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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

La ligne des glaces, Emmanuel Ruben

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 12 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Rivages poche, Roman

La ligne des glaces, octobre 2016 (Payot, 2014), 300 pages, 9 € . Ecrivain(s): Emmanuel Ruben Edition: Rivages poche

 

Premier volet d’une suite européenne nordique, enquête romanesque sur le sens de l’Europe à laquelle Emmanuel Ruben travaille depuis plusieurs années, La ligne des glaces est un ouvrage à dominante géographique et onirique dans lequel les réalités de la politique et de l’histoire ne sont jamais loin, même s’il se déroule dans des lieux fictifs. C’est une sorte de fable géopoétique sur l’infini des frontières où, au travers de l’« exil volontaire » du héros narrateur, l’auteur interroge l’identité – qu’elle soit nationale ou individuelle – et cette frontière mouvante entre la réalité et la fiction.

Samuel Vidouble fuit le monde, filant vers l’Est à contre-courant de ses contemporains car « l’Ouest a pris pour [lui] la figure d’un cauchemar aseptisé ». Géographe de formation, il a obtenu une affectation diplomatique dans un archipel inconnu de la Baltique récemment entré dans « l’Union » et dont il ne parle pas la langue : la Grande-Baronnie. Il est chargé de rédiger un mémorandum et de cartographier au pixel près sa frontière maritime, une frontière amenée à devenir aussi celle de l’Europe : « la frontière de l’occident ».

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, Mathias Enard

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 05 Octobre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Poésie, Inculte

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, octobre 2016, 120 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Inculte

Les écrits de Mathias Enard « ne se ressemblent pas l’un l’autre », souligne fort justement son vieil ami d’Inculte, Olivier Rolin, dans la courte et facétieuse préface de ce dernier opus, mais ils s’inscrivent néanmoins dans une continuité manifeste.

Un an après son érudit et foisonnant roman couronné par le Goncourt, ce prolifique auteur revient ainsi avec un petit recueil poétique au titre étonnant : Dernière communication à la société proustienne de Barcelone. Un titre qui résonne un peu comme un canular même si la capitale catalane a vu se constituer en mai 2015 sa première « Societat d’Amics de Marcel Proust ». Et sans doute ce clin d’œil à Proust éclaire-t-il ce lien, ce relais incessant entre lecture et écriture qui sous-tend l’œuvre de Mathias Enard.

S’il a beaucoup voyagé, cet écrivain aimanté par l’Orient et féru de poésie qui s’est passionné pour les langues (les langues ne sont-elles pas aussi comme les livres une invitation au voyage, à l’exotisme ?) est surtout un voyageur immobile parcourant une « steppe invisible », « toute cette étendue de [soi] » dont la « matière » organique s’avère le terreau de l’écriture. Un terreau qu’ensemencent tous ces livres « tombés comme des baies stériles dans la nuit » qui n’attendent qu’une étincelle pour renaître :

Eloge du vertige, Marc Favero

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 13 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Eloge du vertige, éd. Colonna, avril 2016, 500 pages, 21 € . Ecrivain(s): Marc Favero

 

Juriste expert du droit bancaire, Marc Favero est aussi un grand lecteur d’écrits de philosophes en tout genre, cherchant « systématiquement à comprendre, à analyser le raisonnement » et ayant « besoin de trouver des réponses ». Et c’est justement parce qu’il n’en trouvait pas qu’il décida d’écrire son propre ouvrage de philosophie.

Eloge du vertige se présente comme un catalogue d’interrogations portant sur les concepts philosophiques « d’existence, de divinité, d’esprit, de liberté, de morale, d’origine, de gouvernements ». L’auteur ayant dégagé des questions fondamentales se posant de manière duale, des sortes de « briques binaires » qui, plus ou moins consciemment, forment le socle de notre vision du monde et conditionnent nos convictions dans de nombreux domaines, tente pour chacune d’elles de démontrer l’une et l’autre de leurs réponses possibles. Sous-titré Jeu des sept questions, cet essai qui évoque ainsi malicieusement les sept piliers bibliques de la sagesse tout en adressant un clin d’œil à Aristote, n’a rien pour autant de véritablement récréatif, s’affirmant plutôt comme un exercice pour dérouiller l’esprit nous offrant l’occasion de sortir de notre paresse intellectuelle.

Anguille sous roche, Ali Zamir

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 08 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Le Tripode

Anguille sous roche, septembre 2016, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Ali Zamir Edition: Le Tripode

Dans l’océan indien déchaîné, Anguille, 17 ans, sœur jumelle de Crotale et fille de Connaît-tout, pêcheur comorien pseudo moraliste et philosophe réduisant l’existence à des formules creuses, est en train de se noyer. « Fourgonnant le passé » dans le laps de temps qu’il lui reste, elle entreprend de « [se]déboutonner jusqu’au vertige du sommeil éternel », de raconter les secrets de sa vie anguillaire née de la mer et retournant à la mer, ces secrets habituellement cachés sous le silence et l’obscurité de la roche. Une histoire d’amour déçu, d’amour trompé se répétant à l’infini, illustration de la voracité des hommes qui, dominés par leur esprit ou leur corps, oublient qu’entre « tête et cul » se trouve un cœur.

Il s’agit de se faire entendre, de crier sa liberté et sa singularité, de montrer qu’elle a existé, qu’elle « a choisi [sa]vie et [ses] actes », qu’elle a été l’actrice de sa propre tragédie sur cette « scène obscure du monde », plutôt que de quitter cette dernière avec amertume « comme une abrutie qui a mal joué [son] rôle ». Car dans ce monde qui n’a pas de fin, « les acteurs doivent obligatoirement déserter en se faufilant dans les coulisses » et autant le faire « avec un goût de sucré dans la gorge ». C’est dire l’importance pour elle de capter l’attention de son auditoire et de la garder tout au long de son récit. L’urgence aussi de l’entreprise si elle veut la mener à terme avant de « tomber dans [son] dernier sommeil ».

Sombre aux abords, Julien d’Abrigeon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Quidam Editeur

Sombre aux abords, Julien d’Abrigeon, Quidam éditeur, septembre 2016, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Julien d’Abrigeon Edition: Quidam Editeur

 

Sombre aux abords est un roman sombre et étoilé aux multiples résonances cinématographiques et photographiques, musicales ou littéraires… transcendées par une langue poétique dynamique que Julien d’Abrigeon, adepte de la poésie-action pratiquant une poésie très sonore et visuelle, s’emploie à travailler pour notre plus grand plaisir. C’est un roman nourri de « citations et d’allusions » dont l’auteur (qui consacra un mémoire universitaire à Jean-Luc Godard, ce cinéaste-écrivain virtuose du découpage/collage) ne se cache pas, semblant conscient que toute création, toute écriture s’amorce et s’enflamme aux étincelles d’autres œuvres, et jouant sur les ajouts comme sur les détournements et les silences pour « embrayer vers de nouveaux sens ». Et peu importe que le lecteur ne saisisse pas forcément toutes ces références car il restera toujours suffisamment d’échos plus ou moins diffus pour façonner, même inconsciemment, sa lecture.

Une structure solide directement empruntée aux cinq pistes que comportent les deux faces de l’album rock Darkness on the edge of the town – et en reprenant  avec une certaine liberté les titres et les canevas – équilibre cet ouvrage fragmenté en dix chants se voulant d’abord un hommage à l’œuvre de Bruce Springsteen.