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Articles taggés avec: Cyrille Godefroy

Henry Miller, le verbe en liberté (4 & fin), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 11 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Ecrits suivis

 

Le mirage féminin

La placidité de surface, le stoïcisme affiché par Miller n’en recouvraient pas moins un bouillonnement abyssal, spécialement dans son commerce avec les femmes. Tout au long de sa vie, Miller fut irrépressiblement attiré par elles. Attiré par leur beauté, par la promesse de jouissance que leur fréquentation éveillait, par la révélation et la connaissance de son identité qu’elles induisaient : « Sans l’amour la vie ne vaut rien. On existe seulement ». Au contact des femmes, son insouciance s’effaçait, son flegme se désagrégeait. Facilement amoureux, son esprit s’emballait, ses sentiments flambaient. Colère, euphorie, jalousie, extase, ressentiment, désespoir ponctuaient invariablement ses relations amoureuses, tant avec Cora, Béatrice, June, Lepska, Hoki, qu’avec Nin. Ces femmes ont parfois laissé de profondes cicatrices en lui, notamment June : « June m’a rendu infirme… C’est une horrible, profonde blessure, et je sais qu’elle ne sera jamais cicatrisée. Jamais. On ne se remet pas de certaines choses ». Le rapport à la femme mobilisait son être entier. Elle seule était capable de conduire ce capitaine nonchalant au naufrage dans la mesure où elle favorisait la résurgence d’affects enfouis depuis son enfance, laquelle fut marquée par l’autoritarisme maternel. Sa tentative de suicide lorsque June le trompe avec une autre femme atteste de cet embrasement émotionnel.

Céline, Henri Godard, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 09 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Céline, Henri Godard, Folio, mars 2018, 832 pages, 10,50 €

 

Céline, le trimard maudit de la littérature

Dès le cœur de l’avant-propos, Henri Godard, professeur de littérature et spécialiste de Céline, pose les questions cardinales au regard du parcours atypique, de la personnalité complexe et du statut d’écrivain controversé de Louis-Ferdinand Céline (1894-1961) :

– « Comment en était-il venu à se faire une vision si noire des hommes, de la société, de la vie ? Et, qui plus est, à vouloir donner de cette vision une expression si brutale et si provocante ? ».

– « Comment atteint-il le dernier degré de cette virulence en s’abandonnant à cette part en lui du Mal qui consiste à ne plus reconnaître en l’autre son semblable ? ».

Une fois cette problématique exposée, Henri Godard s’attèle, au fil d’une biographie fouillée, éclairante et passionnante, à décortiquer la vie houleuse et l’œuvre déferlante de l’écrivain français, dessinant son portrait à petites touches et affinant régulièrement la perspective.

Henry Miller, le verbe en liberté (3) Big Sur, paradis non-climatisé, par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques, Ecrits suivis

 

 

En janvier 1940, Miller revient aux Etats-Unis qu’il parcourt de long en large en vue d’écrire Le Cauchemar climatisé, commande d’un éditeur. Peinant à l’achever, il y manifeste un anti-américanisme absolu. Il vit toujours aussi chichement et s’en sort grâce à la vente de ses aquarelles, à de minuscules droits d’auteur et à des dons divers, notamment ceux de Nin. En 1941, un éditeur de San Francisco publie un des livres préférés de Miller, Le Colosse de Maroussi, rêverie inspirée par son séjour en Grèce qui cette fois-ci n’a rien à craindre des foudres de la censure.

En 1942, il commence la rédaction de sa future trilogie La Crucifixion en rose (Sexus, Plexus, Nexus) qui revient sur ses quarante premières années d’existence et immortalise June. De 1940 à 1944, sa vie amoureuse semble très calme. Sa liaison avec Nin s’est considérablement asséchée.

Henry Miller, le verbe en liberté (2), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 26 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques, Ecrits suivis

 

La passion Anaïs Nin

Après June, l’exil en France, un troisième déclic survient dans la vie de Miller, en la personne d’Anaïs Nin. Il fait sa connaissance à l’automne 1931. Nin décrit ainsi leur rencontre lors d’un repas organisé dans sa maison de Louveciennes : « Lorsque j’ai vu Henry Miller s’approcher de la porte, j’ai fermé les yeux un instant pour le voir d’un œil intérieur. Il était chaleureux, détendu, naturel. Il passerait inaperçu dans la foule. Il est svelte, maigre, pas très grand. Il a un air de moine bouddhiste, un moine à la peau rose, avec un crâne presque chauve auréolé de cheveux argentés et des lèvres pleines et sensuelles. Ses yeux bleus sont froids et inquisiteurs, mais sa bouche a quelque chose de vulnérable. Son rire est contagieux et sa voix caressante, chaude comme la voix d’un noir ». Nin, 28 ans, mariée depuis 8 ans au banquier Hugh Guiler, commence sérieusement à s’ennuyer. Ses aspirations artistiques et sensuelles étouffent sous le corset de l’épouse rangée et vertueuse : « Il n’y a aucune fécondité dans mon mariage avec Hugo. Nous ne créons rien. J’aurais dû avoir des enfants mais je suis une artiste pas une mère ».

Henry Miller, le verbe en liberté (1), par Cyrille Godefroy

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 19 Juin 2018. , dans Chroniques régulières, La Une CED, Les Chroniques


Un enfant de la rue et de l’errance

Miller est né à New York le 26 décembre 1891, l’année de la mort de Rimbaud, comme s’il lui revenait de reprendre le flambeau de l’insoumission et de la virtuosité. De parents d’origine allemande, il grandit à Brooklyn, dans une ambiance germanophone, grisailleuse et industrielle. S’il y coule une enfance relativement tranquille, le foyer est marqué par une absence d’amour. Il compose avec l’autoritarisme brutal de sa mère déversant régulièrement sa fureur sur sa petite sœur attardée et avec la faiblesse de son père, fieffé pilier de comptoir. Le petit Miller fait de la rue son refuge, son terrain de prédilection. Bien qu’il soit un excellent élève, l’enseignement académique le rebute. Il se met très tôt à la lecture, choisit ses influences, augurant ainsi une trajectoire atypique et autodidacte.