Identification

Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Boussole, Mathias Enard

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 18 Août 2015. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

Boussole, août 2015, 384 p., 21,50 € . Ecrivain(s): Mathias Enard Edition: Actes Sud

 

L’amour, l’Orient et la mélancolie

C’est un livre érudit et passionné de très grande envergure que nous offre Mathias Enard, cet écrivain amoureux de l’Orient qui a étudié le persan et l’arabe, et aime jeter des ponts entre les hommes et les cultures en s’insérant dans une vision ample et mouvante du monde qui n’oblitère pas le passé. Boussole, son dernier roman regardant vers l’Est comme les précédents – et notamment vers ces pays chargés d’histoire, vers ces lieux actuellement dévastés où sévissent des égorgeurs amnésiques –, est un livre généreux à la passion contagieuse, un livre dense et foisonnant, envoûtant, et particulièrement bienvenu en cette période de crispation et de repli sur soi. L’auteur y rafraîchit en effet les mémoires en explorant les rapports complexes de l’Europe et de l’Orient au cours des deux derniers siècles, s’attachant plus particulièrement à ce courant orientaliste qui prit son essor au XIXème dans le domaine littéraire – où il s’associa au romantisme – et artistique. Un mouvement qui poussa sur les routes d’Orient de nombreux créateurs, mais aussi des savants et des archéologues, des aventuriers et de fascinantes voyageuses… Car ce sont bien leurs récits et leurs œuvres qui contribuèrent, directement ou indirectement, à forger nos représentations, à construire notre imaginaire oriental qui est « une vision de l’autre ».

Romain Gary, Brève escale en Corse, Jérôme Camilly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 23 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Romain GARY, Brève escale en Corse, Colonna édition, mai 2014, 90 pages, 10 € . Ecrivain(s): Jérôme Camilly

 

Avec deux titres pour un seul ouvrage de nature disparate, Jérôme Camilly nous offre un étrange et bien séduisant petit livre. Romain GARY, Brève escale en Corse, récit lui-même hybride consacré à cet écrivain de légende, n’est en effet pas seulement « suivi de » Le quatuor insulaire, fiction personnelle de l’auteur. Les deux textes, indissociables à leur lecture, forment plutôt un ensemble s’articulant autour du passage de l’écrivain – à l’occasion de son mariage avec Jean Seberg – dans l’île natale du journaliste Jérôme Camilly, écrivain lui aussi (une escale insulaire moins anecdotique qu’il n’y paraît puisque, séparé de Jean, Gary tint à y revenir en pèlerinage peu de temps avant de se donner la mort).

A la fin des années 1970, l’auteur fut amené à collaborer à un livre de Romain Gary qui ne verra jamais le jour, collaboration qui lui permettra de démêler en plusieurs temps l’« identité brouillée » de cet « homme multiple » et « virtuose du mensonge » dont il n’avait pas su voir à l’époque le désespoir sous le « goût pour la vie ». De comprendre aussi « que la mythomanie est la réalité de l’écrivain ». Une rencontre se prolongeant post mortem longtemps après, et qui semble avoir enfanté le deuxième texte où quatre voix s’ajoutent à celle de l’auteur pour faire entendre la vérité de son île.

A propos de "Qui est Charlie ?" d'Emmanuel Todd

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 16 Juin 2015. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Qui est Charlie ?, Emmanuel Todd, Seuil, mai 2015, 250 pages, 18 €

 

Souvent présenté comme un arrogant brûlot simpliste et moralisateur par des commentateurs approximatifs n’ayant manifestement pas lu le livre, Qui est Charlie ? a suscité une vive polémique dans les media avant même sa parution. Inverser ce titre accrocheur avec son sous-titre, Sociologie d’une crise religieuse, aurait sans doute évité quelques malentendus en annonçant mieux la teneur de ce remarquable essai reposant sur une somme de travail impressionnante, et s’inscrivant dans la continuité du Mystère français (Seuil, 2013), le précédent livre d’Emmanuel Todd coécrit avec Hervé Le Bras. La mobilisation massive du 11 janvier 2015 n’y est en effet qu’une clé pour « comprendre les mécanismes du pouvoir idéologique et politique dans la société française actuelle ». Et chercher qui est Charlie, ce manifestant (pris en son sens collectif, Paris et province mêlées), aide l’auteur à analyser la crise que traverse notre société : une crise pour lui « de type religieux ou quasi-religieux », mais pas celle qu’on attendait !

Farigoule Bastard, Benoît Vincent

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 03 Juin 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Farigoule Bastard, Le nouvel Attila, avril 2015, 128 pages, 16 € . Ecrivain(s): Benoît Vincent

 

Farigoule Bastard est le premier livre-papier de Benoît Vincent. C’est un récit « sans fil », déroutant, un roman fragmenté et curieusement structuré où s’imbriquent différents types de textes de tonalités différentes, et au contenu aussi hétéroclite que celui de la « biasse » de son héros – et sans doute aussi de la besace emplie de « paperolles » de son auteur… Une histoire complexe « qui s’épanche depuis plusieurs sources », et « a été rapiécée comme peau de vachette » par plusieurs mains, nous avertit-on d’emblée. Une histoire portée surtout par une langue singulière – tant dans son lexique que dans sa syntaxe – car « née des paysages âpres et graveleux » dans laquelle elle se déroule.

L’argument part d’un « quiproquo » ouvrant la porte à une pluralité de sens. Un berger vieillissant, taiseux et solitaire, va prendre sa mule et quitter sa maison, cette « zone de moyenne montagne (…) où la ville n’a pas atteint », pour prendre dans la vallée le train qui doit l’emmener à la ville capitale car il y aurait été invité à une « rétrospective de son œuvre » ! Mais quelle peut bien être l’œuvre de ce berger obscur dont ce récit va nous conter le voyage ? Et dans quel voyage « fabuleux » le conteur malicieux et inspiré de la « geste » de Farigoule Bastard nous déroute-t-il ?

La maison sur les nuages, Raymond Farina

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Recours au poème Editeur

La maison sur les nuages, avril 2015, ebook 165 pages, 7 € . Ecrivain(s): Raymond Farina Edition: Recours au poème Editeur

 

Raymond Farina dont les poèmes sont présents dans de nombreuses revues est aussi l’auteur de dix-neuf recueils poétiques publiés entre 1979 et 2006. Depuis, ce poète et traducteur semble surtout se consacrer à la traduction de poètes contemporains de diverses langues. Et c’est avec intérêt qu’on accueille cette anthologie dans laquelle il a réuni de nombreux poèmes puisés dans la quasi-totalité de son œuvre auxquels s’ajoute un poème inédit. Car le choix des textes composant La maison sur les nuages rend moins compte de la diversité d’une œuvre qu’il n’en privilégie certains thèmes, soulignant à la fois sa constance et son évolution et lui donnant un éclairage particulier : une tonalité lumineuse et apaisée semblant réconcilier les contraires, « effaçant / la frontière/ entre mourir et vivre ».

Raymond Farina fut confié à une nourrice maltaise qui l’éleva tendrement jusqu’à huit ans dans une maison sur les hauteurs d’Alger où il vécut proche des bêtes, faisant défiler la « fable des nuages », mêlant dans ses songes la réalité à la Légende. Puis il grandit dans un petit village de pêcheurs de la côte atlantique marocaine, courant librement la campagne et apprenant les oiseaux des petits bergers de son âge.