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Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

L’œil du paon, Lilia Hassaine (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 13 Janvier 2020. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Gallimard

L’œil du paon, Lilia Hassaine, octobre 2019, 240 pages, 18,50 € Edition: Gallimard

 

Hommage aux orgueilleux

La jeune fille Héra habitait avec son père dans une île quelque part en Croatie, dite l’île des paons. Puisqu’elle était maudite autrefois par les moines, l’île attire souvent la mort sur les créatures qui la peuplent, humains et animaux. Une île maudite.

Héra a déjà perdu sur l’île sa mère française, ensuite son cher paon Titus. Pour la sauver de la malédiction, son père Adonis l’envoie à Paris chez sa tante Agathe. Passionnée de photographie, elle prend en photo son paon mort, le dernier souvenir qu’elle garde de l’île. À Paris, elle vit parmi sa tante cynique, son oncle souvent absent, Laurent, et son petit cousin Hugo. Négligé par ses parents, celui-ci s’attache rapidement et fortement à elle. Très vite Héra s’adapte à la vie parisienne et se fait des amis dont Gabriel, le professeur d’Hugo. De temps en temps, elle sort prendre des photos pour développer sa passion artistique.

La Longue Marche, Ayhan Geçgin (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 07 Janvier 2020. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Bassin méditerranéen, Roman

La Longue Marche, Ayhan Geçgin, novembre 2019, trad. turc, Sylvain Cavaillès, 224 pages, 22 € Edition: Actes Sud

 

Fuir le monde pour exister.

Très souvent, le lecteur francophone réduit la littérature turque à ces deux noms : Orhan Pamuk et Elif Shafak. Pour mettre en lumière cette riche littérature, Actes Sud a toute une série de lettres turques grâce à laquelle le lecteur de langue française découvre de belles plumes comme Asli Erdogan, Ahmet Altan ou Ayhan Geçgin.

Publié en Turquie en 2015, La Longue Marche raconte l’histoire d’un jeune Turc de 29 ans qui vivait avec sa mère quelque part à Istanbul. Un jour, il décide de quitter la maison et la grande ville. Il n’a pas de but précis : il veut fuir la ville, le monde, les humains, et s’installer dans une montagne où il sera seul face à la nature. Il est guidé par une certaine pensée qui lui dit de suivre une ligne droite, ne pas regarder en arrière, et tout laisser derrière lui. « Je veux aller dans un endroit qui soit privé de la voix humaine, et rester là, à écouter simplement le vide » (p.96). Sans provisions, le personnage n’entame pas donc un voyage ou une quête de quelque chose : il fuit le monde et l’humanité.

Ceux qui partent, Jeanne Benameur (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Ceux qui partent, août 2019, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jeanne Benameur Edition: Actes Sud

 

Éloge du départ

Après un récent recueil de poésie, L’exil n’a pas d’ombre (éd. Bruno Doucey), Jeanne Benameur continue, avec son nouveau roman, Ceux qui partent, d’explorer les profondeurs de l’exil. La fiction se déroule en 1910 où des émigrants venus de différentes terres débarquent sur l’île Ellis Island, à l’entrée de New-York. Ici, ils doivent attendre et passer les contrôles avant leur acceptation sur le sol américain. Leur vie est suspendue entre la terre quittée et la terre d’accueil. « Nous sommes, nous, ici en longues files, attendant dans une brèche du temps, coincés entre deux tours d’horloge. Notre vie est suspendue » (p.106).

Parmi les nombreux émigrants, il y a les deux Italiens, Donato et sa fille Emilia. Lui est un célèbre comédien, fou passionné de L’Enéide de Virgile qu’il porte toujours dans sa main ; sa fille sait peindre. Il y a aussi Esther, la jeune Arménienne, et Gabor, le violoniste… Le seul personnage qui ne vient pas d’ailleurs est Andrew. C’est un jeune Américain qui vient sur l’île pour photographier les arrivants. La beauté d’Emilia le secoue et bouleverse ses sentiments, les photos de l’île le mènent au secret de ses origines et ses ancêtres.

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 26 Novembre 2019. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Pays arabes, Roman

La chambre de l’araignée, Mohammed Abdelnabi, avril 2019, trad. (Egypte) Gilles Gauthier, 320 pages, 22,50 € Edition: Actes Sud

Egypte : la prison des homosexuels.

La fiction est racontée par un homosexuel, Hani Mahfouz. Alors qu’il marchait la nuit avec son ami Abdelaziz dans une rue du Caire, les deux ont été arrêtés par la police des mœurs qui ramassait les homosexuels ou ceux qui semblaient l’être.

« Au cours de cette campagne qui s’étendit sur plusieurs jours au début du mois de mai 2001, la police ramassa des dizaines de personnes et l’affaire culmina le 11 mai, deux ou trois jours après notre arrestation, à mon ami et moi, près de la place Tahrir » (p.46).

Au commissariat, Hani et les autres personnes sont  humiliés et torturés. Contrairement à son ami, il fait de la prison, arraché ainsi à son épouse Chirine et sa fille qui n’en savent rien. Après des mois, Hani sort de la prison brisé et aphone. Il se sent un autre. Sa femme a déjà annoncé le divorce. Ses parents sont morts avant. Il a tout perdu, hormis ce mystérieux ami nommé le prince. Son psy lui conseille l’écriture pour sortir de ce cauchemar qui a commencé à cause d’une promenade…

Dernières heures avant l’aurore, Karim Amellal (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 25 Octobre 2019. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman, Editions de l'Aube

Dernières heures avant l’aurore, Karim Amellal, mai 2019, 304 pages, 21 € Edition: Editions de l'Aube

 

Le passé présent

Le roman commence par le présent puis fait jaillir le passé tout au long de la fiction. Mohammed est un Algérien qui a quitté l’Algérie pour passer des décennies en France. Un jour, il décide de rentrer au pays natal après des années d’exil. Il convainc son ami Rachid et retournent ensemble. « On ressemble à des baleines, dit Rachid. On revient s’échouer sur la grève, après une vie passée au loin » (p.26). De retour au sol natal, Mohammed affronte l’amertume d’une Algérie qui n’est plus la même, plus la sienne, et notamment les fantômes du passé lointain. Les souvenirs remontent à la surface et lui font mal : la colonisation, les années du terrorisme, Sonia son ancien amour…

L’histoire de Mohammed est un carrefour des autres histoires qui se croisent et se séparent : celle de Rachid, celle d’Ali, ou celle de Sonia… Un roman où les destins se mêlent et se dispersent dans une Algérie qui n’est plus la même. Mohammed sombre dans le gouffre de la solitude et la mémoire. Grâce à ce présent amer, il découvre des vérités et des mystères du passé.