Identification

Articles taggés avec: Didier Ayres

De la vie - À propos de La Somnambule dans une Traînée de Soufre, Catherine Gil Alcala

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans La Une CED, Les Chroniques

La Somnambule dans une Traînée de Soufre, Catherine Gil Alcala, éd. La maison brûlée, juin 2017, 13 €

 

On commence à connaître la voix de Catherine Gil Alcala, surtout en relation avec son travail de dramaturge, mais un peu moins en regard de sa poésie. D’ailleurs, les deux exercices lui procurent une originalité qui ne dément pas de livre en livre. Ce recueil, La Somnambule dans une Traînée de Soufre, qui pourrait peut-être être sous-titré par : une élégie des animaux ou une érotique du vocabulaire, est surtout un texte hybride et complexe, à la fois matière vivante et organisation de signes.

Il faudrait pour une étude scientifique (dont ces lignes d’aujourd’hui ne sont pas l’objet) se pencher sur les occurrences des noms d’animaux, et souligner en cela le caractère matériel des métaphores de la poétesse. Car c’est bien ici le secret de cette poésie où sa valeur vitale dépasse l’écriture et lui fait un climax. Cependant, en réfléchissant avant d’écrire cette note, il est apparu impérieux de rapprocher ce recueil des belles pages de Jean à Patmos, et souligner l’écho de ce texte dans le background de C. Gil Alcala, avec les figures de l’Apocalypse. Figures sexuelles aussi, dynamisantes et vives.

Deux, Philippe Jaffeux (2ème critique)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Juillet 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Théâtre, Editions Tinbad

Deux, juin 2017, 236 pages, 21 € . Ecrivain(s): Philippe Jaffeux Edition: Editions Tinbad

 

 

Théâtre abstrait


Deux est un livre complexe à plusieurs égards. Tout d’abord parce que c’est un livre de théâtre – une sorte de pièce de chambre. Et puis, parce que cette pièce se présente sous forme expérimentale. Deux est constitué d’un dialogue entre N°1 et N°2, écrit sous forme de paragraphes à peu près égaux, mais qui ne se répondent pas. L’auteur explique qu’il est possible de faire jouer 1 et 2 chacun par treize acteurs, et cela dans le désordre, sans souci de répliques ni de continuité dramaturgique (ou plutôt, continuité à concevoir dans l’espace même de la scène).

À propos de Refrain de Bernard Grasset, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 05 Juillet 2017. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

Refrain de Bernard Grasset, Jacques André éditeur, février 2017, 11 €

 

Poésie du croisement

C’est avec bonheur que j’ai lu le dernier livre de Bernard Grasset, car il vient à la fois s’ajouter à ce que je sais du travail du poète, en même temps qu’il me permet de me distancier de lectures difficiles parfois, qui demandent elles aussi des soins et beaucoup d’énergie. Or, ce livre-là donne de l’énergie et n’en prend pas. J’ai donc aimé cette qualité, disons, du « peu », d’une littérature aérienne, fluide, transparente et essentielle. Oui, une poésie ductile et belle, dans de simples habits de mots, qui se voue à la contemplation ou à l’écoute méditative. D’ailleurs, le sujet du livre tourne autour de la question de l’œuvre d’art en général, et sans nul doute, permet à la poésie de remplir son vœu mimétique (si je peux tirer vers moi la pensée de Walter Benjamin).

Comme une lettre, Mireille Gansel

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 30 Juin 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Comme une lettre, La Coopérative, mai 2017, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Mireille Gansel

 

 

Comment réduire des impressions de lecture, et cela de façon aussi peu cérébrale que possible, mais plutôt ressenties de l’intérieur, à l’image d’un chemin personnel que l’on fait en lisant de la poésie, sans en trahir le secret ? Cette question est bien vive ici, au sujet du recueil que Mireille Gansel publie ce mois-ci. Car il offre à la fois un voyage physique – Italie, Allemagne, mais aussi Paris ou Lyon – et nous fait partager un spleen. Et à travers lui, ce sentiment si particulier que chacun éprouve à sa manière sur l’hiver et ses lumières froides et blanches. Et là est la poésie justement, dans ce dénuement, dans ces mots éthérés, dans le rien, dans l’aube décharnée de janvier, principe intellectuel de la poésie qui raréfie les signes, qui les rend à eux-mêmes comme simple élément verbal, mais d’une telle simplicité hivernale, que la poésie naît et se développe, fait sens, épaissit le feuilletage de la signification, tout en se déchargeant des lourdeurs et des artifices brillants de l’été, par exemple, et de sa nature prospère.

A propos de Ta résonance, ma retenue, Serge Ritman, par Didier Ayres

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 19 Juin 2017. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques

 

Èros et Politikos

A propos de Ta résonance, ma retenue, Serge Ritman, Tarabuste éditions, avril 2017, 324 pages, 22 €

 

La lecture de Ta résonance, ma retenue de Serge Ritman est exigeante et parfois âpre, aussi solitaire que l’exercice de la pensée qui se dévoile au fur et à mesure de ce que l’on pourrait peut-être considérer comme une anthologie. D’ailleurs, il n’est pas improbable que la suite des recueils que compte le livre soit chronologique et nous mène à l’amble de la vie du poète. Je dis cela car il y a une évolution assez visible de pages en pages qui nous font partager la matière, celle du corps disons, érotique, jusqu’à celle du corps, disons, politique et en butte au monde contemporain. Donc pas du tout une poésie de « tour d’ivoire ». C’est ainsi que j’ai balancé d’un chapitre à l’autre pendant plusieurs heures afin de suivre au mieux la pensée du poète, et que j’ai pu en noter le glissement progressif.