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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Orphelins de Dieu, Marc Biancarelli

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 22 Août 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques

Orphelins de Dieu, août 2014, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud

 

Auteur de nombreux ouvrages publiés en corse et en français chez des éditeurs insulaires, Marc Biancarelli ne commença à se faire connaître sur le continent qu’avec la traduction de son deuxième roman, Murtoriu, parue en 2012 au domaine étranger d’Actes Sud. Un livre magnifique dont la visibilité fut peut-être un peu atténuée par le succès du Goncourt.

Orphelins de Dieu, écrit, lui, en français, devrait assurer à cet auteur une renommée méritée. Sorte d’anti-western se déroulant dans la Corse du XIXème siècle et nous faisant chevaucher avec ses héros vers la frontière du bien et du mal sans le moindre manichéisme, ce roman violent, sanglant mais non exempt de dérision ni de tendresse, dont la beauté du style subjugue le lecteur dès les premières lignes, revêt en effet une dimension intemporelle et universelle qui vient éclairer le présent. Un roman puissant aux accents épiques et aux interrogations philosophiques se présentant aussi comme une vaste rêverie plongeant dans la mémoire des hommes pour nous inviter à la réflexion.

Pierrot en mal de lune, Jung Young-Moon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman, Decrescenzo Editeurs

Pierrot en mal de lune, traduit du coréen par Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël (Munhak dongme, 2004), 252 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jung Young-Moon Edition: Decrescenzo Editeurs

 

 

Pierrot en mal de lune, publié en 2004 par l’écrivain coréen Jung Young-Moon, est le singulier récit d’un héros d’une soixantaine d’années apparemment ordinaire mais étonnamment hors du commun. Cet homme solitaire quoique doté d’une famille, indécis et même contradictoire, indolent et contemplatif, a le chic pour inventer des histoires et on pourrait le penser égoïste, indifférent et lunatique.

Mais il « souffre de graves insomnies » et semble dans un état  d’« intranquillité » qui n’est pas sans renvoyer à Bernardo Soares, le héros et double de Fernando Pessoa. « Les pensées qui se frottent sans arrêt dans [sa] tête » – introspection poussée et méditations infinies – ainsi que les souvenirs peu fiables, flous ou détaillés qui jaillissent soudain et se superposent, les visions fugitives, les images et les scènes sans cesse fabriquées par son esprit, ne lui laissent en effet aucun repos.

La plage de Scheveningen, Paul Gadenne

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 30 Juin 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

La plage de Scheveningen, Gallimard, coll. L’Imaginaire, 308 pages, 10,15 € . Ecrivain(s): Paul Gadenne Edition: Gallimard

 

Comme beaucoup d’écrivains de sa génération, Paul Gadenne fut marqué par la guerre et l’extermination massive, impensable, des Juifs. Et la collaboration avec l’occupant, la « trahison » de son compagnon d’étude et ami Robert Brasillach, comme l’épuration qui accompagna la victoire, ajoutant encore pour lui au « gâchis », le bouleversèrent profondément : des hommes avides de vengeance n’hésitaient pas en effet, au nom d’une justice aveugle, à prononcer la condamnation définitive de certains des leurs… La plage de Scheveningen qui se situe dans le contexte de la Libération est ainsi un roman hanté par le mal et la culpabilité, et surtout par la question du jugement et du salut. Un roman « fraternel », cherchant à comprendre et non à juger, s’affirmant comme une quête de la lumière au sein de l’« horreur » de la nuit.

Automne 1944. Guillaume Arnoult retrouve Paris après cinq ans de guerre. Cinq ans, six ans peut-être : c’est aussi le temps écoulé depuis le départ inexpliqué d’Irène. A la perte de la femme aimée avec laquelle il avait vécu des « choses très belles », s’ajoute celle d’un ami, Hersent – figure à peine déguisée de Brasillach. Une double perte marquant la fin de sa propre innocence :

Retour dans la neige, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 13 Juin 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Nouvelles, Points

Retour dans la neige, traduit de l’allemand par Golnaz Hauchidar, préface de Bernhart Echte, juin 2014, 158 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Points

 

Retour dans la neige, petit recueil inépuisable de Robert Walser vient d’être à nouveau réédité. Il réunit vingt-cinq courts récits écrits par l’écrivain suisse entre 1899 et 1920 à Berlin – où il résida plusieurs années – et à Bienne, sa ville natale, où il revint en 1913.

Ce recueil, d’une grande unité de ton, frappe par sa simplicité et sa douceur apaisée, par la lumière qui en émane. L’auteur flâne dans les rues et la campagne, prenant le temps d’observer la ville et la nature, les choses et les gens avec un même souci du détail et une distance amusée. Ses descriptions semblent mettre tout sur le même plan, avec une nette tendance à la personnification de la nature et des choses.

Et à ce regard curieux et étonné s’exerçant sur son environnement quotidien et sur le comportement des hommes comme sur lui-même, s’ajoutent une profonde empathie pour l’autre et une capacité à se fondre dans l’univers.

Des illusions, Florence Audibert

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 31 Mai 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Des illusions, avril 2014, 104 pages, 10 € . Ecrivain(s): Florence Audibert

 

Des illusions est un petit livre étrange, d’une écriture poétique à l’ironie subtile, qui transfigure le quotidien et vous entraîne d’emblée sur un rythme alerte et feutré à la frontière de deux mondes. Florence Audibert y conte une histoire apparemment simple, l’escapade de quelques jours de deux amies dans un petit village de Provence, théâtre d’une manifestation littéraire, où elles assisteront à une lecture musicale des textes de Boris K., le célèbre poète qui y est invité. Une diversion proposée par l’énergique Anne, d’une prévisible banalité, à une narratrice peinant à l’écriture d’un texte qui semble en manque de « nourriture narrative » : « Je broyais du vide. La crise fictionnelle de la quarantaine ».

Et, bien que la voix d’Anne la ramène toujours à la réalité, les images, les sons ou les mots transportent l’héroïne, bousculant l’espace-temps, « les plumes de l’oiseau bleu » dessinant sur sa joue « des géographies incertaines », un « paysage de langage » en constante métamorphose.