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Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

Hizya, Maïssa Bey

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman, Barzakh (Alger)

Hizya, éd. Barzakh, Alger, L’Aube, 2015, 324 pages . Ecrivain(s): Maïssa Bey Edition: Barzakh (Alger)

 

Le Moi entre poésie et réalité


Au commencement était la légende de Hizya. C’est l’histoire d’une belle femme qui disparut très jeune, au XIXème siècle. Son amoureux Sayed, foudroyé par le chagrin, fit écrire un poème par Ben Guittoun pour exprimer le malheur qui avait bouleversé son âme suite à la disparition de sa bien-aimée Hizya. La légende influença différents artistes, devenue au fil des temps une célèbre chanson du patrimoine algérien :

« Amis, consolez-moi ; je viens de perdre la reine des belles/ Elle repose sous terre/ Un feu ardent brûle en moi !/ Ma souffrance est extrême/ Mon cœur s’en est allé avec la svelte Hizya », chantait Ben Guittoun pour traduire la mélancolie de Sayed.

Je suis Alep, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 05 Janvier 2017. , dans La Une CED, Ecriture

 

Aujourd’hui, ma ville Alep est morte. Pas hier. Je n’ai pas reçu un télégramme. J’ai vu ça de mes propres yeux d’enfant solitaire.

Alep est calcinée. Alep baigne dans le sang. Alep est ensevelie sous la poussière. On a tué ma ville. On a coupé la dernière veine d’espoir. Ma ville a été violée en silence, chez elle.

Je suis un enfant sans parents, et maintenant sans ville. Je sens en moi le bruit des bombes et l’amas des ruines. Ma ville est morte sous votre silence. Vous nous avez fabriqué une marionnette avec une barbe et un drapeau noir. Ensuite vous l’avez clouée sur l’estrade en nous obligeant de regarder. Vous nous avez volé notre pays, ensuite notre vie, et enfin notre sourire. Mon frère Alyan est mort ailleurs, bercé par les vagues, les lèvres figées sur un soupir. Et vous n’avez que pris des photos de lui ! Mon frère Alyan n’a intéressé le monde que par sa position sur le sable. Comme l’histoire de ce Meursault qui a tué un Arabe sur une plage déserte : il vous a tellement séduit par ses mensonges que vous avez oublié l’Arabe criblé.

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 09 Décembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Barzakh (Alger)

Des pierres dans ma poche, Kaouther Adimi, Seuil, mars 2016 (éd. Barzakh, Alger, 2015), 178 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Barzakh (Alger)

 

Un pont entre l’Algérie et la France

Des pierres dans ma poche est le deuxième roman de Kaouther Adimi, précédé par L’envers des autres (Actes Sud). Dans ce nouveau roman, la narratrice est une Algérienne trentenaire qui vit à Paris, passant sa vie entre appartement, travail, et discussions avec la « sans-maison » Clothilde. Un jour, elle reçoit un appel de sa mère lui annonçant les fiançailles de sa sœur, moins âgée qu’elle. Désormais, la maman ne cesse de lui répéter cette phrase : il ne reste que toi à marier. Cette nouvelle fait submerger chez la narratrice un essaim de questionnements relatifs à son être et son devenir : pourquoi vivre loin d’Alger, se marier ou rester célibataire, choisir avec minutie l’homme de sa vie ou se caser par tradition avec un inconnu… Ces questionnements affûtent leur urgence et revêtent une dimension existentielle.

« Mes angoisses prennent le contrôle de mon existence. Elles m’assurent qu’il est trop tard… Elles m’agressent » (p139).

Le jour du séisme, Nina Bouraoui

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 24 Novembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Barzakh (Alger)

Le jour du séisme, mars 2016, 104 pages . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Un séisme existentiel

Alger tremble le 10 octobre 1980. La terre n’est que ruines, poussières, et pertes. Le séisme exprime la fin, mais pour la narratrice, une enfant, c’est le point de départ de son histoire. Elle décrit d’abord la géographie d’Algérie mutilée par la catastrophe qui lui a arraché son enfance, son attachement à la terre, Arslan et Maliha, son être. L’après-séisme est un néant. « Je deviens seule en Algérie. Je suis perdue dans mon enfance, arrachée » 80. Condamnée à la solitude, la narratrice sombre ensuite dans un gouffre de souvenirs et de rêves absurdes. Elle ne voit pas les traces du séisme, elle les vit et les apprivoise. Egrenant le chapelet de ses pensées surréalistes, elle trouve un refuge dans le désert et la mer. Ainsi, dans ce bref récit, alternent des images du séisme ayant dénaturé la terre, et des images d’un séisme interne vécu par la narratrice et qui grandit chaque instant en elle-même.

Novembre noir, masques blancs, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 16 Novembre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Le premier Novembre approche. Fête de déclenchement de la Guerre de Libération en Algérie. Le jour où les montagnes ont répété le même mot : la guerre. L’on commence déjà à laver les routes et les trottoirs, à étendre des kilomètres de drapeaux multicolores, à aiguiser les larynx pour lancer des youyous stridents, à préparer des statuts pour les réseaux sociaux, et à astiquer les fusils pour lancer des balles dans l’air. Vue du ciel, l’Algérie est une fête, un manteau d’Arlequin.

La terre alourdit ses mouvements. Le Premier Novembre arrive lentement mais ce n’est pas un Godot. Des réunions. Tous âges. Des responsables. Des jeunes ramassés de partout. Des moudjahidines dont certains énoncent d’amples mensonges pour justifier l’encaissement d’une pension de militaire. Des imams expliquent la guerre, l’identité algérienne et ses aspirations par des versets et des dits prophétiques en projetant la charia sur le Panthéon de l’Histoire. Des scouts étranglés par leur cravate, attendant la distribution des pâtisseries. Des porteurs de fusils, flottant dans des djellabas pour ressusciter les martyrs bâillent déjà en attendant minuit pour cribler le ciel. Chacun prétend connaître l’Histoire et ses acrobaties. Enfin, tout est à sa place, l’amour du pays se reflétant dans chaque visage.