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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Poème ultime recours / Une anthologie de la poésie francophone contemporaine des profondeurs, Matthieu Baumier & Gwen Garnier-Duguy

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 26 Février 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Recours au poème Editeur

Poème ultime recours / Une anthologie de la poésie francophone contemporaine des profondeurs, janvier 2015, ebook 300 pages, 8 € . Ecrivain(s): Matthieu Baumier, Gwen Garnier Duguy Edition: Recours au poème Editeur

 

Cette anthologie de la poésie francophone contemporaine au titre un peu étrange s’inscrit dans le credo poétique éditorial de la jeune maison d’édition numérique Recours au Poème née en 2014 de la revue en ligne du même nom fondée par ses deux auteurs, les poètes Matthieu Baumier et Gwen Garnier-Duguy.

Ces derniers y ont réuni cinquante « poètes des profondeurs » de diverses générations – et très majoritairement des hommes –, nous proposant pour chacun un échantillon de textes suffisant pour en donner un aperçu significatif, à une exception près. Et dans une intéressante préface, Matthieu Baumier – qui intègre lui-même cette anthologie – présente les critères, ou plutôt l’esprit ayant présidé à leur choix, laissant à Gwen Garnier-Duguy le soin de conclure ce recueil en poésie, hors rang alphabétique.

Platonov, Anton Tchekhov

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 20 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Babel (Actes Sud), Russie, Théâtre

Platonov, traduction André Markowicz et Françoise Morvan, octobre 2014, 390 pages, 5,70 € . Ecrivain(s): Anton Tchékhov Edition: Babel (Actes Sud)

 

Platonov, cette pièce de jeunesse de Tchekhov, commencée en 1878, dont le titre perdu serait vraisemblablement Bezotsovchtchina (néologisme à connotation péjorative que l’on peut traduire par « l’absence de pères »), ne fut publiée de manière posthume qu’en 1923 et fut longtemps jugée injouable du fait de sa longueur. Sa première traduction française, publiée en 1962, par Elsa Triolet, ne retint qu’une version courte résultant de trois strates de correction de l’auteur et gommant de plus les supposées lourdeurs et maladresses, les « acrobaties stylistiques » de Tchekhov qui, avec ces nombreux points d’exclamation et de suspension et ces pauses figurant des « moments d’unisson dans le silence », constituent la caractéristique essentielle de son écriture.

C’est dire si cette traduction intégrale d’André Markowicz et de Françoise Morvan publiée en 2004, et enfin rééditée chez Babel en octobre 2014, constitua un événement. Car replaçant entre crochets les passages supprimés et donnant en notes toutes les variantes, les traducteurs s’y montrèrent également soucieux de respecter au plus près le rythme et les intonations qui impulsent le mouvement et précisent le sens, tous ces contrastes induits notamment par les variations de registres de langue, toutes ces inclusions de dialectes ou de langues étrangères et ces citations, toutes ces répétitions et ces motifs récurrents qui n’ont rien d’anodin.

Ziyan, Hakan Günday

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 04 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Bassin méditerranéen, Roman, Galaade éditions

Ziyan (Dogan Kytap) traduit du turc par Pierre Bastin, 2014, 348 pages, 24 € . Ecrivain(s): Hakan Günday Edition: Galaade éditions

 

Publié en 2009 et sorti dans sa version française début 2014, ce roman de Hakan Günday, jeune et prolixe écrivain turc considéré comme le plus prometteur de sa génération, est un livre magnifique, un livre choc qui n’exclut pas pour autant profondeur ni finesse. Parti de son expérience du service militaire obligatoire – réalité avec laquelle on doit vivre dans son pays, l’objection de conscience n’y étant pas légalisée –, Ziyan doit beaucoup également à la fascination de l’auteur pour un parlementaire oublié de la toute jeune république de Turquie, un certain Ziya Hursit condamné à mort à 26 ans pour une tentative d’attentat contre Atatürk, et qu’il découvrira être un de ses ancêtres.

Ziyan, qui en turc signifie à la fois « gâchis » et « ton Ziya » (l’auteur aime jouer sur les mots), est d’abord une féroce satire de l’armée dénonçant cette violence dont personne ne parle qui est endurée au quotidien par tous les conscrits. Hakan Günday, s’inspirant en partie de Full Metal Jacket, le célèbre film de Stanley Kubrick, décrit toute cette agitation, cette énergie inutile déployée lors de ce service militaire avec une précision implacable et une noire dérision en la concentrant dans un espace restreint.

Entretien avec Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 28 Octobre 2014. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

 

Un long entretien réalisé suite à la sortie de son dernier roman Les Chiens de l’aube (cf. chronique de La Cause littéraire) qui donne à cet écrivain l’occasion de sonder le « pourquoi » de l’écriture…

 

Emmanuelle Caminade : Après un premier roman publié en 2002 chez un petit éditeur tahitien, vos livres suivants sont sortis chez Ramsay. Pourquoi avoir quitté Ramsay et vous être engagée dans la difficile recherche d’un nouvel éditeur pour Les Chiens de l’aube ? Parlez-nous de votre rencontre avec D’un noir si bleu.

 

Anne-Catherine Blanc : Tout d’abord, je voudrais rebondir sur l’expression « petit éditeur tahitien ». Au Vent des Îles est certes une « petite » structure à l’échelle d’un continent. Mais Christian Robert, qui l’a créée en 1991, a accompli et accomplit encore un travail considérable pour faire connaître la littérature polynésienne, hélas trop éloignée de la France métropolitaine pour que celle-ci la « découvre » vraiment. Or, ne pas être « découvert » signifie ici « ne pas exister ». Ce mot, qui valait au XVIII° siècle pour les îles lointaines, vaut encore aujourd’hui pour leurs écrivains, leurs artistes.

Variétés de la mort, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Babel (Actes Sud), Nouvelles

Variétés de la mort, octobre 2014, 288 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Babel (Actes Sud)

 

Avec la réédition de Variétés de la mort chez Babel, les sept livres que comporte actuellement l’œuvre littéraire du lauréat du Goncourt 2012 sont désormais accessibles dans la célèbre collection de poche d’Actes Sud. Ce premier recueil publié par Jérôme Ferrari chez Albiana en 2001, dans la foulée de Prighjuneri/Prisonnier de Marc Biancarelli qu’il venait de traduire – et qui avait provoqué un scandale en Corse à sa sortie –, fut également pour l’auteur un geste iconoclaste répondant au contexte littéraire insulaire d’une époque. Mais les neuf nouvelles qu’il regroupe, écrites entre 1995 et 1999, n’en présentent pas moins un grand intérêt. Elles semblent en effet avoir été aussi le travail préparatoire des romans ultérieurs de l’écrivain dont elles annoncent les thématiques essentielles et même certains personnages. Et, si l’écriture à la tonalité humoristique souvent violemment provocatrice n’est pas encore ce style ayant fait sa renommée, il émane déjà beaucoup de compassion de plusieurs de ces textes qui revêtent parfois une douloureuse gravité. Des raisons justifiant que l’on s’attarde à l’analyse de ces nouvelles.