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Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

Fatwa meurtrière

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 20 Décembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED

 

Un père, une maman, et deux fils. Voilà ma famille. Mon père reçoit une prime de militant alors que, selon les témoignages, il n’a jamais fait la guerre. Ma mère est analphabète au front tatoué. Tabassée  souvent par mon géniteur, elle a fini par prendre les gifles pour une bénédiction. Mon frère est islamiste et imam. Il n’y a  que moi qui écris de gauche à droite, parlant une langue qu’ils prennent pour une musique et un signe de féminité.  Mon frère ne m’a jamais parlé ou regardé dans les yeux. Il est le feu, je suis la glace. Mes parents l’aiment beaucoup parce qu’il leur jure que leur place est dans le Paradis. Il leur dessine ainsi des rivières infinies  et  des châteaux lumineux. Un  jour, j’ai trouvé ma chambre en grand désordre : livres et manuscrits brulés, portraits arrachés des murs, et cette phrase accrochée à la porte «  Tu dois mourir ». Je n’ai rien dit. Le vendredi,  il  fait une fatwa pour me tuer.  Fatwa meurtrière. Après la fin de son prêche il entre dans  ma chambre, un couteau dans la main, et le nom d’Allah au bout de la langue.  Gardant mon sang  froid, je  le prie pour une discussion à bâtons rompus. Il accepte difficilement :

Kahba sous le hijab

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 13 Décembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Kahba (1) se lève et quitte son matelas mouillé. C’est une jeune fille au visage innocent. Elle a passé une nuit blanche en parlant de sexe à un mec au téléphone. Faire l’amour par téléphone, grâce aux offres des sociétés de télécommunication, est un phénomène d’actualité en Algérie. Comment ? Voici un exemple : « tu es sur moi ma belle, monte et descends vite. Changeons de position. Crie fort pour m’exciter. On va finir, ouvre ta bouche… » Bref, c’est une façon de briser l’interdit social et religieux de sexe par téléphone.

Elle ne prend même pas une douche, ne change pas ses sous-vêtements que sa sœur aînée lui a légués. Une odeur suffocante s’échappe d’elle. Une chèvre humaine. Elle met son jean altéré par les multiples nettoyages, son foulard, et son hijab noir devenu marron avec le temps. Un café. Sac. « Je vais à l’université maman, j’ai des examens » dit-elle à sa mère, une femme conservatrice au front tamponné par les prières, qui a eu l’occasion de faire le pèlerinage et pleurer sur la tombe du Prophète. « Bon courage ma fille. Va sous la protection d’Allah ! »

À la recherche de Dieu et du miel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 24 Novembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Pour la première fois, je mets les pieds sur le sol de la France dont je pratique la langue et déguste le vin. D’ailleurs, je n’ai jamais quitté mon pays. Je suis un arbre dont les racines sont attachées aux branches, un jeune homme assombri par le noir de mon Algérie.

Dans mon cabas : du tabac, une chicha (narguilé), et des livres. Sur mon dos : de la solitude et de l’amertume née en moi parce que mon père est né après l’Indépendance. J’arrive sur Paris que je n’ai connu que par la lecture. Paris est une femme libre mais encore vierge et séduisante. J’ai le vertige tel Raskolnikov après son crime. Le bruit des engins et le son de la rapidité se mêlent dans ma tête solitaire. Chose étonnante : ici les femmes sont moins nues que chez nous où des femmes portent des minijupes et des collants translucides en plein hiver.

J’entre dans un café. Je trébuche sur les marches. Ma tête est devenue une boite de Pandore. Je veux quitter vite cette terre : à cet instant, la modernité me semble une imposture. Je commande un café. Je sors un roman que je lis pour la deuxième fois : Au pays de Tahar Ben Jelloun. Je déteste le personnage de ce roman qui s’accrochait tellement à l’avenir qu’il avait oublié de vivre, perdant ainsi le sens de son être qu’il avait construit depuis des années en France. La vie est comme un briquet que je perds quelques heures après son achat. Des nuages de cotons.

Sisyphe en Algérie

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 10 Octobre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je suis face à la mer. Un carré de la Méditerranée. Médi-tyrannie. Elle est calme comme ce monde avant la naissance des montagnes. Il fait chaud. Trop.

Je suis brun, presque basané, et donc le produit dérivé de la peau noire. Je commence à enlever mes sandales de caoutchouc, puis mes vêtements et mes sous-vêtements salis par mes pensées nocturnes. Je suis nu. Je dépose par terre le fardeau de mes ancêtres que je porte sur mon dos depuis que je suis né et que j’ai rempli un vide dans l’existence. Pourquoi on naît, si on meurt après ? Je fais du tout un amas, une sorte de montagne en papier. Debout sur le rocher, nu, je suis prêt à sauter. Je ne porte rien sur moi, ni passeport, ni sac à dos, ni provisions, ni une langue.

Mes chaussures, mes vêtements, et mes ancêtres tendent la main tentant de me retenir par les pieds. En vain. Je lève le bras pour leur dire au-revoir, peut-être adieu, et je saute dans l’eau, tête la première.

L’objectif, ce silence sonore

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 19 Août 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Il s’est tout permis

Symptômes d’orages

Mais on le trompe et c’en est fait

Chasser les oiseaux migrateurs

Qu’est-ce qu’il peut objecter ?

Arrière-pensée superflue

L’agilité de matelots