le vieillard semble jouer à cache-cache avec le détective que d’autres énigmes en même temps taraudent, celles de ses origines : élevé à l’orphelinat depuis la mort précoce de sa mère, il ignore jusqu’au nom de son géniteur. Comment se situer par rapport à ces pères d’une façon ou d’une autre absents ? Quelle transmission reste possible ? Dans un pays qui, comme le Chili, a connu la rupture historique du coup d’état, la question est particulièrement sensible.

Enigme du temps qui passe. Heredia en relève les empreintes sur son propre corps qui s’alourdit et se ride, dans les maisons de retraite où croupissent les vieillards. Mais aussi dans la ville où les anciens quartiers cèdent la place à de froides constructions. Dans les façons de vivre, dans les amours qui ne sont plus que souvenirs. Peut-on revenir sur le passé, renouer ou réparer ?

Léon Bloy : Exégèse des lieux communs (3/3)

Ecrit par Françoise Quillier , le Jeudi, 21 Février 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

 

Comment résister à la pesanteur des lieux communs ? Quelle parole lui opposer qui ne soit pas contaminée par ce qu’elle prend pour cible. Là où Flaubert, dans le Dictionnaire des idées reçues, optait pour la litote et se contentait de dresser une liste de poncifs, comptant sur la distanciation critique opérée par cette répétition, Bloy choisit au contraire d’accompagner les lieux communs d’une glose hyperbolique.

Le projet d’une exégèse a déjà en soi valeur de contestation d’une parole essentiellement tautologique, puisqu’elle pose qu’il y a, même dans ces poncifs et souvent à l’insu des locuteurs, un excès de sens. Mais la critique s’exprime aussi en contrepoint du caractère lénifiant des lieux communs dans une écriture délibérément combative et singulière.

Léon Bloy : Exégèse des lieux communs (2/3)

Ecrit par Françoise Quillier , le Lundi, 11 Février 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

À ce point, on peut se demander quel est le sens d’une exégèse des lieux communs puisque, réducteurs par essence, ils résistent au symbole comme à l’allégorie et ne délivrent tous qu’un même simpliste message.

En fait, l’exégèse des lieux communs doit mettre à jour non un sens second implicitement compris dans l’expression, mais bien le Sens en tant qu’occulté par le ressassement. Ce que cette vulgate donne à voir dans son inanité même, c’est l’Autre en tant que perpétuellement bafoué, comme dans « un sombre miroir plein de la Face renversée de ce même Dieu quand il se penche sur les eaux où gît la mort ». Si bien que c’est dans l’insignifiance, la bassesse et l’ordure qu’il faut à ce moment de corruption de la parole chercher quelque révélation. Si l’on pose comme Bloy que les hommes parlent la langue que Dieu a parlée, quelque chose du Verbe même infiniment assourdi doit s’y faire entendre, fût-ce sous la forme de ce qui fait défaut. La vérité déniée dans ces propos fait nécessairement retour comme une sorte de symptôme que l’exégèse se donne comme tâche d’interpréter « des mots plus qu’humains [qui] rôdent comme des loups autour de ceux qui en abusèrent. Ils sont dans la nécessité invincible d’exprimer n’importe comment et à quelque prix que ce soit une réalité indiscutable ».

Léon Bloy : Exégèse des lieux communs (1/3)

Ecrit par Françoise Quillier , le Mercredi, 30 Janvier 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

« La parole du Bourgeois […] va toujours plus loin que sa pensée qui ne va ordinairement nulle part ».

Après la satire romantique du bourgeois, après Flaubert et le Dictionnaire des idées reçues, la dénonciation des poncifs a elle-même quelque chose du lieu commun qui menace toute pensée dès lors qu’elle se publie. Bloy considère pourtant son Exégèse comme ce qu’il a fait de plus original, un livre, de fait, foisonnant, excessif et encore aujourd’hui stimulant. La singularité de sa critique tient à l’engagement religieux de son auteur qui interroge le lieu commun dans l’horizon de la Parole divine.

Comme ses prédécesseurs, il en dénonce bien sûr la bêtise, renversante au point que l’exégète qui s’y confronte peut se retrouver, la tête passée entre les jambes, dans la plus totale perplexité. Il a beau s’interroger, cela ne veut rien dire, ou n’énonce finalement qu’une plate banalité : ainsi « on ne peut être et avoir été » est soit une contre-vérité puisqu’on peut très bien être stupide après l’avoir déjà été, soit ne dit rien d’autre que ce que nous constatons chaque jour, à savoir que, malheureusement, nous vieillissons. Qui renonce à faire usage de sa pensée dispose de ce répertoire d’idées toutes faites, en assez petit nombre, car toutes disent au fond à peu près la même chose. La pauvreté du contenu va avec la nécessité de la forme, l’exacte coïncidence du sens et de son expression.