Identification

Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

Novembre noir, masques blancs, par Tawfiq Belfadel

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 16 Novembre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Le premier Novembre approche. Fête de déclenchement de la Guerre de Libération en Algérie. Le jour où les montagnes ont répété le même mot : la guerre. L’on commence déjà à laver les routes et les trottoirs, à étendre des kilomètres de drapeaux multicolores, à aiguiser les larynx pour lancer des youyous stridents, à préparer des statuts pour les réseaux sociaux, et à astiquer les fusils pour lancer des balles dans l’air. Vue du ciel, l’Algérie est une fête, un manteau d’Arlequin.

La terre alourdit ses mouvements. Le Premier Novembre arrive lentement mais ce n’est pas un Godot. Des réunions. Tous âges. Des responsables. Des jeunes ramassés de partout. Des moudjahidines dont certains énoncent d’amples mensonges pour justifier l’encaissement d’une pension de militaire. Des imams expliquent la guerre, l’identité algérienne et ses aspirations par des versets et des dits prophétiques en projetant la charia sur le Panthéon de l’Histoire. Des scouts étranglés par leur cravate, attendant la distribution des pâtisseries. Des porteurs de fusils, flottant dans des djellabas pour ressusciter les martyrs bâillent déjà en attendant minuit pour cribler le ciel. Chacun prétend connaître l’Histoire et ses acrobaties. Enfin, tout est à sa place, l’amour du pays se reflétant dans chaque visage.

Albert Camus, Cheb Banana et Chaba Ziza

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

C’est l’été 2015. Albert Camus rentre en Algérie. Depuis des années, il essaie de mettre un nouveau visage sur le pays de sa jeunesse. Pour apprivoiser la mer qu’il aime autant que sa mère, il prend le bateau. Le voyage lui semble une éternité, vu qu’il est hâté de mettre les pieds sur la plage où son Meursault avait criblé l’Arabe, de voir ces femmes aux saveurs uniques, de déambuler, un journal à la main, sous le soleil qui donne envie de faire l’amour ou de tuer. Une miniature infinie traverse son esprit. Des nuages se bousculent dans sa direction, portant des noms d’amis et de souvenirs éternels. Il sort une feuille et grave un court texte sans nationalité. Une femme se dirige vers lui. Elle ressemble à l’amante de Meursault, dansant dans sa robe couleur d’évasion. Ses petits seins ressemblent à des pigeons figés. « Bonjour cher Camus. Je suis Algérienne. Puis-je discuter avec vous ? » Mordant toujours sa cigarette, il lui répond avec un regard coquin : « Cela n’a pas d’importance ». Camus ne change jamais ! se dit la femme. Il voit l’Algérie dans les yeux de cette colline en chair.

La burqa m’a tuer

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Mars 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

 

Je souffrais d’un trouble qui s’appelait VISA. Ni la religion, ni la science, ne pouvaient y remédier. Sans travail et sans amour, je passais mon temps dans les cafés, à jouer au domino avec les vieux, à adosser mon dos contre les murs humides. Dans la rue, je trébuchais à cause de la fatigue de la masturbation, le seul don que j’avais. Pour quitter mes vêtements et ma terre, je fumais des joints de haschich offerts par mes amis et commençais à tracer dans ma tête une nouvelle carte géographique du monde. Nombreux étaient les gens qui jouaient le même personnage que moi. Ils se multipliaient au fur et à mesure et le théâtre ne suffit plus. De temps en temps, un personnage tombait de l’estrade dans le sol de la folie. Sur les nuages du haschich, je rêvais d’être un animal pouvant faire l’amour quand bon lui semblait, un oiseau capable de sillonner les continents sans perdre son plumage ; je rêvais d’un séisme qui nous collerait, de par sa force, à la France, où à un autre pays marchant de gauche à droite.

Les Fleurs du Bien

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 14 Février 2015. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Dans les rayons de tes champs

Dans tes dunes sans aventuriers

Dans ton bateau sans matelots

Dans tes feuilles allongées

Dans tes montagnes sans rivières

Dans les couloirs de tes poèmes

Dans ta ruche sorcière

Maudite soit ma mère

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 03 Février 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

 

Je suis entré en Espagne le jour de la chute du mur de Berlin. C’était le jour où le mur existentiel s’était écroulé en moi aussi. J’avais toujours rêvé de mettre les pieds en Espagne : j’en avais fait un mythe. Chaque soir j’allais m’asseoir face à la Méditerranée. Je me posais cette question : comment quelques kilomètres d’eau douce et calme pouvaient séparer deux vies, deux états d’âme, contradictoires ? Face à l’étendue bleue pleine de richesses, je m’approchais de l’eau comme un néo-Narcisse. Elle reflétait mes tristesses enfouies, ma vanité, et l’hypocrisie des miens qui ont transformé la terre en caserne et l’islam en masque. Je fumais des joints de haschich l’un après l’autre. Et comme si je possédais la lampe d’Aladin, je me voyais léger, blond, heureux sur la terre espagnole ; un bavard dans un monde calme. Avec le temps, la mer avait marre d’intérioriser ma catharsis et commença à refléter sa mélancolie dans mes yeux couleur d’angoisse.