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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Farigoule Bastard, Benoît Vincent

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 03 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Farigoule Bastard, Le nouvel Attila, avril 2015, 128 pages, 16 € . Ecrivain(s): Benoît Vincent

 

Farigoule Bastard est le premier livre-papier de Benoît Vincent. C’est un récit « sans fil », déroutant, un roman fragmenté et curieusement structuré où s’imbriquent différents types de textes de tonalités différentes, et au contenu aussi hétéroclite que celui de la « biasse » de son héros – et sans doute aussi de la besace emplie de « paperolles » de son auteur… Une histoire complexe « qui s’épanche depuis plusieurs sources », et « a été rapiécée comme peau de vachette » par plusieurs mains, nous avertit-on d’emblée. Une histoire portée surtout par une langue singulière – tant dans son lexique que dans sa syntaxe – car « née des paysages âpres et graveleux » dans laquelle elle se déroule.

L’argument part d’un « quiproquo » ouvrant la porte à une pluralité de sens. Un berger vieillissant, taiseux et solitaire, va prendre sa mule et quitter sa maison, cette « zone de moyenne montagne (…) où la ville n’a pas atteint », pour prendre dans la vallée le train qui doit l’emmener à la ville capitale car il y aurait été invité à une « rétrospective de son œuvre » ! Mais quelle peut bien être l’œuvre de ce berger obscur dont ce récit va nous conter le voyage ? Et dans quel voyage « fabuleux » le conteur malicieux et inspiré de la « geste » de Farigoule Bastard nous déroute-t-il ?

La maison sur les nuages, Raymond Farina

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Recours au poème Editeur

La maison sur les nuages, avril 2015, ebook 165 pages, 7 € . Ecrivain(s): Raymond Farina Edition: Recours au poème Editeur

 

Raymond Farina dont les poèmes sont présents dans de nombreuses revues est aussi l’auteur de dix-neuf recueils poétiques publiés entre 1979 et 2006. Depuis, ce poète et traducteur semble surtout se consacrer à la traduction de poètes contemporains de diverses langues. Et c’est avec intérêt qu’on accueille cette anthologie dans laquelle il a réuni de nombreux poèmes puisés dans la quasi-totalité de son œuvre auxquels s’ajoute un poème inédit. Car le choix des textes composant La maison sur les nuages rend moins compte de la diversité d’une œuvre qu’il n’en privilégie certains thèmes, soulignant à la fois sa constance et son évolution et lui donnant un éclairage particulier : une tonalité lumineuse et apaisée semblant réconcilier les contraires, « effaçant / la frontière/ entre mourir et vivre ».

Raymond Farina fut confié à une nourrice maltaise qui l’éleva tendrement jusqu’à huit ans dans une maison sur les hauteurs d’Alger où il vécut proche des bêtes, faisant défiler la « fable des nuages », mêlant dans ses songes la réalité à la Légende. Puis il grandit dans un petit village de pêcheurs de la côte atlantique marocaine, courant librement la campagne et apprenant les oiseaux des petits bergers de son âge.

Nord-nord-ouest, Sylvain Coher

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 27 Avril 2015. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Roman

Nord-nord-ouest, janvier 2015, 270 pages, 20 € . Ecrivain(s): Sylvain Coher Edition: Actes Sud

 

Ce qui fait la force de Nord-nord-ouest, c’est d’abord la beauté et l’efficacité de l’écriture de Sylvain Coher, qui réussit à embarquer le lecteur dans un univers maritime ne lui étant pas forcément familier.

L’intrigue est inspirée d’un fait divers : le vol non loin de Saint-Malo d’un voilier totalement sous-équipé pour une grande traversée et qui fut étonnamment retrouvé en Irlande ou en Ecosse, abandonné par de mystérieux voleurs bien chanceux. Ayant toujours eu envie d’écrire son roman de mer, Sylvain Coher imagina alors leur aventure en mettant en scène le petit voilier de plaisance qu’il possédait lui-même à l’époque. Il nous fait ainsi pénétrer dans un univers nourri de sa propre expérience comme de ses nombreuses lectures, épousant le rythme de la houle, des périodes de calme et surtout de tempête. Et il ancre ce voyage improbable dans le réel grâce à la précision des termes techniques de navigation auxquels recourt sa narration et à la vivacité familière de ses dialogues, tandis que la beauté de ses images lui permet de donner à cette traversée une dimension symbolique, mythique et philosophique.

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov (dossier)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 24 Mars 2015. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

 

Lire Le Maître et Marguerite, c’est assister à un spectacle total. Tout est sollicité chez le lecteur : sa sensibilité, son imagination, son intelligence et sa culture. Et cette œuvre monumentale de la littérature russe du XXème siècle est sans aucun doute un chef d’œuvre, ce qui n’interdit pas de formuler quelques réserves.

J’ai ri aux nombreuses apparitions incongrues – celles du chat payant son ticket de tramway, de Marguerite survolant Moscou sur son balai ou de Natacha chevauchant le sévère Nikolaï Ivanovitch transformé en pourceau… – et je me suis divertie de toutes ces farces burlesques, de ces élégantes moscovites soudain mises à nu quand la magie cesse ou de ces roubles qui se muent en devises compromettantes qu’on s’empresse de cacher dans la bouche d’aération des toilettes… J’ai été émerveillée par les multiples clins d’œil aux mythes et aux contes, à ces récits fabuleux ou sacrés, païens ou religieux. J’ai été touchée par les remords de Pilate réduit à partager sa solitude avec son chien fidèle et par la belle figure amoureuse de Marguerite. J’ai savouré ce foisonnement de citations littéraires (aidée par les notes en bas de page), ces évocations d’écrivains et d’œuvres – russes le plus souvent – dont l’auteur reprend parfois des scènes ou des phrases entières. J’ai particulièrement goûté les références musicales abondantes, souvent très précises, auxquelles renvoie Boulgakov.

Le principe, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 09 Mars 2015. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Roman

Le principe, mars 2015, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

Certains attendaient sans doute ce dernier roman de Jérôme Ferrari comme on attend un roman « post-Goncourt » : impatients de savoir si l’auteur – qui avoua lui-même avoir le sentiment que son Sermon sur la chute de Rome achevait un cycle – saurait se renouveler, et avec bien sûr une exigence renforcée. Si on peut penser qu’un véritable écrivain écrit toujours le même livre s’ancrant en profondeur dans un univers propre, il ne l’écrit pas pour autant toujours de la même manière ; et les romans de cet auteur sont tous différents car chaque histoire en détermine la forme qui est partie intégrante de son sens, le septième ne faisant pas exception à la règle. Quant au style « ferrarien », reconnaissable entre tous comme le grain d’une voix pour l’amateur d’art lyrique, il connaît toujours des variations de rythmes et de tonalités d’un roman à l’autre et/ou au sein d’un même roman.

Le principe s’articule autour de la figure complexe d’un des fondateurs de la mécanique quantique, le physicien allemand Werner Heisenberg qui énonça ce fameux « principe d’incertitude » révolutionnant la physique classique en balayant ses « connaissances les mieux assurées », et qui poursuivit son enseignement et ses recherches sur l’atome au sein du IIIème Reich, y dirigeant même le programme d’armement nucléaire nazi. Jérôme Ferrari s’aventure ainsi dans un genre nouveau pour lui, celui de la biographie, ou plus exactement de la fiction biographique.