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Sisyphe en Algérie

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 10 Octobre 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je suis face à la mer. Un carré de la Méditerranée. Médi-tyrannie. Elle est calme comme ce monde avant la naissance des montagnes. Il fait chaud. Trop.

Je suis brun, presque basané, et donc le produit dérivé de la peau noire. Je commence à enlever mes sandales de caoutchouc, puis mes vêtements et mes sous-vêtements salis par mes pensées nocturnes. Je suis nu. Je dépose par terre le fardeau de mes ancêtres que je porte sur mon dos depuis que je suis né et que j’ai rempli un vide dans l’existence. Pourquoi on naît, si on meurt après ? Je fais du tout un amas, une sorte de montagne en papier. Debout sur le rocher, nu, je suis prêt à sauter. Je ne porte rien sur moi, ni passeport, ni sac à dos, ni provisions, ni une langue.

Mes chaussures, mes vêtements, et mes ancêtres tendent la main tentant de me retenir par les pieds. En vain. Je lève le bras pour leur dire au-revoir, peut-être adieu, et je saute dans l’eau, tête la première.

L’objectif, ce silence sonore

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 19 Août 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Il s’est tout permis

Symptômes d’orages

Mais on le trompe et c’en est fait

Chasser les oiseaux migrateurs

Qu’est-ce qu’il peut objecter ?

Arrière-pensée superflue

L’agilité de matelots

Aicha au bois dormant

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 10 Mai 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Quand j’étais élève au lycée, j’étais follement amoureuse de Hocine. Nous nous aimions l’un l’autre d’un amour platonique, transcendental. Et quand j’étais en terminale, notre amour était à son apogée. Tous mes collègues, garçons et filles, avaient peur de l’examen décisif du bac, hormis ceux et celles qui, comme moi, baignaient dans l’amour. Ce dernier ne laissait aucun sentiment perturbateur s’insinuer dans ma vie.

Je réussis facilement l’examen du bac et j’étais quelques mois après à la faculté des sciences humaines à Oran où j’étais orientée. Hocine, mon amoureux, était là aussi : il eut son bac la même année que moi, mais il choisit de suivre des études en médecine. Nous nous rencontrions presque tous les jours. Les weekends étaient aussi merveilleux que les autres jours : nous nous promenions dans la ville, et surtout au bord de la mer. Tout comme au lycée, j’étais une étudiante brillante ; conscients de ma gentillesse et de mon charisme, mes enseignants m’encourageaient davantage, me prêtant même leurs livres.

La folie raisonnable d’un écrivain

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 19 Décembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Depuis plusieurs mois je n’ai rien écrit. Je ne faisais que lire les mots des autres. J’avoue que ce n’est pas facile d’écrire. Alors cher lecteur tais-toi et arrête de dire n’importe quoi sur mes écrits ; d’ailleurs tu réfléchis pendant une heure pour écrire un S.M.S à ta copine. Ta gueule !

Je n’ai rien écrit depuis longtemps, certes, mais je tissais dans ma tête, qui se querelle sans cesse avec mon corps, une nouvelle fiction ; j’y pensais et j’y pense en marchant, en mangeant, dans les cafés…et même dans les toilettes.  Les toilettes sont un bon espace d’inspiration ; je m’y oublie parfois en faisant mes besoins et cela me donne l’envie d’y installer mon bureau et un petit arbre. Je délire ? Non. L’essence de l’écriture c’est la folie raisonnable.

Je suis dans ma chambre de travail qui constitue mon isoloir, voire mon îlot. Sur le bureau : des crayons, du papier blanc (cela me rappelle les femmes blanches pour qui j’ai un grand faible), un café noir, et des chaussettes puantes que j’ai jetées hier. Hum, j’adore ma chambre en désordre ! Au dessus, accroché au mur, un portrait de Mohammed Dib. Je lui fais un clin d’œil.  En entrant, j’ai accroché un écriteau sur la porte : silence l’écrivain délire.

Achille à la plage

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 12 Novembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Le jeune homme Mourad habitait dans un beau village au nord de l’Algérie ; donnant sur la Méditerranée qui était autrefois un carrefour de cultures, adossé aux montagnes, ce village était réputé par la beauté de sa plage. Pendant l’été – saison propice pour les vacances – on y venait des différentes régions de l’Algérie.

Habitant au sud du village, Mourad devait prendre le bus pour gagner la plage. Une fois arrivé face à la mer, il se promenait sans répit sur le rivage au sable doux pour trouver une amoureuse. Chercher l’amour à la plage, voilà le désir ardent qui l’incitait à y aller très souvent. Il renonça cependant d’y aller à cause de l’événement humiliant qui lui était arrivé un certain vendredi.

Par nature, Mourad avait une grande taille, les épaules hautes et la poitrine dure. Par nature. Brun, il était surnommé Achille par les gens qui le connaissaient bien. Ce sobriquet avait une histoire. Féru de films de guerre, il avait suivi l’an passé une adaptation cinématographique de l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et, sans avoir bien compris les événements, était profondément fasciné par le personnage Achille, héros de la guerre de Troie. À force d’en parler à ses amis, ceux-ci avaient fini par le surnommer Achille. Fier de sa taille, il se prenait pour un preux chevalier, un héros invulnérable. Contrairement aux gens qui n’aimaient guère les surnoms, lui, il préférait le surnom Achille à son prénom Mourad. Cela le flattait. Dilatait davantage son orgueil.