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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Les chiens de l’aube, Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Les chiens de l’aube, D’un noir si bleu, septembre 2014, 348 p. 22 € . Ecrivain(s): Anne-Catherine Blanc

 

Après Moana blues, intense petit roman à la langue « métissée » s’inspirant d’un sombre fait divers polynésien, L’astronome aveugle, joli conte léger et lumineux à l’écriture emplie de charme, et Passagers de l’archipel, recueil de nouvelles où elle bousculait nos clichés sur Tahiti, Anne-Catherine Blanc nous offre un second roman qui vient confirmer l’éclectisme de son talent.

Les chiens de l’aube, sorte de roman d’aventures atypique se déroulant dans un espace restreint et conté par un narrateur ayant tout de l’anti-héros, combine en effet le réel le plus sordide et l’imagination la plus délirante. Multipliant les péripéties et les rebondissements inattendus pendant près de 350 pages, l’auteure possède sans conteste l’art de raconter des histoires, mais aussi de faire voir la beauté là où on ne l’attend pas, de trouver les mots justes qui conduiront le lecteur à entrer en empathie avec des personnages au prime abord bien étrangers. Sans jamais nous lasser, elle mène son récit sur un rythme soutenu, l’aérant régulièrement de courts flashes-back, des descriptions évocatrices et des réflexions imagées de son héros ainsi que de quelques dialogues. Un récit haut en couleurs à la langue forte, familière et rocailleuse, alliant l’ironie à la tendresse, dont il émane une grande vitalité et une grande humanité. Un roman violent et caustique, émouvant et poétique, distrayant et critique, qui porte toute une philosophie de la vie.

La Dame de pique, Pouchkine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Nouvelles, Russie

La Dame de pique, traduit du russe par André Gide, août 2014, 112 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Pouchkine Edition: Folio (Gallimard)

 

La Dame de pique, célèbre nouvelle d’Alexandre Pouchkine publiée en 1834, est peut-être, tout comme son roman en vers, Eugène Onéguine, ou sa tragédie, Boris Godounov (1), moins connue des lecteurs que des mélomanes, le magnifique opéra qu’elle inspira à Tchaïkovski en 1890 se donnant toujours régulièrement sur les scènes occidentales. Dostoïevski y voyait à juste titre un sommet de l’art fantastique et on peut rapprocher cette nouvelle de La Venus d’Ille (2) de Prosper Mérimée parue en 1837 peu après la mort de Pouchkine.

Les deux auteurs se vouaient une admiration réciproque et c’est Mérimée qui le premier traduisit en français La Dame de pique en 1849. Elle fut ensuite l’objet de nombreuses traductions, la plus renommée restant celle d’André Gide en 1935 que reprend fort opportunément cette nouvelle édition. Une édition scolaire certes destinée aux élèves de collège, auxquels elle propose le texte intégral et des pistes pour rendre compte de leur lecture, mais qui intéressera certainement un public beaucoup plus vaste. Car le consistant dossier établi par Sylvie Howlett, enseignante en lettres et traductrice, enrichit considérablement l’appréhension de cette œuvre en la mettant largement en perspectives et en nous faisant pénétrer au cœur-même de la littérature.

Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Nouvelles, Magnard

Lettre d’une inconnue, nouvelle traduction française de Sylvie Howlett, juin 2014, 96 p. 5,20 € . Ecrivain(s): Stefan Zweig Edition: Magnard

 

Lettre d’une inconnue, nouvelle de Stefan Zweig publiée en 1922 (1927 dans sa version française), est sans doute l’une des plus connues en France où elle fut immortalisée au cinéma par Max Ophüls en 1948. C’est aussi, sur le plan purement littéraire, une excellente illustration du génie de cet écrivain autrichien, résidant tant dans son talent, nourri de psychanalyse freudienne, à décrire la psychologie de ses personnages que dans sa maîtrise de la composition. Deux qualités qui se reflètent dans un style au vocabulaire certes simple mais jouant en profondeur sur les réseaux sémantiques et, avec une grande musicalité, sur les rythmes.

