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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Quichotte, Autoportrait chevaleresque, Eric Pessan

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Fayard

Quichotte, Autoportrait chevaleresque, janvier 2018, 420 pages, 20 € . Ecrivain(s): Eric Pessan Edition: Fayard

 

Entraîné dans le sillage de ce chevalier errant ivre de lectures préférant « l’illusion à la patiente résignation », Eric Pessan, qui conçut la folie de se vouloir écrivain à une époque où « le monde réel se fout de la littérature », entre de manière ludique et avec une grande liberté dans le vertige du mythique Quichotte, ce livre multiple maintes fois repris qui s’avère « tout à la fois un roman d’aventures, un plaidoyer déguisé du pouvoir de la littérature et un jeu littéraire qui tient du labyrinthe ».

« Alors, je me dis que le monde a beau avancer avec orgueil vers l’abîme, j’ai les armes de quelques phrases ».

Notre monde va mal ; injuste, indifférent et pragmatique, il est uniquement régi par le profit. Et l’avenir paraît bien sombre, générant un grand sentiment d’impuissance. « Jamais monde n’a plus nécessité la venue d’un chevalier errant ».

Un jeune homme en colère, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 14 Février 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Un jeune homme en colère, février 2018, 208 pages, 18 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Gallimard

 

Après Dieu Allah, moi et les autres, récit retraçant sa vie partagée entre l’Algérie et Paris – ville où se concrétisa son destin d’écrivain –, Salim Bachi, semblant continuer cette « tentative de sauvetage de ce qui n’est plus » pour mieux affronter la lente descente vers le néant, retrouve la fiction avec un neuvième roman empli de colère et de sarcasmes mais aussi d’une mélancolie assumée – ce que nous indique l’épigraphe de Faulkner : « Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin ».

Un jeune homme en colère s’inscrit ironiquement dans le fil du Consul, l’auteur nommant son héros Tristan et évoquant ainsi cet amour d’Aristides de Sousa Mendes pour Andrée, qui le sauva du désespoir de la mort de son fils. Comme dans son premier roman Le chien d’Ulysse – faisant également entendre les récits rêvés du professeur de littérature Ali Khan, marqués par la mort de sa jeune sœur –, l’auteur y conte l’errance d’un jeune homme, non dans une Cyrtha imaginaire quelques années après l’assassinat du Président Boudiaf, mais dans un Paris post-Bataclan propice aux dérives oniriques, au cours d’une unique journée renvoyant de même à l’Ulysse de Joyce, ce livre soi-disant incompréhensible d’un écrivain irlandais alcoolique.

A propos de Massacre des Innocents, Marc Biancarelli, par Emmanuelle Caminade

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Janvier 2018. , dans La Une CED, Les Chroniques

Massacre des Innocents, Marc Biancarelli, Actes Sud, janvier 2018, 296 pages, 21 €

Dans la nuit du 4 au 5 juin 1629, le Batavia, superbe navire affrété par la puissante Compagnie hollandaise des Indes orientales qui avait bâti son empire sur le commerce des épices, s’échoua sur un récif des Houtman Abrolhos au large de l’Australie. A son bord, outre une riche cargaison aiguisant certains appétits, plus de trois cents personnes, marins et soldats pour les deux tiers mais aussi passagers, dont un bon nombre de femmes et d’enfants.

De très nombreux rescapés purent trouver refuge sur les îlots de l’archipel avant que l’élite des officiers ne les abandonne pour tenter de rejoindre Java sur l’unique chaloupe et que l’épave ne soit engloutie. Mais quand les secours arrivèrent à la mi-septembre, plus de cent personnes innocentes avaient déjà été méthodiquement massacrées sous les ordres de Jeronymus Cornelisz, démoniaque assistant subrécargue (sorte d’intendant adjoint) secondé par une petite bande d’affidés, quelques femmes ayant été épargnées pour être livrées à leur plaisir. La plupart des naufragés, terrorisés, avaient participé à la tuerie sous la contrainte ou avaient laissé faire, tandis que Weybbe Hayes, un soldat sans grade, s’était opposé au psychopathe, réussissant à survivre et à organiser la résistance sur l’île dans laquelle on l’avait relégué avec ses compagnons.

D’exil et de chair, Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 20 Décembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

D’exil et de chair, Les Editions Mutine, novembre 2017, 300 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne-Catherine Blanc

 

Anne-Catherine Blanc est un auteur au talent éclectique qui aime varier les genres, les sujets et les formes pour aborder notre « monde merveilleux et monstrueux » en nous montrant « l’homme universel avec ses vices, ses tares et ses beautés ».

Après Moana Blues, court et intense roman inspiré d’un tragique fait divers qui se déroulait sur une unique journée, elle publia ainsi L’astronome aveugle, un petit conte léger et lumineux, suivi de Passagers de l’archipel, un recueil de nouvelles nous faisant dépasser les clichés d’une mythique Tahiti, avant de se lancer avec Les chiens de l’aube dans un roman d’aventures mené tambour battant sur plus de trois cents pages nous entraînant au cœur d’un bordel sud-américain. D’exil et de chair, sa cinquième fiction traitant de l’exil et de la mémoire, est lui un roman polyphonique et fragmenté, qui s’attache, de 1938 à 2012, à de sombres réalités de la seconde guerre mondiale et du XXIème siècle, s’intéressant aux trajectoires diverses de trois exilés, qui se croiseront à Rivesaltes, dans les Pyrénées orientales, et dont elle entremêle les voix.

Petit Dico à l’usage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants, Salah Guemriche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 23 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Seuil

Petit Dico à l’usage des darons et des daronnes qui désespèrent de comprendre leurs enfants, novembre 2017, 192 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Salah Guemriche Edition: Seuil

 

Si la France a vu naître dans ses cités vers les années 1970 une sorte d’argot des jeunes (porté essentiellement par des collégiens), destiné à n’être pas compris des parents, de la cité voisine ou de la police, ce dernier, largement diffusé et enrichi depuis – via notamment les rappeurs, le cinéma ou les réseaux sociaux… – s’est étendu aux lycéens et aux étudiants, gagnant la société entière. Une évolution que les publicitaires ont bien sentie n’hésitant pas à reprendre ce langage dans leurs slogans visant la jeunesse.

Avec près de deux cents entrées allant de « Afficher (quelqu’un) » à « Zyva » présentées avec humour et souvent illustrées de paroles de chansons Rap (auxquelles s’ajoute un index de mots en verlan ainsi que d’acronymes ou d’abréviations), ce petit dictionnaire copieusement annoté nous propose une sorte d’instantané de ce « parler djeun’s » haut en couleurs qui devrait faciliter la communication intergénérationnelle. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet ouvrage qui semble s’élargir à une tout autre ambition