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Articles taggés avec: Elena-Brandusa Steiciuc

"L'enlèvement de Sabina" de Felicia Mihali (janvier 2012)

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Lundi, 09 Janvier 2012. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Un roman au carrefour des légendes et des cultures


Un roman au carrefour des légendes et des cultures : L’enlèvement de Sabina de Felicia Mihali (XYZ Editeur, Montréal, 2011, 284 p. )

Pour donner une épouse aux nombreux célibataires du village, les Comans invitent à la fête des Moutons – qui annonce la fin de l’été et le début de la gestation hivernale – les Slavins, leurs voisins, accompagnés de leurs femmes et surtout de leurs files. Sous prétexte d’hospitalité, ils font boire à leurs invités tant de vin que ceux-ci ne pourront pas défendre les seize vierges enlevées lorsque la fête sera rompue. Deux jours plus tard, ces filles - belles ou laides, intelligentes ou pas très malines, calmes ou nerveuses, bonnes ménagères ou paresseuses - deviendront des épouses pas plus fortunées que celles du village d’accueil ou bien du reste du monde. Une vie nouvelle commencera pour Kira, Nafina, Minodora, Flora, Gostana, Sarda, Efstratia, Aspasia, Assana, Teodora, Rada, Olimpia, Vava, Vergina, Zaza et Pantana, qui n’auront d’autre choix que de faire comme toute femme mariée : procréer ; s’occuper du mari, de la maison et de la ferme et, parfois, même des beaux-parents.

Les fils et les filles du Décret

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Lundi, 05 Décembre 2011. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers

Enfance et maternité au temps de la Securitate

J'avais dix ans en 1965, quand Ceausescu a pris le pouvoir. Cet été-là, toute la famille rentrait des vacances passées à Sinaïa, dans les Carpates Méridionales. Le voyage en train depuis cette coquette ville de villégiature jusqu'à Suceava me semblait une éternité, mais mon père savait occuper mon temps et celui de mon frère par la lecture, qui avait déjà commencé à me passionner. Pendant les deux semaines j'avais épuisé Robinson, Winnetou, de même que tous les contes de Petre Ispirescu (1) édités dans la belle collection « Biblioteca pentru toti » (2), dont je garde encore pas mal de volumes, jaunis par le temps.

Me voilà donc dans ce compartiment de première, aux sièges en velours bleu (mes parents, cheminots, avaient droit à douze voyages gratuits par an, leur famille aussi), en train de lire - pour faire passer le temps - toute la première page de Scanteia, (3) l'officiel du parti unique. C'était un interminable article relatant dans la langue de bois de l'époque, dont je ne comprenais pas grand-chose, la cérémonie par laquelle ce personnage avait pris les rênes du pays. J'aurais voulu poser des questions à mon père au sujet de tel ou tel terme, mais tout à coup il fut pris d'une somnolence terrible et cacha sa tête derrière sa veste accrochée à côté de la fenêtre. Les autres voyageurs s'endormirent eux aussi, soudain très fatigués par le trajet, et ma voix résonna toute seule dans ce compartiment de plus en plus silencieux.

"Pourquoi aller à Bangkok ?"

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Mardi, 15 Novembre 2011. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers

Les voyages au temps de la Securitate

Pendant la dictature, la liberté était un mot vidé de son sens. Nos dirigeants en truffaient leurs longs discours, on nous la faisait entendre lors des réunions obligatoires d'enseignement politique, ou bien pendant les deux heures de programme quotidien de la seule chaîne de télévision. Mais en réalité, la liberté, on la connaissait aussi bien que la face cachée de la lune...

Je voudrais parler dans ce qui suit d'un aspect particulier de cette notion, qui me tenait à cœur et qui était une question épineuse pour tous les Roumains au temps de la Securitate : les voyages. Enfermés derrière les frontières bien gardées du pays par des « chiens » un peu mieux nourris que nous, nous étions les petits animaux de la ferme qui devaient plier l'échine sans avoir la terrible audace de penser. Laisser sortir de l'enclos ces robots aurait été nuisible pour le système : ensuite ils auraient moins accepté l'endoctrinement et le mensonge officiel.

Mais voilà qu'il y avait, quand même, des Roumains et des Roumaines qui, pour toutes sortes de raisons, demandaient à voyager à l'étranger. S'il s'agissait d'aller dans les pays socialistes, surtout en Union Soviétique, pas de problème, le voyage était dans la poche, on n'avait même pas besoin d'un passeport, la simple carte d'identité suffisant à cette fin.

Amours, amis, lectures au temps de la Securitate

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Vendredi, 28 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers

Mon cas n’a rien d’exceptionnel. Je fais partie des millions de Roumains qui, pendant la dictature communiste, ont été surveillés par les services secrets, la sinistre Securitate. À l’époque on savait que dans chaque entreprise, institution ou même dans chaque immeuble d’habitation il y avait des informateurs, mais on ignorait l’ampleur de cette toile, que des araignées tenaces tissaient autour de nous. En roumain, le délateur est désigné par le terme familier turnator, du verbe a turna (verser), ce qui prête à de nombreux jeux de mots et calembours. Car en effet, ils « versaient » leur « cru » de délations, parfois vraies, parfois fantaisistes, dans l’entonnoir du securist tout-puissant, de l’Officier invisible.

Pour moi, tout avait commencé très tôt. Etudiante à Iasi, j’avais 21 ans lorsqu’on m’avait sélectionnée pour un stage linguistique d’été à l’Université de Grenoble. La bourse était accordée par la France aux meilleurs étudiants roumains et tous les frais étaient supportés par l’Ambassade de Bucarest. J’avais commencé à remplir les formulaires et à préparer les photos…

Mais voilà qu’entre ce voyage en France – source de rêves et de fantasmes pour tout étudiant en Lettres – et son accomplissement, la Securitate s’est interposée. Un jour de la fin mai 1976 (je ne peux pas dire : « un beau jour » !), un jeune officier en civil est venu me chercher au foyer où j’habitais, Résidence Universitaire « Pouchkine ».

Une Américaine en France pendant l'occupation : Gertrude Stein

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Jeudi, 20 Octobre 2011. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers

"Les guerres que j'ai vues"


Attirée, comme beaucoup d’autres âmes fantaisistes par l’effervescence de la vie culturelle parisienne pendant les premières décennies du XXème siècle, Gertrude Stein fait figure de catalyseur dans les cercles artistiques qu’elle fréquente. Amie des futurs grands noms de la peinture d’avant-garde (Matisse, Picasso, Derain, Laurencin, Bonnard), dont elle achète les toiles quand les auteurs sont encore des inconnus, l’Américaine qui tient salon rue de Fleurus s’intéresse à tout ce qui renouvelle l’art en cette période, sur les deux bords de l’Atlantique : le cubisme ; la littérature expérimentale ; le renouvellement du théâtre.

Plus d’un siècle après l’arrivée de « Gerty » en France, les Editions Christian Bourgois proposent pour la rentrée 2011 deux volumes d’écrits divers de cette femme qui a eu une influence marquante dans les milieux artistiques de son époque et même après : Lectures en Amérique (238 p., traduit de l’anglais et présenté par Claude Grimal) ; Les guerres que j’ai vues (315 p., traduit par R. W. Seillère), textes qui se joignent aux autres publiés auparavant par le même éditeur, à savoir : Du sang sur le sol de la salle à manger, 1984 et Picasso, 2006.