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Articles taggés avec: David Campisi

Sirius, Pierre Fankhauser

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Sirius, Ed. BSN Press, mai 2014, 136 pages, 16,75 € . Ecrivain(s): Pierre Fankhauser

 

Quelques scènes d’ombre et de lumière où sévit l’artiste, nue, de muscles, d’os et de tendons ; des articles de presse accusateurs, scrutateurs ; une enquête de police et ses rapports ; une contre-enquête, ensuite, plus précise ; des lettres d’amour ; un massacre de feu et de sang dans une sombre forêt ; des courriels ; quelques cours adressés à des étudiants qui n’ont pas de visage.

Bienvenue sur Sirius.

C’est un patchwork éparpillé, d’abord, quelques pièces qu’il nous est impossible à rassembler ; quelques pages plus tard, un ordre commence à apparaître, puis une trame. L’on devine alors la direction que prend le récit : l’histoire très sombre d’un massacre perpétré au cœur de la montagne, dans une forêt reculée. Seize corps ont été découverts, calcinés par les flammes et déchiquetés par les balles d’un pistolet.

Le Déclin, David Engels

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Essais, Editions du Toucan

Le Déclin, La crise de l’union européenne et la chute de la République romaine, Analogies historiques, 380 p. 20 € . Ecrivain(s): David Engels Edition: Editions du Toucan

Imaginez un guerrier en pleine bataille ; son bouclier est lézardé de fissures et il en est dès lors affaibli. Ces lézardes, qui peuvent lui être fatales, sont des crises économiques, sociales ou politiques.

Mais il y a pire qu’un bouclier sur le point de céder : le guerrier n’a plus de visage et ne sait pas quel est son camp. Cette identité, perdue ou reniée, est au cœur des propos de David Engels.

L’historien dresse un parallèle captivant dans une époque où nous ne cessons de croire en d’inédites situations, et où chaque génération s’imagine saisie d’une mission particulière car elle se sait unique ; chaque génération attend son tour, porte sur elle le poids du monde et cherche à en trouver toutes les solutions et à en éprouver tous les défis.

L’ambition de l’historien est ici de nous mettre en face de notre histoire commune, nous, citoyens de l’Europe. Et l’histoire est un prétexte, en réalité, car lumière est faite sur de nombreux domaines – baisse de la natalité, montée de l’individualisme, déficit démocratique, mondialisation, technocratie, d’autres encore – et l’analogie peut être considérée comme encyclopédique. David Engels tire à boulets blancs sur tout et sur tout le monde. Il abat des cloisons et dessine un ensemble de mécanismes communs entre la chute de la République romaine et l’état actuel de la construction européenne.

La Vieille maison, Oscar Peer

Ecrit par David Campisi , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

La Vieille maison, Traduit du romanche par Walter Rosselli, Ed. Plaisir de Lire, novembre 2013, 176 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Oscar Peer

C’est un monde où règnent les silences et les non-dits ; une vallée campagnarde du siècle dernier, avalée par les montagnes suisses. Une communauté paysanne comme on en trouve encore au cœur des régions les plus reculées, où le monde est tenu à l’écart par la géologie sévère et les hommes durs et froids, aux regards comme des couteaux.

Le cadre est très rapidement posé. Chasper vient de perdre son père et hérite de la vieille maison, séculaire héritage des temps passés. Et puis, avec la maison, il hérite aussi des dettes énormes qui deviennent son fardeau monumental. Il doit rembourser beaucoup et il doit rembourser vite. Commence dès lors une chasse au trésor ; dans ce royaume du silence isolé de tout, Chasper part en quête de richesses pour honorer les dettes du défunt.

La Vieille maison est une récit intime, mettant en scène des personnages forts dans un milieu intraitable. Bientôt, Chasper sera le paria de la communauté, mis à l’écart par le maire et ses sbires, et d’autres – ses amis – lui tourneront le dos. La narration est centrée sur les visages ; de gros plans en plans rapprochés, nous ressentons tout des individus et de leurs commérages. Le village bruisse bientôt de ragots qui seront comme autant de poisons. Il va pourrir de ses propres silences.

Alger, ombres et lumières, Alain Vircondelet

Ecrit par David Campisi , le Jeudi, 04 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Biographie, Flammarion

Alger, ombres et lumières, avril 2014, 224 pages, 18 € . Ecrivain(s): Alain Vircondelet Edition: Flammarion

 

Il faut imaginer. Imaginer le petit matin et le clapotis humide de l’eau sur le navire tandis qu’apparaissent enfin les côtes et la ville qui surgit de l’horizon, de la ligne bleue, et s’impose dans son immense lumière qui avale le monde. Un surgissement merveilleux de plages, de jasmin et de lauriers roses fleuris qui exhalent leur parfum sucré.

Imaginer, encore, la clarté immaculée et blanche d’énormes villas flanquées sur les hauteurs et qui contemplent la mer sous la lumière qui inonde les squares, les places, le port, les façades.

Alger la flamboyante. Ses maisons cubiques dégringolent jusqu’au front de mer, partent à l’assaut des collines. Alger la mystérieuse, auréolée de secrets et de fantômes. Alger, éclat de lumière surgi de la mer, un écrin blanc lové dans sa baie. Alger et ses maisons qui se calent les unes contre les autres dans un dédale, comme un escalier géant, serpentée de venelles qui laissent présager des intérieurs somptueux, des cours entièrement carrelées de faïence.

Toute ressemblance avec le père, Franck Courtès

Ecrit par David Campisi , le Samedi, 30 Août 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Jean-Claude Lattès

Toute ressemblance avec le père, août 2014, 440 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Franck Courtès Edition: Jean-Claude Lattès

 

Difficile, en lisant Toute ressemblance avec le père, de ne pas y voir une sorte de filiation ou d’héritage littéraire inconscient avec Une vie française de Jean-Paul Dubois ou, s’il nous est permis de traverser le spectre culturel, avec un film comme Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Car c’est de cela qu’il s’agit, au fond ; raconter la fresque immense d’une famille au fil des âges, des épreuves, des aventures, du temps qui passe, des orages qui explosent, de la pluie qui trempe, du soleil qui écrase. Une fresque vivante, douloureuse et riche racontée dans un roman-fleuve qui couvre la vie entière de nombreux personnages – certains ne feront que passer, d’autres seront des fantômes, d’éphémères joies, de terribles menaces, d’improbables destins. Tous ces personnages auront pourtant un dénominateur commun : il s’appelle Mathis, et il nous est livré avec l’étiquette d’anti-héros sur le front. Nul avec les femmes – enfin, certaines, enfin, pas toujours – il boit trop, fréquente les mauvaises personnes, se pose les mauvaises questions, prend toujours les mauvais chemins et cherche à construire sa vie en empilant les mauvaises idées. Pourquoi pas.