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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 05 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Quidam Editeur

Le livre que je ne voulais pas écrire, août 2017, 266 pages, 20 € . Ecrivain(s): Erwan Larher Edition: Quidam Editeur

 

« L’époque exige l’autofiction », « les temps sont au voyeurisme », mais le sujet de ce livre écrit « d’après une histoire vraie » – et qui plus est vécue – ne doit pas pour autant dissuader les lecteurs qui tentent de résister à ce dictat.

Erwan Larher aime le rock et les mots. C’est un romancier qui invente des histoires, des héros, et surtout une écriture pour tenter de changer, ou du moins d’interroger le monde et l’humain. Rescapé de l’attentat du Bataclan où il a été blessé, il a longtemps refusé de témoigner, ne voulant pas « apporter son écot de larmoyance à l’océan émotionnel sur lequel surfent les media ». Mais cette « tragédie intime » est un « drame national » qui dépasse le fait divers que certains transforment « en prix littéraire » car c’est tout le corps social qui a été attaqué. Elle nous « atteint par ricochet », elle fait partie de notre histoire. Et des amis écrivains finirent par le convaincre de son devoir d’écrire, lui « le seul écrivain présent ce soir-là au Bataclan », notamment en employant « le mot magique » : « tu dois partager ».

Surface de réparation, Olivier El Khoury

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Surface de réparation, éditions Noir sur Blanc, août 2017, 160 pages, 14 € . Ecrivain(s): Olivier El Khoury

 

Quatre-vingt-un premiers romans annoncés pour cette rentrée littéraire (un record !), dont beaucoup sans doute passeront à la trappe sans même être lus. Tel n’est pas le cas de Surface de réparation d’Olivier El Khoury qui fait déjà partie des dix titres sélectionnés pour le prix Stanislas.

Comme l’indique son titre désignant cette zone sensible face aux buts où toute faute est sanctionnée par un pénalty, le football y tient une place centrale. Le foot, l’alcool et le sexe. Et l’épigraphe provocatrice donne avec humour le ton du livre, reprenant les propos mémorables tenus en 2016 par Michel Preud’homme, l’entraîneur du Club de Bruges (une des quatre grandes équipes belges), nous faisant entrer d’emblée dans la folie ordinaire des supporters :

« Je vous encule !

Je vous encule, tous !

Je vous encule, bande de merdes ! »

Nos richesses, Kaouther Adimi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 21 Août 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Seuil

Nos richesses, août 2017, 220 pages, 17 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Seuil

 

« Des siècles que le soleil se lève au-dessus des terrasses d’Alger et des siècles que nous assassinons sur ces mêmes terrasses ».

C’est d’Alger, capitale d’un pays soumis depuis longtemps à l’injustice et à la violence, que s’élève la voix du narrateur principal de ce livre dont le « nous » endossé par les habitants de la ville porte tout l’héritage du peuple algérien, la somme des histoires de « ces hommes et ces femmes qui ont tenté de construire ou de détruire cette terre ». Une voix ravivant les douloureuses mémoires mêlées de l’Algérie et de la France tout en évoquant par touches légères le triste bilan actuel d’un Etat corrompu sans céder pour autant à l’accablement. Nos richesses exalte en effet les vraies richesses nées sur cette terre d’ombre et de lumière dont « le bleu presque blanc du ciel » donne « le tournis ». Et Kaouther Adimi y célèbre cette jeunesse qui dans les périodes les plus noires osa risquer l’impossible pour réaliser ses rêves les plus fous, semblant ainsi rappeler à ces jeunes ignorants, endormis ou blasés qu’il existe des valeurs porteuses d’espoir et que l’on peut prendre son destin en mains.

Sucre noir, Miguel Bonnefoy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Août 2017. , dans La Une Livres, Rivages, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Sucre noir, août 2017, 208 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Miguel Bonnefoy Edition: Rivages

 

Sucre noir s’inscrit délibérément dans la continuité du Voyage d’Octavio, ce que l’auteur nous signifie d’une phrase clin d’œil. Et comme dans ce premier roman très remarqué, Miguel Bonnefoy y annonce d’emblée la tonalité fabuleuse de l’histoire qu’il va nous conter. Il réinvente en effet la fin des aventures du cruel capitaine de flibustiers Henry Morgan qui, dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, mena ses expéditions aux Caraïbes où il devint une figure de légende. Echouée sur des cimes feuillues au milieu de l’océan de la forêt, sa frégate naufragée aux flancs empestant la misère et la faim, encore alourdie – malgré l’abandon de nombreux « objets de pillage » hétéroclites – de tout cet or dont il refuse de se délester, « s’effrite comme un morceau de sucre » alors que l’orage s’annonce, puis s’enfonce inéluctablement dans l’abîme en déracinant les arbres, tandis que le capitaine agonise « seul et pauvre, plongeant ses mains dans un trésor qui ne [peut] le sauver ». Une stupéfiante anticipation du naufrage actuel du Venezuela !

L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 19 Juillet 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Poésie

L’hirondelle rouge, février 2017, 128 p., 12 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Maulpoix Edition: Mercure de France

 

Ce fut sans doute la mort de sa mère en mai 2016 qui amena Jean-Michel Maulpoix à écrire L’hirondelle rouge pour accompagner dans « leur puits de nuit » ce père qu’il avait « laissé partir » et entendit alors « gémir sous la terre », comme cette femme qui somnola longtemps dans l’antichambre de la mort avant de s’éteindre. A écrire « juste des paroles pour notre ici-bas : la mémoire de ceux qui s’en vont et la consolation de ceux qui restent ». Pour « offrir à l’absence un bouquet de fleurs d’encre ».

Mais ces proses poétiques dressant un tombeau à ses parents désormais « confondus dans le même silence », l’entraînent dans un mouvement inéluctable vers un abîme de tristesse, de douleur et de colère. Elles le renvoient à sa propre finitude, le plongeant dans « le trou noir de ce rien » qu’il portait déjà en lui, et qui « bat comme un deuxième cœur : cœur noir, cœur d’encre à côté de la pompe à sang ».

Et ce « carnet de deuil » semble aussi sonner le glas d’une poésie exsangue prospérant sur « un fond de désolation », d’une langue où somnole « l’idée de la mort » :