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Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

Alger, journal intense, Mustapha Benfodil (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 27 Mars 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman

Alger, journal intense, Mustapha Benfodil, éditions Macula, septembre 2019, 265 pages, 22 €

 

Thérapie graphique de l’Algérie

Karim Fatimi (1968-2014), célèbre astrophysicien algérien, trouve la mort dans un accident quelque part à Alger. Sa femme Mounia trouve dans la maison plusieurs cahiers de son mari. « Voici ma Boite Noire. Quand je crèverai, libre à vous de l’éventrer et d’en extirper les ultimes secrets d’une âme errante » (p.61, Journal de Karim). À travers ces cahiers-charniers, elle découvre ainsi Karim l’étudiant, le militant, l’astronome, l’amoureux, l’homme timide et pessimiste, l’écrivain « impubliable »…

Artiste-photographe, Mounia commence à écrire à son tour. Une sorte de prolongation des mots de son mari, de contre-journal, ou d’autothérapie « Je t’écris et nos corps s’entremêlent dans un corps à corps scripturaire » (p.60). Aux mots du couple, s’ajoutent les mots et dessins de leur fillette Neïla. Alors vers où mènera Mounia, ce jeu narratif, ce corps à corps graphique ?

Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 20 Mars 2020. , dans La Une Livres, Afrique, Critiques, Les Livres, Roman, Zulma

Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin, février 2020, trad. arabe (Soudan) Xavier Luffin, 352 pages, 22,50 € Edition: Zulma

 

Le vrai Soudan

Après Le Messie du Darfour, les éditions Zulma publient le nouveau roman de l’écrivain soudanais de langue arabe Abdelaziz Baraka Sakin, Les Jango.

Le roman se présente comme un recueil de nouvelles, avec des textes séparés et titrés qui convergent vers un ensemble romanesque cohérent.

Mis au chômage, un jeune homme arrive avec son ami à Al-Hilla, une région au fond du Soudan, proche de la frontière éthiopienne. Ce lieu est presque primitif : les gens vivent dans des huttes et survivent grâce à l’agriculture et la fabrication de l’alcool… Ici, règnent les balivernes et les racontars : un même sujet a diverses versions.

Dans cette région, on rencontre d’abord les Jango, des travailleurs saisonniers de la terre. À la fin des récoltes, ils dépensent leur argent dans le vin et la prostitution… « Le Jangojoray (singulier du mot Jango), il est sage à la saison sèche, et fou à la saison des pluies ».

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 05 Mars 2020. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Nouvelles, Pays arabes

La Peur au milieu d’un vaste champ, Mustafa Taj Aldeen Almosa, janvier 2020, trad. arabe Amal Albahra, 208 p. 20 € Edition: Actes Sud

Le recueil réunit 32 textes choisis parmi des recueils de nouvelles publiés entre 2012 et 2020.

Le recueil comprend différentes histoires : de ce rat qui sauve des êtres peints dans des tableaux, à ces hommes vivants dont les noms sont publiés dans la liste des décédés dans un journal, en passant par cet homme transformé en épouvantail par le génie d’une vieille théière…

Le recueil peint des thèmes dont certains sont très récurrents : la guerre, la mort, et l’amour. La guerre sert de décor à plusieurs nouvelles. Elle est représentée sous forme de bombardements et de balles. Elle contraint les habitants à l’exil, souvent en Turquie ou à l’enfermement dans une chambre ou un sous-sol. « Cela faisait deux mois que j’étais sur le point de quitter cette ville avec ma mère, car la guerre était devenue de plus en plus horrible » (p.120). Elle sert souvent à introduire le fantastique : des cadavres qui se réaniment, apparition de fantômes, métamorphoses… Par exemple dans la nouvelle Le Juge de l’exécution capitale, les personnes tuées par pendaison reviennent à la vie pour tourmenter le juge qui les a condamnées.

L’échelle de la mort, Mamdouh Azzam (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 24 Février 2020. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays arabes, Roman

L’échelle de la mort, Mamdouh Azzam, trad. de l’arabe par Rania Samara, 2020, 112 p. Edition: Actes Sud

 

Traditions meurtrières

L’histoire a lieu dans une région rurale, quelque part en Syrie. La domination masculine et le respect sacré des traditions ancestrales persistent dans ce lieu enfermé et isolé. Désobéir aux coutumes ou au patriarche, c’est subir vengeance et châtiment.

Dans ce lieu désertique, Salma passe une enfance malheureuse. Laissée par sa mère, elle grandit ensuite auprès de son oncle Sayyâh. Adolescente, elle est mariée à un homme qui ne voit en elle que le sexe. Son mari finit par voyager vers l’Amérique, la laissant seule entre les griffes d’une belle-mère jalouse et acariâtre.

Un jour, Salma rencontre le jeune Abdelkrim et tombe amoureuse de lui. Malgré les conséquences dangereuses, elle suit aveuglément ses sentiments. Après des rendez-vous discrets, les amoureux décident de fuir pour vivre leur passion librement. « Elle avait préféré se laisser aller à un amour coupable, soulevant comme une tempête de sable dans sa vie » (p57).

Ainsi parlait ma mère, Rachid Benzine (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 10 Février 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Seuil

Ainsi parlait ma mère, Rachid Benzine, 2020, 96 p. Edition: Seuil

 

Lire pour vivre longtemps

Après des essais sur la religion et l’Islam, Rachid Benzine se lance pleinement dans la littérature en publiant son premier roman.

Ainsi parlait ma mère présente un homme cinquantenaire au lit de sa mère âgée et malade, dans leur appartement de Schaerbeek, quelque part en Belgique. Célibataire encore, professeur de lettres à l’Université catholique de Louvain, il est le narrateur de la fiction (emploi de JE). « Balzac et sa Peau de chagrin constituent désormais le seul périmètre de mon activité intellectuelle et affective auprès de ma mère » (p13).

Il commence à raconter au présent. Il lit souvent à sa mère La Peau de chagrin de Balzac. C’est son livre préféré. Publié en 1831, mêlant réalisme et fantastique, le roman explore le conflit entre la longévité et le désir.