Sylvie Howlett nous en propose une nouvelle traduction venant moderniser celle de l’édition française initiale de Alzir Hella et Olivier Bournac reprise par bien des éditions par la suite (1), tout en s’avérant plus fidèle à l’auteur. Et, comme de coutume dans cette collection destinée aux scolaires, elle l’accompagne d’une présentation et d’un « après texte » proposant des pistes d’analyse pour en approfondir la compréhension, ainsi que d’un « groupement de textes » divers en enrichissant l’approche grâce à de pertinents rapprochements.

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, Lise Benincà

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 09 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Joelle Losfeld, Récits

Des objets de rencontre, Une saison chez Emmaüs, août 2014, 212 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Lise Benincà Edition: Joelle Losfeld

Des objets de rencontre, récit de neuf mois de résidence d’écriture de Lise Benincà « au milieu des choses », est d’abord l’histoire d’une improbable rencontre entre une démarche d’insertion sociale et la démarche artistique d’un écrivain.

Emmaüs Défi tente de sortir de la rue des hommes et des femmes en grave difficulté en leur procurant, au travers de la collecte, du tri et de la vente d’objets de récupération, un travail qui leur permette de survivre et de retrouver l’estime de soi. Une estime perdue au cours de nombreuses années de galère où ils furent exposés à l’indifférence ou au mépris de l’autre. Quant à Lise Benincà, elle s’est lancée dans une aventure à première vue bien différente mais comportant aussi sa part de rêve et de défi. Désirant « porter la littérature dans un lieu où on ne s’attend pas à la trouver », elle avait pour projet de faire parler ces objets dépareillés, patinés, récupérés par Emmaüs, mais aussi toutes ces personnes en réinsertion professionnelle, ces bénévoles ou ces encadrants salariés qui œuvrent ensemble dans le vaste entrepôt parisien de la rue Riquet. « Un lieu riche en histoires, … riche en humains » qui, chaque samedi, se transforme en hall d’exposition et de vente pour accueillir les clients démunis du quartier comme les bobos parisiens. « Un lieu de brassage, de passage et d’échanges, avec un mélange des genres à tous les niveaux ».

Terminus Allemagne, Ursula Krechel

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 03 Septembre 2014. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Roman, Carnets Nord

Terminus Allemagne, traduit de l’allemand par Barbara Fontaine, Carnets Nord/ Editions Montparnasse, 4 septembre 2014, 448 p. 19 € . Ecrivain(s): Ursula Krechel Edition: Carnets Nord

 

Prix du livre allemand en 2012 – l’équivalent du Goncourt – Terminus Allemagne est un long roman touffu dans lequel Ursula Krechel, journaliste et écrivain, surtout connue comme dramaturge et poète, explore les zones d’ombre de l’histoire de son pays dans les années 1930 et 1940.

Au travers d’un protagoniste principal réel au nom fictif dont elle reconstitue minutieusement la ligne de vie en s’appuyant sur les nombreux documents d’archives retrouvés pendant près de dix ans de recherche, mais aussi des multiples histoires et personnages ébauchés en arrière-plan, elle s’interroge sur les raisons profondes de l’échec de la réintégration de ces 5% de « personnes déplacées » (contraintes à l’exil par les lois du Troisième Reich) revenues en Allemagne après la guerre. Des personnes qui à leur retour furent de nouveau rejetées par leur pays, exclues de cette « reconstruction démocratique » censée permettre la croissance d’une « autre Allemagne ». Un sujet pointu et dérangeant car il met tout un pays en accusation comme semble l’indiquer le titre original ambivalent, Landgericht, qui désigne certes le Tribunal de région, cette sorte de microcosme où évolue le héros du livre, mais signifie aussi « jugement sur un pays ».