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Articles taggés avec: Emmanuelle Caminade

Fables, Jean de La Fontaine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 24 Mai 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Poésie

Fables, dossier de Sylvie Howlett, avril 2017, 192 pages, 2,90 € . Ecrivain(s): Jean de La Fontaine Edition: Folio (Gallimard)

Publiées en trois recueils successifs de 1668 à 1694, les fables de Jean de La Fontaine ont rencontré dès leur époque un succès qui ne s’est pas démenti au cours des siècles. Sur près de trois cents fables écrites par l’auteur, toutes n’acquirent certes pas la même notoriété, mais elles font néanmoins tellement partie de notre patrimoine littéraire qu’elles ont contaminé notre langage courant au travers de nombreux proverbes ou expressions issus directement de leurs vers.

Dédiées au jeune Dauphin, fils du roi Louis XIV, du moins pour le premier recueil, ces fables furent utilisées systématiquement dans l’enseignement dès le début du XVIIIème siècle par les jésuites. Puis la IIIème République y vit  un livre de morale opportun pour l’école laïque et elles devinrent incontournables dans les classes du primaire jusqu’aux années 1960.

Sans doute cette popularité altéra-t-elle un peu la perception de ces fables et nuisit-elle à leur estime. Mais ces dernières, qui n’ont rien de moralisateur et sont plutôt l’œuvre d’un moraliste, et qui recèlent, au-delà de la critique des excès du régime absolutiste et de la satire sociale, toute la philosophie de l’existence d’un auteur pénétré d’une antique sagesse, ont désormais été réhabilitées dans toute leur complexité et parfois leur ambigüité.

Les Harmoniques, Gérald Tenenbaum (2ème critique)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 25 Avril 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Editions de l'Aube, Roman

Les Harmoniques, février 2017, 224 pages, 22 € . Ecrivain(s): Gérald Tenenbaum Edition: Editions de l'Aube

Roman urbain à la tonalité mémorielle mélancolique, vibrant et bariolé tissage de relations et d’échanges, Les Harmoniques nous emmène aux confins du réel et de l’imaginaire en nous faisant entendre un vaste concerto de destins croisés dont émerge la beauté de rencontres improbables. Gérald Tenenbaum y explore le champ des possibles offert à quatre héros qu’il lance sur « des sentiers prêts à bifurquer ». Deux Français, un journaliste au chômage et un mathématicien, et deux Argentines, une actrice dont la sœur jumelle a disparu et une auteure de romans de jeunesse, vont ainsi se croiser, l’auteur éclairant certains moments de leur existence où s’ouvre ou se ferme une porte sur l’inconnu, sans que l’on puisse à court terme en déceler l’impact. Et c’est une autre perception des événements qui se fait jour. C’est un autre univers qui s’ébauche, interrogeant notre propre rapport au monde.

Cette histoire d’amour et d’amitiés se déroule sur une vingtaine d’années (1993/2015) de part et d’autre de l’océan, essentiellement entre Paris et surtout Buenos Aires, avec quelques incursions à Madrid ou brièvement à Tel Aviv, pour se terminer à Venise sur un « accord parfait », aboutissement d’un « long détour ». Mais, passant sous silence de très nombreuses périodes, l’auteur a savamment déconstruit son récit pour nous proposer un puzzle narratif réconciliant le destin et le hasard.

Histoires désobligeantes, Léon Bloy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 14 Avril 2017. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Contes

Histoires désobligeantes, mars 2017, 304 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Léon Bloy Edition: Mercure de France

 

Les Histoires désobligeantes de Léon Bloy s’inscrivent dans le courant des contes cruels qui prit son essor au milieu du XIXème siècle. Publié en 1894, ce recueil de trente courtes fictions avait été réédité vingt ans plus tard (Mercure, 1914) augmenté d’une préface de l’auteur et de deux textes extraits de son roman La Femme pauvre (1897). Et c’est cette seconde édition qui nous est proposée, annotée et préfacée par Sandrine Fillipetti et enrichie de deux textes critiques de Rémy de Gourmont et Octave Mirbeau, ainsi que d’un portrait de l’auteur dressé par Catulle Mendes dans un de ses romans.

Pour ce désespéré qui fit « son noviciat dans les odyssées de la famine et du chienlit », Chrétien souverainement épris d’absolu égaré dans un siècle le pénétrant de dégoût – dont les « générations avortées » saccagent « l’Idéal » –, l’ennemi à désobliger qui suscite sa colère c’est cette bourgeoisie florissante régnant à son époque et dont il fait la satire féroce.

Relever les déluges, David Bosc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 04 Avril 2017. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Verdier

Relever les déluges, mars 2017, 96 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): David Bosc Edition: Verdier

 

En répondant à la fervente injonction de Rimbaud dans son poème Après le déluge cité en exergue, David Bosc donne d’emblée la double dimension de ce recueil de fictions enjambant les siècles, à la croisée du réel et de l’imaginaire. La métaphore rimbaldienne du déluge renvoyait en effet sans conteste à l’élan révolutionnaire de la Commune, au rêve collectif, tout en pouvant s’interpréter aussi sur un plan esthétique et individuel.

Mourir et puis sauter sur son cheval, le précédent livre de l’auteur, attisait « les brûlures des contes » en nous emportant dans les rêves les plus fous d’une héroïne aspirant à « se défaire » pour « donner naissance à autre chose ». Et Relever les déluges est de même animé par un souffle libertaire appelant à la transformation de l’ordre ancien, à la construction d’un autre monde. Bien que s’étalant sur huit siècles, les quatre courts récits qui le composent – dont trois ont déjà été publiés en revue – n’illustrent aucune tendance au progrès social et marquent au contraire l’ébrèchement, l’écroulement au contact du réel de ces aspirations émancipatrices, égalitaires et fraternelles qui parfois érigent de nouvelles prisons desquelles il convient de fuir. Mais si la fête bariolée du carnaval ne peut durer, la liberté de nos rêves s’incarnera toujours dans des palais imaginaires sans cesse reconstruits.

L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 13 Mars 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Poésie

L’hirondelle rouge, février 2017, 128 p., 12 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

 

Ce fut sans doute la mort de sa mère en mai 2016 qui amena Jean-Michel Maulpoix à écrire L’hirondelle rouge pour accompagner dans « leur puits de nuit » ce père qu’il avait « laissé partir » et entendit alors « gémir sous la terre », comme cette femme qui somnola longtemps dans l’antichambre de la mort avant de s’éteindre. A écrire « juste des paroles pour notre ici-bas : la mémoire de ceux qui s’en vont et la consolation de ceux qui restent ». Pour « offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre ».

Mais ces proses poétiques dressant un tombeau à ses parents désormais « confondus dans le même silence », l’entraînent dans un mouvement inéluctable vers un abîme de tristesse, de douleur et de colère. Elles le renvoient à sa propre finitude, le plongeant dans « le trou noir de ce rien » qu’il portait déjà en lui, et qui « bat comme un deuxième cœur : cœur noir, cœur d’encre à côté de la pompe à sang ».

Et ce « carnet de deuil » semble aussi sonner le glas d’une poésie exsangue prospérant sur « un fond de désolation », d’une langue où somnole « l’idée de la mort » :