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Articles taggés avec: Fawaz Hussain

Delikatessen, Théo Ananissoh

Ecrit par Fawaz Hussain , le Lundi, 09 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Delikatessen, 2017, 186 pages, 18 € . Ecrivain(s): Théo Ananissoh Edition: Gallimard

 

 

Enéas est Togolais et vit depuis de longues années au Canada où il mène une vie paisible partagée entre l’enseignement et sa passion pour la poésie. Dévoré de nostalgie, il est de retour au bercail. Il veut revoir sa mère et se recueillir sur la tombe de son père, dont il tient le nom et les prénoms, Enéas Elliot Andoté. Écrit au présent et à la troisième personne du singulier, le roman s’étend sur trois jours, du jeudi au samedi. Loin d’être omniscient, le narrateur intervient parfois pour attirer l’attention du lecteur et porter certains jugements. Enéas rentrera au quatrième jour dans son autre pays, réputé pour la droiture de ses sujets, le froid de ses hivers et son sirop d’érable, encore faut-il que cette histoire se termine bien pour lui.

Casting sauvage, Hubert Haddad

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Zulma

Casting sauvage, mars 2018, 160 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

La rue pullule d’étoiles anonymes

Une danseuse professionnelle était à deux doigts de toucher les étoiles, de concrétiser son rêve suprême lorsque « des meurtriers indélicats ont brisé son élan ».

La vie pour Damya s’arrête le 13 novembre 2015 à la terrasse d’un café. Elle avait un rendez-vous avec le bonheur à l’état pur en la personne d’un « beau garçon au visage franc, sans casier judiciaire » rencontré la veille. Elle ne se doutait pas qu’elle venait de croiser le chemin d’Azraël, archange de la mort, et d’« un tueur potentiel en attente d’un ordre de mission ». Elle mettra du temps à prononcer le nom d’Amir, prince de l’obscurantisme, le salafiste artisan de sa chute. Le mal est irréparable, la victime à la peau blanche comme du lait ne pourra plus jouer Galatée, un rôle mis en scène par Igor, un exilé volontaire de Bosnie et pour lequel elle était faite. Après les attentats, elle avance en exclue, elle dont « la ballerine claudicante donne à rire ».

Le Livre d’Amray, Yahia Belaskri

Ecrit par Fawaz Hussain , le Lundi, 18 Juin 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Zulma

Le Livre d’Amray, mai 2018, 144 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Yahia Belaskri Edition: Zulma

 

Mais où sont les vainqueurs ?

Yahia Belaskri écrit un roman aussi sombre que les ténèbres qui ont précédé la Genèse. Il n’a pas à s’en excuser : l’encre de son stylo est noire, et il n’y peut rien. S’il avait l’intention d’amuser, n’importe quoi de drôle eût fait l’affaire, peut-être même un conte de fées, quelque histoire se terminant sur le mariage du prince et promettant la naissance d’une ribambelle de chérubins tout roses et potelés sortis de la peinture de Raphaël. Mais il est loin de tout cela, et n’a guère l’intention de se dérober à une autre histoire, celle de son pays, et d’ajouter à la longue suite des trahisons dont elle est faite, une trahison de plus… Ayant une conscience aigüe d’où il vient et de sa mission, son narrateur Amray laisse les histoires drôles aux autres et fait le travail de mémoire. Il connaît sur le bout des doigts la terre qui l’a engendré. « Je suis né et le monde a basculé dans la terreur. Qui n’a pas vécu la guerre connaît peu de la détresse des hommes. La guerre n’est que sang, larmes et ruines ».

Un jeune homme en colère, Salim Bachi (2ème article)

Ecrit par Fawaz Hussain , le Jeudi, 17 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman, Gallimard

Un jeune homme en colère, février 2018, 198 pages, 18 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Gallimard

 

Tristan ou Orphée ? Iseut ou Eurydice ?

Un jeune homme en colère n’est pas le premier roman que je lis de Salim Bachi, loin de là, mais c’est sans doute celui qui m’a le plus ému, au point que j’ai dû suspendre à plusieurs reprises ma lecture pour m’éponger les yeux. Il m’a également beaucoup fait rire, et réfléchir aussi. Dans cette narration à couper le souffle, la tragédie côtoie les scènes les plus loufoques et également les réflexions les plus sérieuses sur le temps qui passe et l’être humain qui trépasse.

Bien élevé, Tristan, le narrateur, se présente dès la première page. C’est la moindre des choses quand on descend d’une famille bourgeoise et qu’on fait partie, bon gré mal gré, des privilégiés. Ses parents lui ont donné ce nom en hommage à Wagner, sans se douter que leur rejeton deviendrait l’incarnation de la tristesse inconsolable. En baptisant sa sœur Eurydice, « par souci d’originalité », ils l’ont en quelque sorte condamnée au même destin que la bien-aimée qu’Orphée descend avec sa lyre chercher aux Enfers pour en revenir bredouille. Tout au long de sa confession d’enfant du XXIe siècle, Tristan vomira cette rage impuissante qui le fait souffrir dans sa chair et dans son âme.

La religion de ma mère, Karim Akouche, par Fawaz Hussain

Ecrit par Fawaz Hussain , le Mardi, 10 Avril 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

La religion de ma mère, Karim Akouche, Editions Ecriture, octobre 2017, 174 pages, 16 €

 

On m’a volé ma patrie

Comme dans L’Etranger de Camus, La religion de ma mère, de Karim Akouche, commence par le décès de la mère. Le narrateur ne reçoit pas de télégramme de l’asile de vieillards lui annonçant avec des termes laconiques, « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués », mais un coup de fil du bled. C’est le « frangin » devenu inspecteur de police à Blida qui lui demande de rentrer pour les funérailles de leur génitrice. Mirak (Karim en lisant à l’envers) se trouve à huit heures de vol d’Algérie. Il est au Canada, un pays où la glace couvre les croix des tombes et les écureuils grimpent sur les érables. Devant al-Nakba, le grand désastre, la mort de la mère, il bâcle son odyssée en quelques phrases lapidaires : « J’ai fui le pays des vautours et des dégénérés. J’ai opté pour la France, puis, déçu par ses enfants arrogants, j’ai bifurqué vers Montréal. J’ai chaviré au large de l’Amérique ».