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Le roman d’Abd el-Kader, Loïc Barrière

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 28 Mai 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Le roman d’Abd el-Kader, éd. Les points sur les i, mars 2016, 180 pages, 13 € . Ecrivain(s): Loïc Barrière

La conquête de l’Algérie, succédant pour ce pays à trois siècles de domination ottomane, est une période qui fut assez remaniée ou en partie occultée dans nos manuels scolaires, aussi la figure d’Abd el-Kader s’avère-t-elle de nos jours plutôt méconnue.

Après la deuxième guerre mondiale, on oppose en effet volontiers dans ceux-ci « la rationalité étatique et son efficacité (…) au morcellement tribal, la modernité technologique occidentale à l’arriération arabe, les lumières de l’éducation à l’obscurantisme de l’islam », présentant le cavalier numide comme « un combattant valeureux et opposant coriace, rendant la victoire sur lui d’autant plus glorieuse », analyse à ce propos Françoise Lantheaume (1). Et au fil du siècle la présentation de la conquête évoluera finalement assez peu, sinon en s’amenuisant, les manuels d’histoire adoptant à partir des années 1980 la perspective géopolitique définie dans les programmes : une approche globale dans laquelle l’Algérie est « rarement prise comme étude de cas ». C’est dire si Le roman d’Abd el-Kader, roman biographique et historique destiné en priorité aux collégiens et aux lycéens par Loïc Barrière, tout en visant le public le plus large, vient combler un manque en éclairant une époque et en restituant la richesse d’un personnage historique : d’un « humaniste musulman » bousculant les clichés médiatiques et apparaissant dans le contexte actuel comme « l’anti-Daesh par excellence » (2).

Les plus belles fulgurances d’André Malraux, réunies par Sylvie Howlett

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 17 Mai 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Essais

Les plus belles fulgurances d’André Malraux, avril 2016, illustrations Loïc Sécheresse, 150 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Sylvie Howlett Edition: Folio (Gallimard)

A l’occasion des 40 ans de la disparition de l’écrivain, les éditions Gallimard publient Les plus belles fulgurances d’André Malraux, un recueil de citations pertinemment réunies par Sylvie Howlett*, et illustrées avec vivacité et humour par Loïc Sécheresse.

Destinée à un vaste public, cette anthologie regroupant des extraits forcément coupés de leur contexte et tirés tant de son œuvre romanesque, de ses écrits sur l’art que de ses textes mémoriels, n’a pas bien sûr la prétention de vouloir rendre compte d’une œuvre monumentale et multiforme. Mais elle la parcourt en mettant brillamment en lumière les fulgurances d’une pensée et d’un style, tout en dégageant les thèmes malruciens prédominants, Sylvie Howlett réussissant à donner un aperçu des nombreuses facettes de cet homme et auteur atypique et souvent visionnaire.

Voyageur, aventurier, journaliste ou archéologue, engagé précoce aux côtés des républicains espagnols rejoignant tardivement la Résistance, esthète et philosophe, agnostique ayant le sens du sacré, de la transcendance, homme politique d’une intelligence corrosive et d’une grande culture, personnalité imaginative, extravagante, exaltée et même mythomane, André Malraux semble faire corps avec son écriture.

Lettres sur la littérature, Walter Benjamin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Mars 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Correspondance, Essais, Langue allemande, Zoe

Lettres sur la littérature, mars 2016, édition établie et préfacée par Muriel Pic, trad. allemand Lukas Bärfuss, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Zoe

 

Les sept Lettres sur la littérature écrites à Max Horkheimer par Walter Benjamin entre mars 1937 et mars 1940, jusqu’ici disséminées dans des éditions allemandes – ou françaises pour quelques unes d’entre elles (notamment pour la dernière, écrite en français) – se trouvent enfin pertinemment réunies chez Zoé, sous l’égide de Muriel Pic qui nous les présente dans une intéressante préface, et les a, de plus, fort utilement annotées.

Après la fermeture en 1933 par Hitler de l’Institut für Sozialforschung de l’université de Francfort, Horkheimer avait refondé au sein de l’université Columbia de New York un Institute for social Research auquel collaborait tout un groupe interdisciplinaire de savants exilés. Et ces penseurs à l’« intelligence libre » qui s’attachent à élaborer « une théorie critique de la société et plus particulièrement de la conscience bourgeoise », continuent ainsi de militer contre le national-socialisme et la montée du fascisme en Europe car « ils savent que le pire est encore à venir ».

Victoria Bretagne, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 15 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Roman

Victoria Bretagne, février 2016, 88 pages, 10 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

C’est un tout petit roman (le terme microfiction serait à mon sens plus approprié) empli de fraîcheur et de charme, de profondeur et de mystère, dans lequel Emmanuelle Guattari divague à nouveau en grande liberté dans ses souvenirs, dont elle fait resurgir des bribes avec une précision méticuleuse. Des souvenirs qui cette fois concernent plus particulièrement ses années de lycéenne sous ces ciels de Loire qui lui sont proches, avec quelques incursions à Paris lorsqu’elle était étudiante, ou aux Etats-Unis.

La narratrice de Victoria Bretagne nous livre, comme toujours chez l’auteure, une perception fragmentée de ce passé en portant un regard étonné et décalé, très walsérien, sur son environnement et son entourage, dans des situations et lors d’événements apparemment mineurs dont elle transcende la banalité. Et ses observations vagabondes, ses brefs portraits ébauchés des personnes côtoyées ou simplement croisées, ses notations dispersées soulignant d’infimes détails de leur visage ou de leur silhouette comme de leur gestuelle s’articulent autour de la figure fascinante de Victoria Bretagne, une beauté au profil de Madone, balafrée du front au menton par une mystérieuse cicatrice, qui semble aimanter toute cette jeunesse de Blois se réunissant au Trophime, le café tenu par son père.

A la trace, Journal de Tel Aviv, Carole Zalberg

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 18 Janvier 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Voyages, éditions intervalles

A la trace, Journal de Tel Aviv, janvier 2016, 85 pages, 12 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: éditions intervalles

 

Invitée en 2015, dans le cadre d’une mission Stendhal, à passer un mois en Israël pour son « projet de fiction inspiré de la vie de ses trois cousins germains nés là-bas », Carole Zalberg y a tenu un journal qu’elle  publie sous le titre A la trace : une « chronique au jour le jour de ce mois d’enquêtes et de retrouvailles ». « Une balade à travers les souvenirs » et la mémoire de cette terre, « indispensable ancrage » pour faire face à un avenir incertain.

L’auteure est issue d’une famille polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, et sa tante et sa mère auxquelles ce livre est dédié furent toutes deux des « enfants cachées », épisode qu’elle a relaté dans son roman Chez eux en imaginant ce traumatisme à hauteur de la jeune enfant que fut sa mère. Et si à l’âge adulte l’aînée, Mina, fera le choix de prendre en 1948 le « premier bateau de l’indépendance » afin de trouver un abri en Israël, participant dans les conditions les plus dures à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée, la cadette restera en France où elle mènera une vie plus « confortable », offrant plus de « légèreté » à sa fille en laissant « un peu de ciel clair au-dessus de [sa] tête ».