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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Relever les déluges, David Bosc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 04 Avril 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Nouvelles, Verdier

Relever les déluges, mars 2017, 96 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): David Bosc Edition: Verdier

 

En répondant à la fervente injonction de Rimbaud dans son poème Après le déluge cité en exergue, David Bosc donne d’emblée la double dimension de ce recueil de fictions enjambant les siècles, à la croisée du réel et de l’imaginaire. La métaphore rimbaldienne du déluge renvoyait en effet sans conteste à l’élan révolutionnaire de la Commune, au rêve collectif, tout en pouvant s’interpréter aussi sur un plan esthétique et individuel.

Mourir et puis sauter sur son cheval, le précédent livre de l’auteur, attisait « les brûlures des contes » en nous emportant dans les rêves les plus fous d’une héroïne aspirant à « se défaire » pour « donner naissance à autre chose ». Et Relever les déluges est de même animé par un souffle libertaire appelant à la transformation de l’ordre ancien, à la construction d’un autre monde. Bien que s’étalant sur huit siècles, les quatre courts récits qui le composent – dont trois ont déjà été publiés en revue – n’illustrent aucune tendance au progrès social et marquent au contraire l’ébrèchement, l’écroulement au contact du réel de ces aspirations émancipatrices, égalitaires et fraternelles qui parfois érigent de nouvelles prisons desquelles il convient de fuir. Mais si la fête bariolée du carnaval ne peut durer, la liberté de nos rêves s’incarnera toujours dans des palais imaginaires sans cesse reconstruits.

Il se passe quelque chose, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 11 Mars 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Flammarion

Il se passe quelque chose, mars 2017, 160 pages, 12 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Flammarion

 

Sous le titre Il se passe quelque chose, les éditions Flammarion publient fort opportunément les vingt-deux chroniques hebdomadaires que Jérôme Ferrari écrivit pour le journal La Croix après l’attentat contre Charlie Hebdo, et pendant près de six mois, du 27 janvier au 4 juillet 2016.

On entrait à l’époque dans une ère terrifiante où la peur et le ressentiment, l’intolérance et la haine, l’emportaient sur la raison, les media et la classe politique ne faisant qu’attiser plus ou moins délibérément ces passions. Et si cet auteur plutôt discret accepta de s’exprimer publiquement, c’est que « pour la première fois depuis bien longtemps » il se sentait à nouveau « douloureusement concerné par des questions politiques » :

« Se taire quand on a le privilège, mérité ou pas, de pouvoir s’exprimer, devient une faute ; plus qu’une faute même : une obscénité ».

Hors du charnier natal, Claro

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 03 Mars 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Inculte

Hors du charnier natal, Inculte, janvier 2017, 137 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Inculte

 

« Il était une fois un certain Nikolaï Mikloukho-Maklaï ».

C’est cet anthropologue russe du XIXème siècle dont « le destin s’invite sur [sa] page » qui amorce ce nouveau livre de Claro. « Prendre une vie déjà vécue, la tremper dans d’autres couleurs, lui imaginer de vagues dérivés – quel écrivain, en sa paresse infinie, ne rêve pas d’une telle entreprise ? »

Sauf que l’auteur y revisite moins la vie de cet étonnant aventurier voyageur qui s’était immergé au sein d’une peuplade de Nouvelle Guinée n’ayant jamais rencontré d’homme blanc, qu’il n’en dépèce les morceaux pour s’en nourrir, dévorant « à petites dents de lait ce qui reste de sa carcasse » et nous livrant à l’occasion des lambeaux de sa propre biographie, tout aussi sujets à caution. Et il y dissèque surtout sa création naissante, dévoyant son texte à mesure qu’il avance sur des sentiers qui bifurquent, faisant craquer les coutures et dénouant les ficelles de son art pour interroger les fondements de son écriture et remonter aux racines de son être-écrivain.

Elise et Lise, Philippe Annocque

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 21 Février 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Quidam Editeur

Elise et Lise, février 2017, 132 pages, 14 € . Ecrivain(s): Philippe Annocque Edition: Quidam Editeur

 

Elise et Lise est une histoire apparemment simple et limpide qui raconte aussi « autre chose que ce qu’elle raconte ». Une histoire d’ombres, d’échos et de reflets cultivant savoureusement l’ambiguïté et l’ambivalence, et où s’entremêlent vertigineusement d’autres histoires. C’est un conte moderne, un « conte sans fée » si ce n’est l’auteur, ce magicien au travers duquel s’élabore toute une alchimie lui échappant en partie.

Philippe Annocque s’y interroge sur la maîtrise de nos existences, sur la singularité de nos vies et sur la vérité de nos choix comme sur la maîtrise de ses propres histoires, et il y éclaire cette frontière fragile entre le vrai et le faux, entre la réalité et l’imagination que notre mémoire si faillible nous fait souvent confondre.

Qui sommes-nous donc ? Sommes-nous les héros victorieux de nos vies qui mériteront le repos éternel des champs Elyséens ou de simples « ombres errantes » à la recherche de modèles à imiter et à supplanter, ou se laissant inconsciemment traverser par eux ? Vivons-nous réellement ou seulement à travers les autres, comme « par procuration » ?

Dieu, Allah, moi et les autres, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 20 Février 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Maghreb, Récits, Gallimard

Dieu, Allah, moi et les autres, janvier 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Salim Bachi

 

Rompant avec une œuvre essentiellement romanesque initiée en 2001 par la publication remarquée du Chien d’Ulysse, ce dernier opus de Salim Bachi, auteur d’origine algérienne installé à Paris depuis une vingtaine d’années, est un récit très personnel où il nous raconte sa vie partagée entre l’Algérie et la France, s’interrogeant avec sincérité et lucidité sur sa religion, son rapport aux femmes et son destin d’écrivain. Un récit autobiographique empreint d’ironie et d’autodérision, de colère puis d’apaisement et dont émane, au-delà de sa vitalité, une profonde mélancolie.

Mort et vie, d’emblée intimement mêlées (tant du fait de la mort fondamentale de sa petite sœur que de sa propre maladie) sont au cœur de ce livre dont le déclic fut pour Salim Bachi le décès de son ami Hocine Ammari qui emporta avec lui tout un pan de lui-même : celui de sa jeunesse étudiante au cœur des années noires, de ce « féroce appétit de vivre et d’échapper à la guerre », que retraçait déjà son premier roman dont Hocine, le narrateur principal, accompagnait Mourad, son double fictionnel. Et « ce livre est en partie une tentative de sauvetage de ce qui n’est plus ».