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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Ziyan, Hakan Günday

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 04 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Bassin méditerranéen, Roman, Galaade éditions

Ziyan (Dogan Kytap) traduit du turc par Pierre Bastin, 2014, 348 pages, 24 € . Ecrivain(s): Hakan Günday Edition: Galaade éditions

 

Publié en 2009 et sorti dans sa version française début 2014, ce roman de Hakan Günday, jeune et prolixe écrivain turc considéré comme le plus prometteur de sa génération, est un livre magnifique, un livre choc qui n’exclut pas pour autant profondeur ni finesse. Parti de son expérience du service militaire obligatoire – réalité avec laquelle on doit vivre dans son pays, l’objection de conscience n’y étant pas légalisée –, Ziyan doit beaucoup également à la fascination de l’auteur pour un parlementaire oublié de la toute jeune république de Turquie, un certain Ziya Hursit condamné à mort à 26 ans pour une tentative d’attentat contre Atatürk, et qu’il découvrira être un de ses ancêtres.

Ziyan, qui en turc signifie à la fois « gâchis » et « ton Ziya » (l’auteur aime jouer sur les mots), est d’abord une féroce satire de l’armée dénonçant cette violence dont personne ne parle qui est endurée au quotidien par tous les conscrits. Hakan Günday, s’inspirant en partie de Full Metal Jacket, le célèbre film de Stanley Kubrick, décrit toute cette agitation, cette énergie inutile déployée lors de ce service militaire avec une précision implacable et une noire dérision en la concentrant dans un espace restreint.

Entretien avec Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 28 Octobre 2014. , dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

 

Un long entretien réalisé suite à la sortie de son dernier roman Les Chiens de l’aube (cf. chronique de La Cause littéraire) qui donne à cet écrivain l’occasion de sonder le « pourquoi » de l’écriture…

 

Emmanuelle Caminade : Après un premier roman publié en 2002 chez un petit éditeur tahitien, vos livres suivants sont sortis chez Ramsay. Pourquoi avoir quitté Ramsay et vous être engagée dans la difficile recherche d’un nouvel éditeur pour Les Chiens de l’aube ? Parlez-nous de votre rencontre avec D’un noir si bleu.

 

Anne-Catherine Blanc : Tout d’abord, je voudrais rebondir sur l’expression « petit éditeur tahitien ». Au Vent des Îles est certes une « petite » structure à l’échelle d’un continent. Mais Christian Robert, qui l’a créée en 1991, a accompli et accomplit encore un travail considérable pour faire connaître la littérature polynésienne, hélas trop éloignée de la France métropolitaine pour que celle-ci la « découvre » vraiment. Or, ne pas être « découvert » signifie ici « ne pas exister ». Ce mot, qui valait au XVIII° siècle pour les îles lointaines, vaut encore aujourd’hui pour leurs écrivains, leurs artistes.

Variétés de la mort, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Babel (Actes Sud), Nouvelles

Variétés de la mort, octobre 2014, 288 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Babel (Actes Sud)

 

Avec la réédition de Variétés de la mort chez Babel, les sept livres que comporte actuellement l’œuvre littéraire du lauréat du Goncourt 2012 sont désormais accessibles dans la célèbre collection de poche d’Actes Sud. Ce premier recueil publié par Jérôme Ferrari chez Albiana en 2001, dans la foulée de Prighjuneri/Prisonnier de Marc Biancarelli qu’il venait de traduire – et qui avait provoqué un scandale en Corse à sa sortie –, fut également pour l’auteur un geste iconoclaste répondant au contexte littéraire insulaire d’une époque. Mais les neuf nouvelles qu’il regroupe, écrites entre 1995 et 1999, n’en présentent pas moins un grand intérêt. Elles semblent en effet avoir été aussi le travail préparatoire des romans ultérieurs de l’écrivain dont elles annoncent les thématiques essentielles et même certains personnages. Et, si l’écriture à la tonalité humoristique souvent violemment provocatrice n’est pas encore ce style ayant fait sa renommée, il émane déjà beaucoup de compassion de plusieurs de ces textes qui revêtent parfois une douloureuse gravité. Des raisons justifiant que l’on s’attarde à l’analyse de ces nouvelles.

Les chiens de l’aube, Anne-Catherine Blanc

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 17 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Les chiens de l’aube, D’un noir si bleu, septembre 2014, 348 p. 22 € . Ecrivain(s): Anne-Catherine Blanc

 

Après Moana blues, intense petit roman à la langue « métissée » s’inspirant d’un sombre fait divers polynésien, L’astronome aveugle, joli conte léger et lumineux à l’écriture emplie de charme, et Passagers de l’archipel, recueil de nouvelles où elle bousculait nos clichés sur Tahiti, Anne-Catherine Blanc nous offre un second roman qui vient confirmer l’éclectisme de son talent.

Les chiens de l’aube, sorte de roman d’aventures atypique se déroulant dans un espace restreint et conté par un narrateur ayant tout de l’anti-héros, combine en effet le réel le plus sordide et l’imagination la plus délirante. Multipliant les péripéties et les rebondissements inattendus pendant près de 350 pages, l’auteure possède sans conteste l’art de raconter des histoires, mais aussi de faire voir la beauté là où on ne l’attend pas, de trouver les mots justes qui conduiront le lecteur à entrer en empathie avec des personnages au prime abord bien étrangers. Sans jamais nous lasser, elle mène son récit sur un rythme soutenu, l’aérant régulièrement de courts flashes-back, des descriptions évocatrices et des réflexions imagées de son héros ainsi que de quelques dialogues. Un récit haut en couleurs à la langue forte, familière et rocailleuse, alliant l’ironie à la tendresse, dont il émane une grande vitalité et une grande humanité. Un roman violent et caustique, émouvant et poétique, distrayant et critique, qui porte toute une philosophie de la vie.

La Dame de pique, Pouchkine

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Nouvelles, Russie

La Dame de pique, traduit du russe par André Gide, août 2014, 112 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Pouchkine Edition: Folio (Gallimard)

 

La Dame de pique, célèbre nouvelle d’Alexandre Pouchkine publiée en 1834, est peut-être, tout comme son roman en vers, Eugène Onéguine, ou sa tragédie, Boris Godounov (1), moins connue des lecteurs que des mélomanes, le magnifique opéra qu’elle inspira à Tchaïkovski en 1890 se donnant toujours régulièrement sur les scènes occidentales. Dostoïevski y voyait à juste titre un sommet de l’art fantastique et on peut rapprocher cette nouvelle de La Venus d’Ille (2) de Prosper Mérimée parue en 1837 peu après la mort de Pouchkine.

Les deux auteurs se vouaient une admiration réciproque et c’est Mérimée qui le premier traduisit en français La Dame de pique en 1849. Elle fut ensuite l’objet de nombreuses traductions, la plus renommée restant celle d’André Gide en 1935 que reprend fort opportunément cette nouvelle édition. Une édition scolaire certes destinée aux élèves de collège, auxquels elle propose le texte intégral et des pistes pour rendre compte de leur lecture, mais qui intéressera certainement un public beaucoup plus vaste. Car le consistant dossier établi par Sylvie Howlett, enseignante en lettres et traductrice, enrichit considérablement l’appréhension de cette œuvre en la mettant largement en perspectives et en nous faisant pénétrer au cœur-même de la littérature.