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Articles taggés avec: Emmanuelle Caminade

A propos de Massacre des Innocents, Marc Biancarelli, par Emmanuelle Caminade

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Janvier 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Massacre des Innocents, Marc Biancarelli, Actes Sud, janvier 2018, 296 pages, 21 €

Dans la nuit du 4 au 5 juin 1629, le Batavia, superbe navire affrété par la puissante Compagnie hollandaise des Indes orientales qui avait bâti son empire sur le commerce des épices, s’échoua sur un récif des Houtman Abrolhos au large de l’Australie. A son bord, outre une riche cargaison aiguisant certains appétits, plus de trois cents personnes, marins et soldats pour les deux tiers mais aussi passagers, dont un bon nombre de femmes et d’enfants.

De très nombreux rescapés purent trouver refuge sur les îlots de l’archipel avant que l’élite des officiers ne les abandonne pour tenter de rejoindre Java sur l’unique chaloupe et que l’épave ne soit engloutie. Mais quand les secours arrivèrent à la mi-septembre, plus de cent personnes innocentes avaient déjà été méthodiquement massacrées sous les ordres de Jeronymus Cornelisz, démoniaque assistant subrécargue (sorte d’intendant adjoint) secondé par une petite bande d’affidés, quelques femmes ayant été épargnées pour être livrées à leur plaisir. La plupart des naufragés, terrorisés, avaient participé à la tuerie sous la contrainte ou avaient laissé faire, tandis que Weybbe Hayes, un soldat sans grade, s’était opposé au psychopathe, réussissant à survivre et à organiser la résistance sur l’île dans laquelle on l’avait relégué avec ses compagnons.

D’exil et de chair, Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 20 Décembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

D’exil et de chair, Les Editions Mutine, novembre 2017, 300 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne-Catherine Blanc

 

Anne-Catherine Blanc est un auteur au talent éclectique qui aime varier les genres, les sujets et les formes pour aborder notre « monde merveilleux et monstrueux » en nous montrant « l’homme universel avec ses vices, ses tares et ses beautés ».

Après Moana Blues, court et intense roman inspiré d’un tragique fait divers qui se déroulait sur une unique journée, elle publia ainsi L’astronome aveugle, un petit conte léger et lumineux, suivi de Passagers de l’archipel, un recueil de nouvelles nous faisant dépasser les clichés d’une mythique Tahiti, avant de se lancer avec Les chiens de l’aube dans un roman d’aventures mené tambour battant sur plus de trois cents pages nous entraînant au cœur d’un bordel sud-américain. D’exil et de chair, sa cinquième fiction traitant de l’exil et de la mémoire, est lui un roman polyphonique et fragmenté, qui s’attache, de 1938 à 2012, à de sombres réalités de la seconde guerre mondiale et du XXIème siècle, s’intéressant aux trajectoires diverses de trois exilés, qui se croiseront à Rivesaltes, dans les Pyrénées orientales, et dont elle entremêle les voix.

Petit Dico à l’usage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants, Salah Guemriche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 23 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Seuil

Petit Dico à l’usage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants, novembre 2017, 192 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Salah Guemriche Edition: Seuil

 

Si la France a vu naître dans ses cités vers les années 1970 une sorte d’argot des jeunes (porté essentiellement par des collégiens), destiné à n’être pas compris des parents, de la cité voisine ou de la police, ce dernier, largement diffusé et enrichi depuis – via notamment les rappeurs, le cinéma ou les réseaux sociaux… – s’est étendu aux lycéens et aux étudiants, gagnant la société entière. Une évolution que les publicitaires ont bien sentie n’hésitant pas à reprendre ce langage dans leurs slogans visant la jeunesse.

Avec près de deux cents entrées allant de « Afficher (quelqu’un) » à « Zyva » présentées avec humour et souvent illustrées de paroles de chansons Rap (auxquelles s’ajoute un index de mots en verlan ainsi que d’acronymes ou d’abréviations), ce petit dictionnaire copieusement annoté nous propose une sorte d’instantané de ce « parler djeun’s » haut en couleurs qui devrait faciliter la communication intergénérationnelle. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet ouvrage qui semble s’élargir à une tout autre ambition

Churchill, Manitoba, Anthony Poiraudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 14 Novembre 2017. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Récits, Roman, Inculte

Churchill, Manitoba, octobre 2017, 160 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Anthony Poiraudeau Edition: Inculte

 

 

Dès son premier livre, Projet El Pocero (Inculte, 2013), un brillant récit autour d’une ville fantôme de la crise espagnole, Anthony Poiraudeau s’inscrivit dans la mouvance des écrivains-géographes. Non que, comme Julien Gracq ou son contemporain Emmanuel Ruben – qui dans son intervention lors d’une rencontre organisée par la SGDL en mai 2016 l’y incluait déjà –, il allie nécessairement une formation géographique à sa pratique littéraire, mais parce qu’à l’instar de nombreux auteurs actuels « pour lesquels les lieux, les paysages, ont une importance primordiale », il se situe « aux lisières du roman » et fait surgir « toutes les dimensions de l’imaginaire d’une exploration-description minutieuse des lieux ». Une écriture des lieux expérimentés tant dans leur réalité brute que dans leur perception émotionnelle et leur charge existentielle.

Climats de France, Marie Richeux

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 14 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Sabine Wespieser

. Ecrivain(s): Marie Richeux Edition: Sabine Wespieser

Après Achille, récit revisitant le mythe du célèbre héros grec, qui reçut le Prix Littéraire des Grandes Ecoles en 2015, ce troisième livre de Marie Richeux présenté par l’éditeur comme son premier roman s’avère une très belle réussite.

Alors qu’elle découvre adulte une Algérie avec laquelle elle pensait n’avoir aucun lien, et se trouve « au milieu de l’immense cour aux deux cents colonnes » de Climat de France, ce grand ensemble monumental rêvé par Fernand Pouillon et réalisé en 1957 sur les hauteurs de Bab El Oued grâce à Jacques Chevallier, le maire d’Alger de l’époque, Marie est saisie d’une émotion intense, d’un paradoxal sentiment d’étrangeté et de familiarité. Et ce n’est que plus tard qu’elle apprend que ce bâtiment est l’œuvre achevée par le célèbre architecte juste avant qu’il n’entreprenne la construction de cette « citée heureuse » où elle a grandi en France, si différente au premier abord dans sa conception.

Jusqu’où un bâtiment, « par ses espaces, ses sons et ses circulations », peut-il « conditionner la forme d’une existence », peut-il influer sur notre rapport à l’autre et au monde ? Comment les lieux d’enfance déposent-ils en nous ? Cela est sans doute impossible à préciser mais peut-être ce livre nous en donne-t-il une idée.