Identification

Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Où vivre, Carole Zalberg (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans En Vitrine, La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Grasset

Où vivre, octobre 2018, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Grasset

 

Carole Zalberg est issue d’une famille juive polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, sa mère ayant été une enfant cachée (épisode qu’elle relate à hauteur d’enfant dans son roman Chez eux), tout comme sa tante qui, en 1948, fit le choix de s’installer en Israël, participant dans de dures conditions à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée.

Son dernier roman Où vivre, dont le projet lui avait valu en 2015 une bourse Stendhal lui permettant de revenir pour un mois d’enquêtes et de retrouvailles dans ce pays qu’elle n’avait pas visité depuis des vacances datant de plus de trente ans, s’inspire de la vie de cette famille que l’exil rassemble et éloigne – tout comme A défaut d’Amérique – et principalement de celle ses trois cousins germains nés en Israël. Un roman dont on avait pu approcher la genèse dans son journal de voyage publié sous le titre A la trace où elle éclairait déjà ces cicatrices dans lesquelles l’histoire s’incarne comme l’ambiguïté du rapport de chacun à cette terre magnifique et compliquée. Et qui approfondit encore ce thème de la résilience irriguant toute son œuvre.

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Zoe

Les Billes du Pachinko, août 2018, 144 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Elisa Shua Dusapin Edition: Zoe

Les Billes du Pachinko, second roman très attendu d’Elisa Shua Dusapin, vient confirmer sans conteste le talent de cette jeune écrivaine. Après Hiver à Sokcho, roman identitaire et existentiel en demi-teintes se déroulant dans une petite station balnéaire endormie d’une Corée du Sud hivernale, il nous transporte, lui, dans la trépidante capitale japonaise de Tokyo par une chaleur estivale d’une moiteur étouffante. Et on y retrouve cette capacité de l’auteure à créer par petites touches délicates une atmosphère singulière et à saisir le monde intérieur de ses personnages grâce à une écriture dépouillée tout en finesse. Une écriture concrète et précise s’attachant à nommer les choses, à la fois sensuelle et imagée, attentive aux sons, aux odeurs et aux matières et riche de significations souterraines. Une écriture sensible et subtile introduisant une sorte de flottement, de décalage et de confusion entre monde extérieur et intérieur, où les paysages décrits reflètent en partie des paysages mentaux comme les infimes faits quotidiens relatés viennent souvent faire écho à des états émotionnels, les animaux et les choses disant aussi indirectement beaucoup de la manière dont est perçue le monde.

A son image, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 29 Août 2018. , dans La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman

A son image, août 2018, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Jouant sur l’ambivalence de son titre renvoyant aux notions d’image et de ressemblance, de vérité de la représentation, comme à la nature de l’homme et à son rapport à Dieu, Jérôme Ferrari annonce déjà en partie la richesse du sujet abordé par son dernier roman. A son image incarne en effet une vaste interrogation sur la représentation, la nature humaine et la transcendance en s’ancrant dans un quotidien très concret avec des personnages très humains dans leur complexité et leur faiblesse, et en développant des thématiques s’articulant autour de la photographie et de la guerre – liées toutes deux à la mort.

Mettant en scène deux magnifiques héros romanesques, une jeune photographe et son oncle et parrain prêtre, dans la Corse villageoise des années 1970 au début des années 2000, marquée par les violences des nationalistes et leurs luttes fratricides, l’auteur y fait entendre en parallèle l’écho des guerres de Yougoslavie qui achevaient de ravager les Balkans.

Ma dévotion, Julia Kerninon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 23 Août 2018. , dans La Brune (Le Rouergue), La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman

Ma dévotion, août 2018, 302 pages, 20 € . Ecrivain(s): Julia Kerninon Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Après Buvard qui mettait en abyme amour et création littéraire, Le dernier amour d’Attila Kiss qui explorait le rapport amoureux et la vérité des êtres en sondant ce territoire intime si difficile à pénétrer, et Une activité respectable, un très court récit autobiographique consacré à l’écriture, Julia Kerninon se lance dans un gros roman psychologique de trois cents pages mettant à nu les rouages d’une tragédie. Elle y reprend le thème de l’amour – de l’emprise d’un amour non partagé mais aussi de l’amour parental et du saccage de l’enfance – ainsi que de la création, artistique surtout et dans une moindre mesure de l’écriture, comme celui de la vérité et du mensonge. Un roman de facture et de tonalité assez hardyiennes qui semble aussi un hommage à ce grand écrivain anglais fils d’un tailleur de pierre qui fut aussi architecte, qu’on ne lit plus beaucoup de nos jours mais pour lequel l’auteure n’a jamais caché son admiration.

Née en 1938 dans une famille de diplomates anglo-hollandaise, Helen rencontre à Rome le jeune Frank Appledore dont le père travaille aussi à l’ambassade du Royaume-Uni. Deux jeunes détestant leur famille « d’une haine sidérale » qui, de ce fait, noueront d’emblée un intense et complexe lien d’amitié. D’une amitié amoureuse qui s’avérera très déséquilibrée.

Le Siège de Vienne, Horia Ursu

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Le Siège de Vienne, éditions Xenia, avril 2018, trad. roumain Florica Courriol, 368 pages, 20 € . Ecrivain(s): Horia Ursu

 

 

Publié en 2007 en Roumanie, Le Siège de Vienne – qui demanda treize années d’écriture à Horia Ursu – fut encensé par la critique et couronné par de nombreux prix. C’est un roman d’une extrême richesse et d’une très belle écriture métaphorique à l’élégante ironie, magistralement mené par un auteur érudit non avare de citations et possédant l’art de la suggestion comme le sens de la formule. Un roman à la fois drôle et profond, réaliste et fantaisiste, où s’équilibrent descriptions, dialogues aux nombreux registres linguistiques et commentaires analytiques, et se combinent de multiples tonalités mêlant notamment l’absurde et l’insolite d’un Ionesco et d’un Beckett à l’onirique et au fantastique d’un Boulgakov.