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Articles taggés avec: Didier Smal

A propos de Pierre-Joseph Proudhon L’Anarchie sans le désordre, Thibault Isabel, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 15 Novembre 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

Pierre-Joseph Proudhon L’Anarchie sans le désordre, Thibault Isabel, Editions Autrement, mai 2017, 182 pages, 18,50 €

Clemenceau disait : « Tout homme qui n’a pas été anarchiste à vingt ans est un imbécile, mais c’en est un autre s’il l’est encore à quarante ». A considérer certains quadragénaires, et d’autres plus âgés, croisés en rue, durant des festivals musicaux ou lors de manifestations « alternatives », à considérer l’attrait pour le A cerclé comme signe de ralliement, à considérer certains discours libertaires entendus (faire tout péter, certes, mais on met quoi à la place ?), on ne peut que donner raison à Clemenceau.

Puis un jour, les événements s’enchaînent de façon hasardeuse. On montre pour un élève une considération tout humaine, et celui-ci, avec un rien d’humour, offre en retour un ouvrage vu en librairie dont le sous-titre a dû le faire penser à son professeur de français quelque peu hors normes : « L’anarchie sans le désordre ». Du coup, le professeur lit son premier essai sur Pierre-Joseph Proudhon durant l’été, et, pour faire très bref, se découvre, à l’âge vénérable de quarante-quatre ans, une affiliation politique véritable, c’est-à-dire une pensée politique à laquelle il adhère de façon quasi inconditionnelle, à un bémol près, identique à celui entendu par Thibault Isabel dans la partition écrite par Proudhon pour une société à dimension humaine.

Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 10 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman, Le Livre de Poche

Jonathan Strange & Mr Norrell, trad. anglais Isabelle D. Philippe, 1149 pages, 10,20 € . Ecrivain(s): Susanna Clarke Edition: Le Livre de Poche

 

Adapté en mini-série par l’honorable BBC, multi-primé l’année de sa parution (2004), repris depuis parmi de fiables listes des meilleurs romans de science-fiction jamais publiés, Jonathan Strange & Mr Norrell, le premier roman de l’Anglaise Susanna Clarke (1959), ne peut qu’éveiller la curiosité du lecteur amateur de prose intelligente à destination populaire. Et le moins qu’on puisse dire est que l’amateur est servi, gâté, enchanté, n’en jetez plus, on a affaire à un véritable chef-d’œuvre, toutes catégories littéraires confondues, un diamant dont chaque facette a été finement taillée et qui n’en finit pas de scintiller dans l’esprit du lecteur émerveillé.

Se déroulant de l’automne 1806 au printemps 1817, Jonathan Strange & Mr Norrell se présente comme une uchronie, une histoire alternative de l’Angleterre où la magie est un fait acquis – à ceci près qu’elle a plus ou moins disparu en ce début du XIXe siècle. Elle n’est plus qu’un objet d’études pour des magiciens qui sont en fait des historiens, à l’image de ceux qui, « dans la bonne ville d’York », se « réunissaient le troisième mercredi du mois et échangeaient de longues et ennuyeuses communications sur l’histoire de la magie anglaise ».

Sur "le Poison" de Charles Jackson, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 02 Novembre 2017. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques

Le Poison, Charles Jackson, Belfond Vintage, septembre 2016, trad. américain Denise Nast, 384 pages, 17 €

 

Ah le putain de grand roman ! Ah la putain de baffe en travers de la tronche ! Ah le sentiment de s’être mangé un mur littéraire en plein !

Bon, d’accord, ça ne se fait pas de débuter une chronique littéraire de la sorte, ça ne se fait pas mais on s’en moque. Ce n’est pas tous les jours que remonte des oubliettes de l’histoire littéraire un chef-d’œuvre, et on pardonnera les écarts de langage : parfois, on a tout simplement envie de dire ce qu’on a ressenti en lisant un roman, pas d’en livrer une savante analyse – enfin, savante, disons-le vite, la modestie est de mise. Tâchons quand même d’écrire quelques lignes sur Le Poison (1944, The Lost Weekend, dans la version originale, titre plus énigmatique et plus exact quant à la durée narrative), premier roman de Charles Jackson (1903-1968), pour lequel son auteur est célébré dans le monde anglo-saxon.

Georges Bernanos, Folio : La Liberté, pour quoi faire ? et Français, si vous saviez, par Didier Smal

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 25 Octobre 2017. , dans La Une CED, En Vitrine, Les Chroniques

 

Georges Bernanos, Gallimard/Folio, janvier 2017 : La Liberté, pour quoi faire ?, 256 pages, 9,30 € ; Français, si vous saviez…, 496 pages, 11,10 €

 

J’aime bien les diacres de la paroisse où je vis et dans l’église de laquelle je me rends chaque dimanche matin pour tenter de me réconcilier avec la foi en Dieu au lieu de me battre comme un chiffonnier avec, ce que je devrais arrêter de faire à quarante-quatre ans, mais bon, je n’arrive pas à devenir un adulte raisonnable ; ils sont doux, ils sont gentils, ils sont pour la paix dans le monde, et les intentions qu’ils lisent durant la messe regorgent d’une bonté délicate. Mais ils m’énervent. Mais ils énerveraient Bernanos. Ils sont pour toutes les bonnes causes, celles vues au journal télévisé, ils sont contre la misère désignée par le même journal télévisé, contre la pauvreté de ceux qui vivent seuls, et bla-bla, mais ils passent à côté de la plus grande misère qui soit, la seule qui devrait être consolée car d’elle découlent toutes les autres : les âmes modernes sont vides.

L’Incendie de la Maison de George Orwell, Andrew Ervin

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 17 Octobre 2017. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Joelle Losfeld, Roman, USA

L’Incendie de la Maison de George Orwell, trad. anglais (USA) Marc Weitzmann, janvier 2016, 248 pages, 22 € . Ecrivain(s): Andrew Ervin Edition: Joelle Losfeld

 

Andrew Ervin (1971) a eu une activité de critique avant de publier quelques nouvelles dans diverses publications et L’Incendie de la Maison de George Orwell, son premier roman, en 2015, roman dont Gallimard a aussitôt acquis les droits de traduction, générant ainsi une relative attente : que contient donc de si crucial ce roman américain pour qu’il génère de la sorte l’envie d’un éditeur francophone ? Il contient en germe deux grands romans, dont malheureusement aucun des deux n’est vraiment abouti, malgré des passages excellents d’une très grande justesse.

L’Incendie de la Maison de George Orwell, c’est l’histoire de Ray Welter, publicitaire génial parti de Chicago pour s’installer sur l’île de Jura, dans les Hébrides. Plus précisément, il désire occuper Barnhill, la maison où Eric Blair, mieux connu sous son nom de plume, George Orwell, écrivit son ultime roman et son grand chef-d’œuvre, 1984. Ce roman obsède Welter au point qu’au détour d’une crise existentielle et professionnelle à la fois (il a réussi à faire vendre des véhicules 4X4 en créant de toutes pièces un faux mouvement protestataire, et cela l’incite à se poser des questions, d’autant que son père meurt dans l’explosion d’une usine ; accessoirement, il divorce), il décide donc de vivre là où Orwell l’a écrit.