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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Retour dans la neige, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Juin 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Nouvelles, Points

Retour dans la neige, traduit de l’allemand par Golnaz Hauchidar, préface de Bernhart Echte, juin 2014, 158 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Points

 

Retour dans la neige, petit recueil inépuisable de Robert Walser vient d’être à nouveau réédité. Il réunit vingt-cinq courts récits écrits par l’écrivain suisse entre 1899 et 1920 à Berlin – où il résida plusieurs années – et à Bienne, sa ville natale, où il revint en 1913.

Ce recueil, d’une grande unité de ton, frappe par sa simplicité et sa douceur apaisée, par la lumière qui en émane. L’auteur flâne dans les rues et la campagne, prenant le temps d’observer la ville et la nature, les choses et les gens avec un même souci du détail et une distance amusée. Ses descriptions semblent mettre tout sur le même plan, avec une nette tendance à la personnification de la nature et des choses.

Et à ce regard curieux et étonné s’exerçant sur son environnement quotidien et sur le comportement des hommes comme sur lui-même, s’ajoutent une profonde empathie pour l’autre et une capacité à se fondre dans l’univers.

Des illusions, Florence Audibert

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 31 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Des illusions, avril 2014, 104 pages, 10 € . Ecrivain(s): Florence Audibert

 

Des illusions est un petit livre étrange, d’une écriture poétique à l’ironie subtile, qui transfigure le quotidien et vous entraîne d’emblée sur un rythme alerte et feutré à la frontière de deux mondes. Florence Audibert y conte une histoire apparemment simple, l’escapade de quelques jours de deux amies dans un petit village de Provence, théâtre d’une manifestation littéraire, où elles assisteront à une lecture musicale des textes de Boris K., le célèbre poète qui y est invité. Une diversion proposée par l’énergique Anne, d’une prévisible banalité, à une narratrice peinant à l’écriture d’un texte qui semble en manque de « nourriture narrative » : « Je broyais du vide. La crise fictionnelle de la quarantaine ».

Et, bien que la voix d’Anne la ramène toujours à la réalité, les images, les sons ou les mots transportent l’héroïne, bousculant l’espace-temps, « les plumes de l’oiseau bleu » dessinant sur sa joue « des géographies incertaines », un « paysage de langage » en constante métamorphose.

Le point de vue de la mort, Mustapha Benfodil (1er article)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 14 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Maghreb, Théâtre

Le point de vue de la mort, Al Dante, avril 2013, 135 pages, 15 € . Ecrivain(s): Mustapha Benfodil

Monologue destiné au théâtre, Le point de vue de la mort fut créé sur scène au Caire en avril 2013 sous le titre End/Igné et fit sensation dans le off du dernier festival d’Avignon. Ce texte de Mustapha Benfodil, écrit à la demande du metteur en scène Kheireddine Lardjam, a été initié par cette épidémie d’immolations par le feu connaissant une recrudescence alarmante en Algérie depuis le geste suicidaire de Mohamed Bouazizi, l’icône de la révolution tunisienne. Une épidémie touchant d’abord la jeunesse mais aussi tous les exclus du système, et très révélatrice de l’état de décomposition de la société algérienne.

Romancier et poète ayant près d’une quinzaine de pièces à son actif, Mustapha Benfodil est aussi un journaliste connu pour ses reportages dans le quotidien El Watan, et c’est dans ce cadre qu’il a longuement enquêté sur ce phénomène, notamment dans la région de Ouargla où un jeune avocat sans travail s’était immolé par le feu en novembre 2011 dans le bureau du directeur de l’agence pour l’emploi, suite à l’humiliation d’une énième fin de non-recevoir. Dans cette pièce, il recense les maux dont souffre l’Algérie mais les met à distance en recourant fortement à la dérision et parfois même au grotesque, les transcendant grâce à son langage poétique. Le point de vue de la mort est ainsi une fable puissante élevant le particulier à la hauteur du mythe universel, qui dépasse le constat amer et la dénonciation militante pour sublimer le matériau fourni par le réel et dire le monde de manière métaphorique.

Rue Involontaire, Sigismund Krzyzanowski

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 05 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Russie, Verdier

Rue Involontaire, mars 2014, traduit du russe par Catherine Perrel, 64 pages, 9,20 € . Ecrivain(s): Sigismund Krzyzanowski Edition: Verdier

 

 

De Rue Involontaire, récit épistolaire mentionné en 1933 dans les carnets de Sigismund Krzyzanowski, personne n’avait retrouvé trace lors de l’édition posthume de son œuvre. Le manuscrit avait en effet été confisqué par le KGB, on ne sait dans quelles circonstances, puis restitué aux archives littéraires russes en 1995 pour y être perdu ou oublié, mêlé au dossier d’un « autre K » – un poète paysan qui, lui, fut arrêté en 1934 et exécuté peu après – avant de soudain réapparaître tout aussi mystérieusement en 2012 dans l’inventaire du fonds Krzyzanowski.

Les éditions Verdier, qui ont déjà plusieurs titres de l’écrivain russe à leur catalogue, nous offrent ainsi cet étrange et jubilatoire récit composé de sept courtes lettres adressées à des destinataires incongrus, l’accompagnant de deux petites nouvelles datant de 1935 et de 1927 et de quelques brefs extraits des carnets de l’auteur.

Riviera, Mathilde Janin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Avril 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Les Ecrivains, Roman

Riviera, août 2013, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mathilde Janin Edition: Actes Sud

 

Partant de la mort d’un chanteur dont les journalistes écriront la légende, Mathilde Janin se lance dans une ambitieuse histoire du rock plus ou moins inventée, offrant un premier roman étonnamment riche et complexe.

Sous la menace d’une pandémie causée par le virus Ebola, Philippe Arnaud, sa sœur Frédérique, compositrice, et son épouse et productrice Nadia Batashvili, une immigrée juive d’Europe de l’Est, ont fui New-York pour Paris – occasion pour le frère et la sœur de retrouver leurs racines et pour Nadia de pouvoir retourner dans l’île de son enfance au milieu de la Mer noire. Deux ans plus tard, en juin 1992, le chanteur étant mort à Berlin, sa veuve Nadia tente difficilement de prendre un avion pour y rejoindre Frédérique afin de rapatrier le corps. L’auteure retrace alors le passé américain de ses trois héros, leur passion pour la musique rock et la relation violente et sulfureuse du couple, évoquant aussi leur enfance lointaine. Et elle fait ainsi revivre le monde new-yorkais des années 1980, celui d’une jeunesse noctambule s’adonnant à la jouissance de l’instant, avide de musique et de sexe, d’alcool et de drogues diverses.