Identification

Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

La folie raisonnable d’un écrivain

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 19 Décembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Depuis plusieurs mois je n’ai rien écrit. Je ne faisais que lire les mots des autres. J’avoue que ce n’est pas facile d’écrire. Alors cher lecteur tais-toi et arrête de dire n’importe quoi sur mes écrits ; d’ailleurs tu réfléchis pendant une heure pour écrire un S.M.S à ta copine. Ta gueule !

Je n’ai rien écrit depuis longtemps, certes, mais je tissais dans ma tête, qui se querelle sans cesse avec mon corps, une nouvelle fiction ; j’y pensais et j’y pense en marchant, en mangeant, dans les cafés…et même dans les toilettes.  Les toilettes sont un bon espace d’inspiration ; je m’y oublie parfois en faisant mes besoins et cela me donne l’envie d’y installer mon bureau et un petit arbre. Je délire ? Non. L’essence de l’écriture c’est la folie raisonnable.

Je suis dans ma chambre de travail qui constitue mon isoloir, voire mon îlot. Sur le bureau : des crayons, du papier blanc (cela me rappelle les femmes blanches pour qui j’ai un grand faible), un café noir, et des chaussettes puantes que j’ai jetées hier. Hum, j’adore ma chambre en désordre ! Au dessus, accroché au mur, un portrait de Mohammed Dib. Je lui fais un clin d’œil.  En entrant, j’ai accroché un écriteau sur la porte : silence l’écrivain délire.

Achille à la plage

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 12 Novembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Le jeune homme Mourad habitait dans un beau village au nord de l’Algérie ; donnant sur la Méditerranée qui était autrefois un carrefour de cultures, adossé aux montagnes, ce village était réputé par la beauté de sa plage. Pendant l’été – saison propice pour les vacances – on y venait des différentes régions de l’Algérie.

Habitant au sud du village, Mourad devait prendre le bus pour gagner la plage. Une fois arrivé face à la mer, il se promenait sans répit sur le rivage au sable doux pour trouver une amoureuse. Chercher l’amour à la plage, voilà le désir ardent qui l’incitait à y aller très souvent. Il renonça cependant d’y aller à cause de l’événement humiliant qui lui était arrivé un certain vendredi.

Par nature, Mourad avait une grande taille, les épaules hautes et la poitrine dure. Par nature. Brun, il était surnommé Achille par les gens qui le connaissaient bien. Ce sobriquet avait une histoire. Féru de films de guerre, il avait suivi l’an passé une adaptation cinématographique de l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et, sans avoir bien compris les événements, était profondément fasciné par le personnage Achille, héros de la guerre de Troie. À force d’en parler à ses amis, ceux-ci avaient fini par le surnommer Achille. Fier de sa taille, il se prenait pour un preux chevalier, un héros invulnérable. Contrairement aux gens qui n’aimaient guère les surnoms, lui, il préférait le surnom Achille à son prénom Mourad. Cela le flattait. Dilatait davantage son orgueil.

Mes femmes, Abbes Bahous

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 02 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Maghreb, Roman

Mes femmes, TheBookEdition, Lille, 2012, v. papier, 163 pages, 8,79 € . Ecrivain(s): Abbes Bahous

Mes femmes est un roman qui peint les relations hommes-femmes à travers plusieurs thèmes comme l’amitié, l’amour, le mariage, et la condition féminine. Il montre notamment comment peut-on avoir peur du mariage.

Comprenant trois chapitres – Une femme de caractère, Mes femmes, Le choix de Mourad –, le roman Mes femmes est une version rapportée, fidèle malgré les nuances, de l’histoire de Yasmina et Mourad. Ces derniers se sont connus grâce à internet dans les années 2000. « C’est extraordinaire et horrifiant à la fois. Notre vie, nos rencontres, notre destin… Tout cela ne tient qu’à un fil ! » (p.4). Avec le temps, ils s’habituent l’un à l’autre et se trouvent liés par une forte amitié, transformée ensuite en un amour qui se dit et se ressent.

Depuis une vingtaine d’années, Mourad vit seul dans un appartement à Oran. Yasmina y vient de temps en temps pour le voir, mais surtout pour apaiser son âme endolorie en se confessant : lors de chaque rendez-vous elle extirpe un pan de sa vie. Agée d’une trentaine d’années, c’est une femme franche et audacieuse, « jolie, posée, calme et quasi olympienne » (p.30). Elle a été maltraitée par sa famille puis par son mari avec qui elle fermait les yeux sur beaucoup de choses, avalant même sa fierté jusqu’au jour où le divorce s’est imposé. « J’ai divorcé mentalement depuis longtemps, bien avant la séparation, des années auparavant » (p.57).

Féminismes, ailleurs, Collectif

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 12 Avril 2013. , dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Essais, Editions Indigène

Féminismes, ailleurs, Collectif (Claire Auzias, Lina Ben Mhenni, Marcia Langton, Malika Mokeddem, Michèle Therrien), 40 pages, v. papier, 2,94 € Edition: Editions Indigène

 

 

Indigène éditions a lancé une nouvelle collection dédiée aux voix féminines : Femmes, où en êtes-vous ?

On y trouve, en plus d’autres titres, Féminismes, ailleurs. Commençant par une introduction de Sylvie Crossman, ce petit essai collectif comprend cinq petits textes écrits par cinq femmes, sur les femmes.

Cinq femmes caractérisées par une pensée savante, libre, mais jamais séparées de la complexité, de l’implacabilité du réel. Solidaires de leur peuple ou de leurs sœurs, mais sans concession envers les dérives de leur tradition, et toujours reliées à l’espérance (p.5).

Chacune d’elles parle des femmes dans une aire culturelle et géographique précise, d’où l’exigence de mettre le mot Féminisme au pluriel.

La dernière nuit de L'Emir, Abdelkader Djemaï

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 29 Mars 2013. , dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Maghreb, Roman, Seuil

La dernière nuit de l’Émir, 2012, 160 pages, 14,44 € . Ecrivain(s): Abdelkader Djemaï Edition: Seuil

 

Dans un récit où la réalité et la fiction, l’Histoire et l’épopée se mêlent et cohabitent intimement, Abdelkader Djemaï fait revivre l’Émir Abd el-Kader. Le fil conducteur de ce récit étant le thème de l’exil.

Chef de résistance, poète et ami des livres, un esprit humaniste d’une grande ouverture, l’Émir Abd el-Kader (1808-1883) a inspiré par sa vie et ses actes tant d’essayistes et d’artistes, du XIXe siècle à nos jours ; tant de livres d’Histoire, de peintures, de récits… lui ont été consacrés.

S’inspirant largement de la vie de l’Émir, Abdelkader Djemaï focalise son livre La dernière nuit de l’Émir, un récit, sur le dernier jour que l’Émir, ses proches, et ses compagnons ont passé sur le sol natal : le 24 décembre 1847. Après plus de dix années de résistance, marquées par des trêves et des traités (Traité Desmichels, Traité de Tafna), l’Émir décide de se rendre aux Français, sentant l’impuissance des tribus face à une armée puissante en matériel et en nombre. L’Émir obtient, lors de sa reddition, la promesse d’être conduit avec ses compagnons à Alexandrie ou à Saint-Jean-D’acre.