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Articles taggés avec: Emmanuelle Caminade

Climats de France, Marie Richeux

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 14 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Sabine Wespieser

. Ecrivain(s): Marie Richeux Edition: Sabine Wespieser

Après Achille, récit revisitant le mythe du célèbre héros grec, qui reçut le Prix Littéraire des Grandes Ecoles en 2015, ce troisième livre de Marie Richeux présenté par l’éditeur comme son premier roman s’avère une très belle réussite.

Alors qu’elle découvre adulte une Algérie avec laquelle elle pensait n’avoir aucun lien, et se trouve « au milieu de l’immense cour aux deux cents colonnes » de Climat de France, ce grand ensemble monumental rêvé par Fernand Pouillon et réalisé en 1957 sur les hauteurs de Bab El Oued grâce à Jacques Chevallier, le maire d’Alger de l’époque, Marie est saisie d’une émotion intense, d’un paradoxal sentiment d’étrangeté et de familiarité. Et ce n’est que plus tard qu’elle apprend que ce bâtiment est l’œuvre achevée par le célèbre architecte juste avant qu’il n’entreprenne la construction de cette « citée heureuse » où elle a grandi en France, si différente au premier abord dans sa conception.

Jusqu’où un bâtiment, « par ses espaces, ses sons et ses circulations », peut-il « conditionner la forme d’une existence », peut-il influer sur notre rapport à l’autre et au monde ? Comment les lieux d’enfance déposent-ils en nous ? Cela est sans doute impossible à préciser mais peut-être ce livre nous en donne-t-il une idée.

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Quidam Editeur

Le livre que je ne voulais pas écrire, août 2017, 266 pages, 20 € . Ecrivain(s): Erwan Larher Edition: Quidam Editeur

 

« L’époque exige l’autofiction », « les temps sont au voyeurisme », mais le sujet de ce livre écrit « d’après une histoire vraie » – et qui plus est vécue – ne doit pas pour autant dissuader les lecteurs qui tentent de résister à ce dictat.

Erwan Larher aime le rock et les mots. C’est un romancier qui invente des histoires, des héros, et surtout une écriture pour tenter de changer, ou du moins d’interroger le monde et l’humain. Rescapé de l’attentat du Bataclan où il a été blessé, il a longtemps refusé de témoigner, ne voulant pas « apporter son écot de larmoyance à l’océan émotionnel sur lequel surfent les media ». Mais cette « tragédie intime » est un « drame national » qui dépasse le fait divers que certains transforment « en prix littéraire » car c’est tout le corps social qui a été attaqué. Elle nous « atteint par ricochet », elle fait partie de notre histoire. Et des amis écrivains finirent par le convaincre de son devoir d’écrire, lui « le seul écrivain présent ce soir-là au Bataclan », notamment en employant « le mot magique » : « tu dois partager ».

Surface de réparation, Olivier El Khoury

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Surface de réparation, éditions Noir sur Blanc, août 2017, 160 pages, 14 € . Ecrivain(s): Olivier El Khoury

 

Quatre-vingt-un premiers romans annoncés pour cette rentrée littéraire (un record !), dont beaucoup sans doute passeront à la trappe sans même être lus. Tel n’est pas le cas de Surface de réparation d’Olivier El Khoury qui fait déjà partie des dix titres sélectionnés pour le prix Stanislas.

Comme l’indique son titre désignant cette zone sensible face aux buts où toute faute est sanctionnée par un pénalty, le football y tient une place centrale. Le foot, l’alcool et le sexe. Et l’épigraphe provocatrice donne avec humour le ton du livre, reprenant les propos mémorables tenus en 2016 par Michel Preud’homme, l’entraîneur du Club de Bruges (une des quatre grandes équipes belges), nous faisant entrer d’emblée dans la folie ordinaire des supporters :

« Je vous encule !

Je vous encule, tous !

Je vous encule, bande de merdes ! »

Nos richesses, Kaouther Adimi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 21 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Seuil

Nos richesses, août 2017, 220 pages, 17 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

« Des siècles que le soleil se lève au-dessus des terrasses d’Alger et des siècles que nous assassinons sur ces mêmes terrasses ».

C’est d’Alger, capitale d’un pays soumis depuis longtemps à l’injustice et à la violence, que s’élève la voix du narrateur principal de ce livre dont le « nous » endossé par les habitants de la ville porte tout l’héritage du peuple algérien, la somme des histoires de « ces hommes et ces femmes qui ont tenté de construire ou de détruire cette terre ». Une voix ravivant les douloureuses mémoires mêlées de l’Algérie et de la France tout en évoquant par touches légères le triste bilan actuel d’un Etat corrompu sans céder pour autant à l’accablement. Nos richesses exalte en effet les vraies richesses nées sur cette terre d’ombre et de lumière dont « le bleu presque blanc du ciel » donne « le tournis ». Et Kaouther Adimi y célèbre cette jeunesse qui dans les périodes les plus noires osa risquer l’impossible pour réaliser ses rêves les plus fous, semblant ainsi rappeler à ces jeunes ignorants, endormis ou blasés qu’il existe des valeurs porteuses d’espoir et que l’on peut prendre son destin en mains.

Sucre noir, Miguel Bonnefoy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans La Une Livres, Rivages, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Sucre noir, août 2017, 208 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Sucre noir s’inscrit délibérément dans la continuité du Voyage d’Octavio, ce que l’auteur nous signifie d’une phrase clin d’œil. Et comme dans ce premier roman très remarqué, Miguel Bonnefoy y annonce d’emblée la tonalité fabuleuse de l’histoire qu’il va nous conter. Il réinvente en effet la fin des aventures du cruel capitaine de flibustiers Henry Morgan qui, dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, mena ses expéditions aux Caraïbes où il devint une figure de légende. Echouée sur des cimes feuillues au milieu de l’océan de la forêt, sa frégate naufragée aux flancs empestant la misère et la faim, encore alourdie – malgré l’abandon de nombreux « objets de pillage » hétéroclites – de tout cet or dont il refuse de se délester, « s’effrite comme un morceau de sucre » alors que l’orage s’annonce, puis s’enfonce inéluctablement dans l’abîme en déracinant les arbres, tandis que le capitaine agonise « seul et pauvre, plongeant ses mains dans un trésor qui ne [peut] le sauver ». Une stupéfiante anticipation du naufrage actuel du Venezuela !