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Articles taggés avec: Benjamin Dias Pereira

Banzo, Mémoires De La Favela, Conceição Evaristo

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 21 Juin 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Amérique Latine

Banzo, Mémoires De La Favela, Éd. Anacaona, mars 2016, trad. portugais (Brésil) Paula Anacaona, ill. Lúcia Hiratsuka, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Conceição Evaristo

De la langue portugaise, saudade est le mot le plus difficile à traduire. Il désigne un état nostalgique, une mélancolie, un sentiment de tristesse associé à un manque profond… Le terme de banzo, propre aux esclaves du Brésil nés en Afrique, probablement issu de la langue kongo, peut également revêtir cet aspect. Il évoque, lui, une forme de nostalgie parfois mortelle, un manque du pays, un déracinement profond. Des aspects qu’il nous est essentiel de comprendre – ou du moins se doit-on d’essayer – avant d’entreprendre la lecture de Banzo, Mémoires De La Favela.

Récit aux échos autobiographiques, Banzo, Mémoires De La Favela nous emporte sur le chemin de ces sentiments redoutables que Tite-Maria, malgré son jeune âge, s’efforcera de maîtriser et de canaliser après s’être immergée puis noyée avidement dedans. Néanmoins cette collectionneuse d’histoires – celles de la favela et des personnes qui la composent – n’est pas dénuée de pouvoir : elle sait lire et écrire.

« Un jour, elle raconterait, libérerait, ferait résonner les voix, les murmures, les silences, les cris étouffés de chacun et de tous. Tite-Maria écrirait un jour la parole de son peuple ».

À Lisbonne j’ai pensé à toi, Luiz Ruffato

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 01 Septembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Amérique Latine

À Lisbonne j’ai pensé à toi, éd. Chandeigne, mars 2015, trad. du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse, 112 pages, 16 € . Ecrivain(s): Luiz Ruffato

 

Quasi-documentaire sur l’immigration vécue de l’intérieur, À Lisbonne j’ai pensé à toi s’intéresse à l’individu, et par conséquent à la vie de Serginho, un Brésilien de Cataguases (Minas Gerais) qui finira par quitter son pays pour le Portugal. Les deux chapitres, Comment j’ai arrêté de fumer et Comment j’ai recommencé à fumer, forment ainsi les temps du récit et du voyage.

La première partie est celle de la prise de décision et du départ. Homme modeste, Serginho a cumulé les mauvais choix, notamment celui de sa femme plutôt imposée, cette dernière s’avère folle, et la famille de cette dernière est opportuniste. Notre héros doit lui-même composer avec sa propre sœur et sa mère, ou encore avec son fils dont il perd vite la garde. Encouragé par un ami, médecin, Serginho arrête de fumer et également exhorté par son entourage, il se décide à quitter le Brésil pour l’Europe, sorte de terre promise, notamment Lisbonne et le Portugal. Galvanisé par tous et la fortune à venir, Serginho se prend à rêver de partir là-bas pour mettre de l’argent de côté, revenir riche au Brésil, et ainsi devenir rentier et offrir un avenir à son fils et même se voir appeler Sergio ou encore M. Sergio. Les clichés sur l’Europe et le Portugal sont alors présents, montrant davantage leur méconnaissance.

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, João Paulo Cuenca

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue portugaise, Roman, Amérique Latine, Editions Cambourakis

La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident, janvier 2014, traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, 141 pages, 18 € . Ecrivain(s): João Paulo Cuenca Edition: Editions Cambourakis

Roman brésilien à la japonaise ou roman brésilien à la japonaise, La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est tout bonnement un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié). Et, c’est plutôt sa provenance qui semble douteuse. La littérature et la culture nippones ont influencé bien des auteurs – notamment au pays de la samba, du fait même de la forte communauté japonaise qui y vit depuis le début du XXe siècle. L’auteur, Bernardo Carvalho, évoquait il y a peu le lien qui existe entre le Brésil et le pays du Soleil-Levant dans son roman Le soleil se couche à São Paulo (2008) – où Tōkyō nous était grandement décrite à travers les yeux d’un gaijin (étranger en japonais) ou plutôt d’un nisei, terme qui désigne un émigré japonais de deuxième génération.

Là où João Paulo Cuenca fait fort, c’est qu’il nous décrit l’univers tokyoïte à travers les yeux d’un natif mais surtout à la manière d’un natif. Le Tōkyō secret dans lequel évolue Shunsuke – le personnage principal – n’est pas sans rappeler le Londres de 1984 puisqu’à l’aide d’un gigantesque système d’espionnage notre héros vit sous l’observation constante des agents de son père, M. Okuda qui satisfait ainsi ses pulsions malsaines et perverses voire sadiques envers « [s]on petit fugu débile ».

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Mardi, 25 Novembre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Mirobole éditions, Russie, Récits

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, avril 2014, traduit du russe par Raphaëlle Pache, 250 pages, 20 € . Ecrivain(s): Vladimir Lortchenkov Edition: Mirobole éditions

 

Fable satirique, Des mille et une façons de quitter la Moldavie nous entraîne en Orient mais est loin de nous faire rêver à la façon des Mille et une nuits. Vladimir Lortchenkov n’est clairement pas Schéhérazade et il dresse un portrait acerbe et froid – à peine contrebalancé par l’humour noir – de ce petit État de l’Europe, coincé entre l’Ukraine et la Roumanie. Et donc pris en étau entre le monde russophone et l’Union européenne, entre ce qui semble être d’un côté le passé et de l’autre le futur. Mais ni l’un ni l’autre ne semble glorieux, même si tous deux semblent plus prometteurs que ce présent dans lequel le pays est tout entier coincé.

Cela dit, il ne faut point se méprendre, car l’auteur moldave russophone tape sur tout et tout le monde et personne n’échappe à sa critique acérée, de ce grand-frère roumain qui n’arrête pas de rejeter et d’humilier son puîné ou encore de cette Union européenne qui parle plus qu’elle n’agit et qui aux grands maux ne sait point appliquer les bons remèdes, ne délivrant bien souvent que de grands mots.

Charbon animal, Ana Paula Maia

Ecrit par Benjamin Dias Pereira , le Lundi, 13 Octobre 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Langue portugaise, Roman

Charbon animal, Éditions Anacaona, traduit du portugais (Brésil) par Paula Anacaona, octobre 2013, 137 p. 15 € . Ecrivain(s): Ana Paula Maia

 

Du rouge du feu au noir du charbon, le roman d’Ana Paula Maia nous entraîne dans le quotidien de deux frères qui vivent dans une petite ville minière du Brésil. Loin de la jungle urbaine, thème de prédilection de ses contemporains, l’auteure décrit le chaos existentiel que l’on retrouve partout et les drames humains qui jalonnent alors la vie. Ernesto Wesley, pompier par nature et par vocation, affronte les flammes et vient en aide aux blessés ; tandis que Ronavron Wesley, crémateur par dépit, brûle les morts et broie les restes. Ainsi, tous deux, à leur manière, tentent de contrôler cet élément qui ravage tout sur son passage et devient en quelque sorte le rival de l’homme.

« Le feu se multiplie toujours en feu. L’oxygène le maintient vivant – comme l’homme. Sans oxygène, le feu s’éteint, comme l’homme. Le feu a besoin de s’alimenter pour rester en vie – comme l’homme. L’homme meurt par manque d’air. La flamme aussi ».

La comparaison s’établit donc entre ces deux adversaires, qui peuvent difficilement coexister ni même se passer réellement l’un de l’autre, et sont au final si similaires par leur côté destructeur et quasi incontrôlable.