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Inauguration de l’ennui, Guillaume Siaudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Alma Editeur, Poésie

Inauguration de l’ennui, mars 2018, 140 pages, 12 € . Ecrivain(s): Guillaume Siaudeau Edition: Alma Editeur

 

Pour Guillaume Siaudeau, la poésie est accessible à tous : « il suffit d’ouvrir l’œil, mais le bon », de regarder le monde autour de soi et de se regarder. Et, portant un regard léger et décalé sur les petites choses, il nous offre des poèmes en vers libres, sans fioritures, leur donnant une envergure inattendue :

Pour comparer

Comment t’expliquer ça

Ah si tiens

imagine l’envergure

d’une mouche

vue d’une miette

L’Homme Coquillage, Asli Erdogan

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Asie, Roman

L’Homme Coquillage, mars 2018, trad. turc Julien Lapeyre de Cabanes, 208 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Aslı Erdoğan Edition: Actes Sud

 

Premier ouvrage d’Asli Erdogan publié en 1993 en Turquie et enfin traduit en français, L’Homme Coquillage est un roman initiatique et psychologique d’inspiration autobiographique s’aventurant dans les mystérieux abysses intérieurs de « l’immense océan de la réalité », l’auteure tentant de « mettre en mots » leur « chanson infinie », d’en approcher la vérité. C’est l’histoire d’une « amitié miraculeuse » scellée sous les Tropiques « aux frontières de la vie et de la mort », d’un « amour profond, féroce et irréel », « aussi âpre que le terreau qui l’a vu naître ».

Brillante chercheuse en physique nucléaire, une jeune Turque de vingt-cinq ans – qui a aussi pratiqué la danse et, passionnée de littérature, écrit quelques nouvelles – a été invitée à une Université d’été aux Caraïbes. Cherchant à échapper dès qu’elle le peut au groupe de physiciens « pleins d’ambition et d’intelligence venus des quatre coins du monde », rassemblé dans un hôtel de luxe de l’île de Sainte-Croix, elle rencontre sur la plage un Noir au physique effrayant et au regard fascinant qui vend aux touristes ses coquillages rapportés du fond de l’océan. Une rencontre qui, dévoilant sa propre « part d’ombre et de sauvagerie », s’avérera fondatrice, la révélant à elle-même : « l’Homme Coquillage était mon oracle de Delphes, celui qui me poussait à me poser les bonnes questions et à trouver moi-même les réponses ».

Histoire d’un assassin, Marie Ferranti

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 21 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Histoire d’un assassin, février 2018, 120 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Marie Ferranti Edition: Gallimard

 

« Insister sur l’écart entre le roman et la réalité est troublant. Cela démontre la puissance de la fiction à dévoiler, par des voies détournées, la vérité profonde des événements et des êtres ».

Tout a été inventé dans cette Histoire d’un assassin dans laquelle Marie Ferranti montre comment un sordide fait divers familial voit sa vérité faussée et est porté au rang mythique de la tragédie et de l’épopée.

Dominique Zincoli vit avec sa femme Teresa et son fils Petru dans un petit village proche de Bastia. Marqué par la mort de sa mère Françoise – qui fut reniée par son père Jean Bonifazzi pour avoir épousé un paysan pauvre, et abandonnée à la misère – il a grandi dans la haine de son grand-père, détestant de plus son frère cadet Marcus dont ce dernier s’est rapproché.

Une nuit, il les assassine tous deux sauvagement, et cet assassinat n’étonne personne dans son entourage. Teresa avait « toujours su qu’il le ferait » car « depuis longtemps il l’avait dit », et Mademoiselle de Guagno qui « voyait la mort » avait même « senti son ombre envelopper Jean Bonifazzi ».

Confiture russe, Ludmila Oulitskaïa

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 16 Mars 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Russie, Théâtre, Gallimard

Confiture russe, février 2018, trad. russe Sophie Benech, 208 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Ludmila Oulitskaïa Edition: Gallimard

Troisième pièce de théâtre de Ludmila Oulitskaïa – que l’on connaît mieux comme romancière ou nouvelliste, Confiture russe fut écrite en 2003, cent ans après la mort de Tchekhov. Et cette comédie amère parodique s’amorçant la veille du jour de Pâques à l’aube du XXIème siècle puise essentiellement ses ingrédients dans La Cerisaie et Les Trois sœurs. L’auteure y développe ainsi une sorte de « conversation intime avec le grand écrivain » en ajoutant un regard personnel sur les thèmes développés dans ses célèbres pièces – comme ceux du passage du temps, du rapport au passé et à l’avenir, du travail… –, et elle nous livre une satire de la Russie actuelle, évoquant ironiquement le « nouveau Russe, dans toute son horreur ».

Ludmila Oulitskaïa emprunte son cadre à La Cerisaie, y faisant évoluer des personnages contemporains s’exprimant dans la langue orale et familière d’aujourd’hui qui semblent assez familiers aux amateurs de Tchekhov. Les propriétaires de la vieille datcha familiale sont en effet un frère et une sœur, Andreï (professeur à la retraite) et Natalia, qui en ont hérité de leur père, l’académicien Lépiokhine – patronyme dérivant de Lopakhine, ce marchand et petit-fils de serf qui avait acheté le domaine chez Tchekhov, et dont ils semblent les descendants. Ils y vivent avec les trois filles de Natalia, qui renvoient à l’évidence aux Trois sœurs, ainsi qu’avec Maria, la sœur de son défunt mari qui fut un « vrai communiste ».

Quichotte, Autoportrait chevaleresque, Eric Pessan

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 28 Février 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Fayard

Quichotte, Autoportrait chevaleresque, janvier 2018, 420 pages, 20 € . Ecrivain(s): Eric Pessan Edition: Fayard

 

Entraîné dans le sillage de ce chevalier errant ivre de lectures préférant « l’illusion à la patiente résignation », Eric Pessan, qui conçut la folie de se vouloir écrivain à une époque où « le monde réel se fout de la littérature », entre de manière ludique et avec une grande liberté dans le vertige du mythique Quichotte, ce livre multiple maintes fois repris qui s’avère « tout à la fois un roman d’aventures, un plaidoyer déguisé du pouvoir de la littérature et un jeu littéraire qui tient du labyrinthe ».

« Alors, je me dis que le monde a beau avancer avec orgueil vers l’abîme, j’ai les armes de quelques phrases ».

Notre monde va mal ; injuste, indifférent et pragmatique, il est uniquement régi par le profit. Et l’avenir paraît bien sombre, générant un grand sentiment d’impuissance. « Jamais monde n’a plus nécessité la venue d’un chevalier errant ».