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Le complexe de l’écrivain (3), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mercredi, 18 Octobre 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Je rencontre souvent Éric Dubois, dans certains quartiers de Paris, comme Montparnasse ou Saint-Germain, il préfère la Rive gauche à la Rive droite, dit-il souvent, même si les quartiers bobos des 19e et 20e sont à la mode depuis quelque temps. Il me dit que son dernier récit, L’homme qui entendait des voix, est autobiographique et qu’il était paralysé par l’emploi du Je dans la première version du texte, au moment de sa rédaction, préférant un Il presque impersonnel aux affres de l’autofiction. Comme je le comprends ! On ne quitte pas la poésie comme ça ! C’est ce que je m’évertue à dire à Laure. Comme dans la peinture, je veux n’être qu’un petit maître en poésie et non un génie incompris du roman ! Je le dis d’autant plus que je suis encore assez jeune pour avoir de l’ambition, une ambition juste et mesurée. Éric Dubois, la cinquantaine, sait que pour lui, c’est fini, il aurait dû écrire le roman de sa génération, dans les années 90, c’est trop tard. Je lui dis que non, il peut encore prouver des choses dans ce domaine. Je quitte Éric Dubois pour aller sur l’autre rive, aller sous la Canopée du Forum des Halles, faire quelques courses, puis plus loin, visiter l’exposition David Hockney au Centre Pompidou. J’en reviens, ragaillardi par tant de talent pictural, de maîtrise absolue. Ce peintre révolutionne la peinture figurative des temps contemporains. C’est monstrueux tant de génie ! J’aurais dû être peintre ! Au lieu de me fourvoyer dans les mots !

Le complexe de l’écrivain (2), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mardi, 26 Septembre 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Frédéric Beigbeder, si tu me lis, je suis prisonnier des mots d’un certain poète qui s’appelle Éric Dubois, beaucoup plus âgé que moi. Et cet Éric Dubois essaie, cette fois-ci, autre chose que l’autofiction. Frédéric, écoute-moi. Mon quartier c’est Ménilmontant, la rue Oberkampf avec ses étudiants, ses bobos, ses hipsters et puis ses dealers de shit. Il y a aussi ses librairies, comme dans presque tous les quartiers de Paris. Paris c’est le rêve de tout écrivain, qui vient de province. Moi, je viens de la banlieue mais c’est tout comme. J’occupe mes journées à écrire mes piges avec mon ordinateur portable, dans des cafés silencieux où vont et viennent de jolies filles studieuses. Laure en fait partie. Elle ne se rend pas compte que du haut de mes trente ans, mon aspiration légitime à devenir un écrivain reconnu m’obsède au point que j’en perds parfois sommeil et appétit. Frédéric, mon monde est bien loin du tien mais t’as dû en passer par là, je suppose, chassant de ton esprit les slogans publicitaires que tu pondais, en créatif inspiré, et rêvasser prix littéraires et gloire pour tes premiers romans. Mon premier roman, je ne l’ai pas encore écrit, je te le dis, Éric Dubois se sert de moi comme d’une marionnette ! Et c’est difficile de s’échapper de son emprise !

Le complexe de l’écrivain (1), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Lundi, 11 Septembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Je ne sais pas ce que c’est la vocation d’écrivain. Tout est bien mystérieux. Et pendant que je médite sur la condition de l’auteur, sa situation dans le monde, ses relations avec ses contemporains, Laure me secoue dans ma torpeur. Pour elle, il faut agir vite, ne pas céder à l’atermoiement ni à je ne sais quelle prostration neurasthénique.

– Tu écris des trucs publiés chez de petits éditeurs ?

– Oui. Enfin, c’est de la poésie.

– Ce n’est pas assez ! Il faut avoir des relations, un réseau, quoi ! Et pouvoir s’en servir à bon escient.

– Tu sais, j’ai des amis écrivains, un peu comme moi, des galériens mais je m’en accommode, ils n’ont pas la grosse tête, pas encore.

– Ecris un roman alors !

– J’en suis bien incapable. Je ne sais pas diluer mon écriture sur des pages et des pages.

– Ecris un roman et fais-toi connaître dans le Tout Paris mondain !

– Les réseaux sociaux, c’est amplement suffisant !

– Non, faut qu’on voie ta tronche !

L’homme qui entendait des voix (4 et Fin), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Mercredi, 12 Avril 2017. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

En 1992, en plein été, X a fait un coma éthylique, hospitalisé une nuit à l’Hôpital Henri Mondor de Créteil. Il a vu ou cru voir la lumière au bout du tunnel, comme on dit dans certains témoignages. Le lendemain matin, le médecin lui a dit qu’il aurait pu y passer et qu’heureusement il avait un cœur solide.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il n’en veut plus à son passé, à ses tortionnaires.

 

Ça a commencé comment ces voix ?

L’homme qui entendait des voix (3), par Eric Dubois

Ecrit par Eric Dubois , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Il ne sait comment tout a commencé.

Ça a commencé comment ces voix ?

Il est celui dont on se moque, de la Maternelle au Lycée et du Service Militaire à l’Entreprise. Son comportement doit être à l’origine de ces agissements : retrait, timidité, maladresse, étrangeté peut-être. Certaines personnes doivent sentir qu’il est gentil, pacifique et qu’il ne cherche pas les conflits et donc la violence, le passage à l’acte. Il ne sait pas se défendre physiquement. Il ne sait pas non plus anticiper l’agression, s’en prémunir. La violence le paralyse. Les couteaux symboliques entrent profondément dans les blessures originelles. Son corps se souvient. Plus encore c’est sans doute le ricanement de la moquerie qui le touche. Il a longtemps été peu sûr de lui enfermé dans un mal-être qui le poussait à dire et à faire n’importe quoi, exauçant mille fois les souhaits de ses bourreaux. Enfant, ce sont les coups de ses « camarades » qui pleuvaient sur son corps, les coups de poing, les coups de coude. Jeune adolescent, les croche-pieds. Plus tard, les quolibets, les rires ou un bizutage qui confortait son rôle de clown permanent.