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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Lettres sur la littérature, Walter Benjamin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Mars 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Essais, Langue allemande, Zoe

Lettres sur la littérature, mars 2016, édition établie et préfacée par Muriel Pic, trad. allemand Lukas Bärfuss, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Zoe

 

Les sept Lettres sur la littérature écrites à Max Horkheimer par Walter Benjamin entre mars 1937 et mars 1940, jusqu’ici disséminées dans des éditions allemandes – ou françaises pour quelques unes d’entre elles (notamment pour la dernière, écrite en français) – se trouvent enfin pertinemment réunies chez Zoé, sous l’égide de Muriel Pic qui nous les présente dans une intéressante préface, et les a, de plus, fort utilement annotées.

Après la fermeture en 1933 par Hitler de l’Institut für Sozialforschung de l’université de Francfort, Horkheimer avait refondé au sein de l’université Columbia de New York un Institute for social Research auquel collaborait tout un groupe interdisciplinaire de savants exilés. Et ces penseurs à l’« intelligence libre » qui s’attachent à élaborer « une théorie critique de la société et plus particulièrement de la conscience bourgeoise », continuent ainsi de militer contre le national-socialisme et la montée du fascisme en Europe car « ils savent que le pire est encore à venir ».

Victoria Bretagne, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 15 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Roman

Victoria Bretagne, février 2016, 88 pages, 10 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

C’est un tout petit roman (le terme microfiction serait à mon sens plus approprié) empli de fraîcheur et de charme, de profondeur et de mystère, dans lequel Emmanuelle Guattari divague à nouveau en grande liberté dans ses souvenirs, dont elle fait resurgir des bribes avec une précision méticuleuse. Des souvenirs qui cette fois concernent plus particulièrement ses années de lycéenne sous ces ciels de Loire qui lui sont proches, avec quelques incursions à Paris lorsqu’elle était étudiante, ou aux Etats-Unis.

La narratrice de Victoria Bretagne nous livre, comme toujours chez l’auteure, une perception fragmentée de ce passé en portant un regard étonné et décalé, très walsérien, sur son environnement et son entourage, dans des situations et lors d’événements apparemment mineurs dont elle transcende la banalité. Et ses observations vagabondes, ses brefs portraits ébauchés des personnes côtoyées ou simplement croisées, ses notations dispersées soulignant d’infimes détails de leur visage ou de leur silhouette comme de leur gestuelle s’articulent autour de la figure fascinante de Victoria Bretagne, une beauté au profil de Madone, balafrée du front au menton par une mystérieuse cicatrice, qui semble aimanter toute cette jeunesse de Blois se réunissant au Trophime, le café tenu par son père.

A la trace, Journal de Tel Aviv, Carole Zalberg

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 18 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Voyages, éditions intervalles

A la trace, Journal de Tel Aviv, janvier 2016, 85 pages, 12 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: éditions intervalles

 

Invitée en 2015, dans le cadre d’une mission Stendhal, à passer un mois en Israël pour son « projet de fiction inspiré de la vie de ses trois cousins germains nés là-bas », Carole Zalberg y a tenu un journal qu’elle  publie sous le titre A la trace : une « chronique au jour le jour de ce mois d’enquêtes et de retrouvailles ». « Une balade à travers les souvenirs » et la mémoire de cette terre, « indispensable ancrage » pour faire face à un avenir incertain.

L’auteure est issue d’une famille polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, et sa tante et sa mère auxquelles ce livre est dédié furent toutes deux des « enfants cachées », épisode qu’elle a relaté dans son roman Chez eux en imaginant ce traumatisme à hauteur de la jeune enfant que fut sa mère. Et si à l’âge adulte l’aînée, Mina, fera le choix de prendre en 1948 le « premier bateau de l’indépendance » afin de trouver un abri en Israël, participant dans les conditions les plus dures à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée, la cadette restera en France où elle mènera une vie plus « confortable », offrant plus de « légèreté » à sa fille en laissant « un peu de ciel clair au-dessus de [sa] tête ».

Dostoïevski, démon de Malraux, Sylvie Howlett

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 06 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Dostoïevski, démon de Malraux, éd. Classiques Garnier, novembre 2015, 419 p., 39 € . Ecrivain(s): Sylvie Howlett

 

Agrégée de lettres et docteur en littérature française, Sylvie Howlett s’intéresse à l’intertextualité dans la littérature européenne, participant à divers séminaires et conférences et écrivant dans de nombreuses revues tout en publiant occasionnellement quelques traductions d’ouvrages russes. Avec Dostoïevski, démon de Malraux, elle nous propose une version réduite de moitié, mais actualisée par ses récents colloques et articles, de la thèse qu’elle soutint à Paris III en septembre 2002. Un essai érudit et très étayé d’environ 400 pages, certes plutôt destiné aux universitaires et à tous ceux qui étudient Malraux et/ou Dostoïevski, mais néanmoins accessible aux non-spécialistes malgré l’épaisseur impressionnante de sa matière, et dont le style n’a rien d’obscur ni de rébarbatif.

La découverte de Dostoïevski fut capitale pour André Malraux, pour l’écrivain et surtout le romancier mais aussi pour l’homme qui en fut marqué dans tous ses domaines d’activité. Et cet essai nourri s’inscrivant dans une large perspective, ouverte et dynamique, éclaire de manière passionnante la compréhension de l’œuvre du génial écrivain russe par Malraux et la transfiguration de cet héritage dostoïevskien au fil de ses livres résultant d’un phénomène d’emprise et de déprise.

L’enfant du bonheur et autres proses de Berlin, Robert Walser

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 10 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue allemande, Nouvelles, Récits, Zoe

L’enfant du bonheur et autres proses de Berlin, octobre 2015, trad. de Marion Graf, préface de Peter Utz, 298 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Robert Walser Edition: Zoe

 

L’enfant du bonheur et autres proses pour Berlin réunit soixante-douze textes inédits – à l’exception de cinq d’entre eux – écrits par Robert Walser pour le Berliner Tageblatt. Les quatre premiers datent de 1907/1908, époque où le jeune écrivain suisse résidait chez son frère à Berlin et commençait à y être reconnu comme romancier dans les milieux littéraires. De retour en Suisse dès 1913, il n’y publia plus que de courtes nouvelles et des poèmes, son dernier recueil, La Rose, paraissant en 1925. Et il se détournera ensuite « de la littérature agrafée et reliée pour se diriger vers celle qui voltige de feuille en feuille ». Les soixante-huit autres textes concernent la période 1925/1933 où l’activité de chroniqueur-feuilletoniste qui faisait vivre Robert Walser prit un grand essor jusqu’à ce que, après avoir continué d’envoyer ses articles de la clinique psychiatrique de la Waldau, près de Berne, où il fut interné en 1929, il se taise définitivement après avoir été transféré dans un établissement psychiatrique à Herisau en 1933 où il restera jusqu’à sa mort.

L’éditeur nous présente opportunément ces proses abordant une grande diversité de sujets dans leur ordre chronologique, ce qui permet de les mettre en parallèle avec le contexte politique dans lequel elles furent rédigées et avec le parcours personnel de l’écrivain, comme de saisir l’évolution de son écriture.