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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Le Grand Jeu, Céline Minard (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 10 Janvier 2019. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Rivages poche, Roman

Le Grand Jeu, 220 pages, 7,80 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Rivages poche


Le Grand Jeu nous propose un intense questionnement s’incarnant dans une forme romanesque permettant à son auteure de nous entraîner avec légèreté dans un parcours philosophique et métaphysique ardu. Céline Minard aime en effet « transmettre du désir pour une littérature qui donne à penser ».

Expérimentant sans cesse de nouveaux espaces d’écriture, elle ouvre cette page en altitude sur une paroi verticale surplombant le vide : un espace, un territoire « qui est là » mais qui est aussi « ailleurs », depuis lequel une alpiniste solitaire, se plaçant délibérément dans des conditions extrêmes, cherche à se dépasser, semblant viser une transcendance spirituelle. Et, avançant « pas à pas avec constance », en « gagnant patiemment des centimètres », le poids du corps sur chaque prise comme « une syllabe pensée », dirait Erri de Luca, selon lequel il appartient à l’écrivain d’ouvrir des voies sur la neige vierge et non de suivre une trace déjà battue.

Sous l’œil du chat, Anna Felder (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 12 Décembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Italie, Roman

Sous l’œil du chat, Le Soupirail, septembre 2018, trad. italien (Suisse) Florence Courriol-Seita, 180 pages, 20 € . Ecrivain(s): Anna Felder


Publié en 1974 en Italie chez Einaudi grâce à la recommandation enthousiaste d’Italo Calvino, le deuxième roman de l’écrivaine suisso-italienne Anna Felder – qui vient de recevoir le grand prix suisse de littérature 2018 pour toute son œuvre – est enfin sorti en version française dans la traduction fine et sensible de Florence Courriol-Seita et sous le titre Sous l’œil du chat.

La polysémie du titre italien ne pouvait en effet être rendue en français (La disdetta signifiant « l’avis d’expropriation » mais aussi « la malchance »), et la traductrice, en total accord avec l’auteure, a préféré une expression renvoyant à l’originalité du point de vue narratif et de la tonalité de cette « fiction féline ».

L’exil d’Ovide, Salim Bachi (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Maghreb, Récits, Jean-Claude Lattès

L’exil d’Ovide, octobre 2018, 190 pages, 17 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Jean-Claude Lattès

 

Dans ce dernier livre mêlant l’autobiographie, le récit de voyage et l’essai, Salim Bachi, auteur algérien ayant quitté son pays encore en proie à la guerre civile et lieu de ses premières désillusions amoureuses pour renaître écrivain à Paris avec Le chien d’Ulysse (Gallimard, 2001), nous entraîne dans une promenade littéraire en compagnie d’Ovide marquée du sceau de l’exil et plombée par le soleil noir de la mélancolie.

Seul dans son appartement parisien déserté par sa famille, l’auteur s’échappe dans son esprit et son imaginaire, arpentant avec le poète antique, mais aussi avec Joyce et Pessoa, les villes de Rome ou de Lisbonne dans lesquelles il eut l’occasion de séjourner, évoquant au passage d’autres exilés célèbres comme Alfred Döblin, Thomas Mann ou Stefan Zweig. Et son errance labyrinthique rebondissant d’un exil à l’autre le mène à Grenade où, parti en 2005 sur les traces de Federico Garcia Lorca, il avait frôlé la mort et traversé une grave crise dont témoigne son Autoportrait avec Grenade (éditions du Rocher, 2005), avant de reprendre un long parcours essentiellement romanesque et de fonder une nouvelle famille.

Où vivre, Carole Zalberg (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 23 Octobre 2018. , dans La Une Livres, En Vitrine, Les Livres, Critiques, Roman, Grasset

Où vivre, octobre 2018, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Carole Zalberg Edition: Grasset

 

Carole Zalberg est issue d’une famille juive polonaise exilée en France à la veille de la guerre de 1940, sa mère ayant été une enfant cachée (épisode qu’elle relate à hauteur d’enfant dans son roman Chez eux), tout comme sa tante qui, en 1948, fit le choix de s’installer en Israël, participant dans de dures conditions à la fondation du kibboutz Kfar Hanassi en Galilée.

Son dernier roman Où vivre, dont le projet lui avait valu en 2015 une bourse Stendhal lui permettant de revenir pour un mois d’enquêtes et de retrouvailles dans ce pays qu’elle n’avait pas visité depuis des vacances datant de plus de trente ans, s’inspire de la vie de cette famille que l’exil rassemble et éloigne – tout comme A défaut d’Amérique – et principalement de celle ses trois cousins germains nés en Israël. Un roman dont on avait pu approcher la genèse dans son journal de voyage publié sous le titre A la trace où elle éclairait déjà ces cicatrices dans lesquelles l’histoire s’incarne comme l’ambiguïté du rapport de chacun à cette terre magnifique et compliquée. Et qui approfondit encore ce thème de la résilience irriguant toute son œuvre.

Les Billes du Pachinko, Elisa Shua Dusapin (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Septembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Zoe

Les Billes du Pachinko, août 2018, 144 pages, 15,50 € . Ecrivain(s): Elisa Shua Dusapin Edition: Zoe

Les Billes du Pachinko, second roman très attendu d’Elisa Shua Dusapin, vient confirmer sans conteste le talent de cette jeune écrivaine. Après Hiver à Sokcho, roman identitaire et existentiel en demi-teintes se déroulant dans une petite station balnéaire endormie d’une Corée du Sud hivernale, il nous transporte, lui, dans la trépidante capitale japonaise de Tokyo par une chaleur estivale d’une moiteur étouffante. Et on y retrouve cette capacité de l’auteure à créer par petites touches délicates une atmosphère singulière et à saisir le monde intérieur de ses personnages grâce à une écriture dépouillée tout en finesse. Une écriture concrète et précise s’attachant à nommer les choses, à la fois sensuelle et imagée, attentive aux sons, aux odeurs et aux matières et riche de significations souterraines. Une écriture sensible et subtile introduisant une sorte de flottement, de décalage et de confusion entre monde extérieur et intérieur, où les paysages décrits reflètent en partie des paysages mentaux comme les infimes faits quotidiens relatés viennent souvent faire écho à des états émotionnels, les animaux et les choses disant aussi indirectement beaucoup de la manière dont est perçue le monde.