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La burqa m’a tuer

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

 

Je souffrais d’un trouble qui s’appelait VISA. Ni la religion, ni la science, ne pouvaient y remédier. Sans travail et sans amour, je passais mon temps dans les cafés, à jouer au domino avec les vieux, à adosser mon dos contre les murs humides. Dans la rue, je trébuchais à cause de la fatigue de la masturbation, le seul don que j’avais. Pour quitter mes vêtements et ma terre, je fumais des joints de haschich offerts par mes amis et commençais à tracer dans ma tête une nouvelle carte géographique du monde. Nombreux étaient les gens qui jouaient le même personnage que moi. Ils se multipliaient au fur et à mesure et le théâtre ne suffit plus. De temps en temps, un personnage tombait de l’estrade dans le sol de la folie. Sur les nuages du haschich, je rêvais d’être un animal pouvant faire l’amour quand bon lui semblait, un oiseau capable de sillonner les continents sans perdre son plumage ; je rêvais d’un séisme qui nous collerait, de par sa force, à la France, où à un autre pays marchant de gauche à droite.

Les Fleurs du Bien

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 14 Février 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Dans les rayons de tes champs

Dans tes dunes sans aventuriers

Dans ton bateau sans matelots

Dans tes feuilles allongées

Dans tes montagnes sans rivières

Dans les couloirs de tes poèmes

Dans ta ruche sorcière

Maudite soit ma mère

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Février 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

 

Je suis entré en Espagne le jour de la chute du mur de Berlin. C’était le jour où le mur existentiel s’était écroulé en moi aussi. J’avais toujours rêvé de mettre les pieds en Espagne : j’en avais fait un mythe. Chaque soir j’allais m’asseoir face à la Méditerranée. Je me posais cette question : comment quelques kilomètres d’eau douce et calme pouvaient séparer deux vies, deux états d’âme, contradictoires ? Face à l’étendue bleue pleine de richesses, je m’approchais de l’eau comme un néo-Narcisse. Elle reflétait mes tristesses enfouies, ma vanité, et l’hypocrisie des miens qui ont transformé la terre en caserne et l’islam en masque. Je fumais des joints de haschich l’un après l’autre. Et comme si je possédais la lampe d’Aladin, je me voyais léger, blond, heureux sur la terre espagnole ; un bavard dans un monde calme. Avec le temps, la mer avait marre d’intérioriser ma catharsis et commença à refléter sa mélancolie dans mes yeux couleur d’angoisse.

Le Panthéon des vivants

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Vous êtes face à un tableau qui représente une terre et un drapeau. C’est un tableau magique. Déshabillez-vous et entrez dedans. Imaginez un Théâtre dont la dimension échappe aux yeux. Il n’y a que l’estrade et les fauteuils poussiéreux. Le toit est nu, et vous, vous pouvez voir les nuages et les mouettes. Les murs sont supprimés et vous pouvez voir clairement les cieux et les anges transportant les archives des vivants et des morts. Depuis notre venue du néant, nous sommes des millions de personnes, tous sexes et âges confondus, entassées dans cet espace existentiel, ce Panthéon de vivants, semblable à un mythe géographique.

Jadis c’était un centre des civilisations, un carrefour des différentes cultures et langues. Des années après l’Indépendance il est devenu un royaume égoïste et injuste, dirigé par un Dieu humain. Il tient le Théâtre depuis des décennies. C’est un vieux qui porte le masque d’un jeune prince charmant au sourire éternel. A vrai dire, il est mieux découvert avec son masque. Nous n’avons jamais mis les pieds hors de ce lieu. Notre Dieu répète sans cesse que nous sommes le Centre de l’Univers et que la Terre est moins petite que son masque.

Fatwa meurtrière

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 20 Décembre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED

 

Un père, une maman, et deux fils. Voilà ma famille. Mon père reçoit une prime de militant alors que, selon les témoignages, il n’a jamais fait la guerre. Ma mère est analphabète au front tatoué. Tabassée  souvent par mon géniteur, elle a fini par prendre les gifles pour une bénédiction. Mon frère est islamiste et imam. Il n’y a  que moi qui écris de gauche à droite, parlant une langue qu’ils prennent pour une musique et un signe de féminité.  Mon frère ne m’a jamais parlé ou regardé dans les yeux. Il est le feu, je suis la glace. Mes parents l’aiment beaucoup parce qu’il leur jure que leur place est dans le Paradis. Il leur dessine ainsi des rivières infinies  et  des châteaux lumineux. Un  jour, j’ai trouvé ma chambre en grand désordre : livres et manuscrits brulés, portraits arrachés des murs, et cette phrase accrochée à la porte «  Tu dois mourir ». Je n’ai rien dit. Le vendredi,  il  fait une fatwa pour me tuer.  Fatwa meurtrière. Après la fin de son prêche il entre dans  ma chambre, un couteau dans la main, et le nom d’Allah au bout de la langue.  Gardant mon sang  froid, je  le prie pour une discussion à bâtons rompus. Il accepte difficilement :