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Articles taggés avec: Belfadel Tawfiq

Médée chérie, Yasmine Chami (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 16 Avril 2019. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman

Médée chérie, janvier 2019, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Yasmine Chami Edition: Actes Sud

 

La vie est une errance

Mère de trois enfants, Médée est sculpteur marocaine. Son époux Ismaïl est chirurgien. La vie leur était toujours voluptueuse et leur amour platonique. Médée a fait de lui le centre de sa vie et du monde.

Un jour, le couple entame son voyage vers Sidney. A l’aéroport, Ismaïl s’excuse pour revenir dans un instant. Mais il ne reviendra pas. Persuadée qu’elle a été abandonnée par l’homme de sa vie, le sens de son existence, elle se réfugie dans une chambre d’hôtel attenant à l’aéroport et refuse d’entrer chez elle.

Aussitôt, sa vie bascule et tout se métamorphose : son corps, son esprit… Elle devient étrangère à elle-même. Dans cette chambre envahie de laideur, seule la mémoire l’attache par un fil minuscule à la vie ; dans le flux des souvenirs, elle retrouve sa généalogie, son enfance, ses enfants, et tous les liens du passé. Tout a disparu et tout est là. Tout est mort et tout revient à la surface par la mémoire. Seule dans cette chambre,

Qui n’est pas raciste, ici ?, Akli Tadjer (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 10 Avril 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Jean-Claude Lattès

Qui n’est pas raciste, ici ?, mars 2019, 96 pages, 6,90 € . Ecrivain(s): Akli Tadjer Edition: Jean-Claude Lattès

 

Hommage à l’Autre

Après le roman La vérité attendra l’aurore (1), Akli Tadjer publie un court essai, Qui n’est pas raciste, ici ?

Ce récit est le fruit de l’affaire qui a eu lieu récemment à cause de son roman Le porteur de cartable. L’écrivain était invité par une professeure de lycée pour parler de ce roman face aux élèves. Quelques jours avant la rencontre, l’enseignante révèle par mail (2) au romancier que ses élèves ont refusé de le voir parce qu’il n’est pas Français ; il y a même un lycéen qui a refusé de lire un extrait à cause du nom du personnage jugé non-Français (Messaoud). L’affaire a secoué la toile et les différents médias français et internationaux. Ainsi est né ce livre.

Egypte 51, Yasmine Khlat (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 20 Mars 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Elyzad

Egypte 51, février 2019, 156 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Yasmine Khlat Edition: Elyzad

 

Sauver la mémoire par les lettres

Le roman est constitué de lettres. Un narrateur trouve un paquet de lettres et commence à les lire.

« Elles sont classées par année je crois. Il y a celles du Docteur qui était employé à l’époque à la compagnie universelle du canal de Suez. Et celles de Mrs Mia. En 51, elle venait d’emménager au Caire avec sa famille mais elle est née et a grandi à Alexandrie » (p.11).

D’une lettre à l’autre, des vies se construisent et d’autres s’écroulent, des pays changent, des familles se brisent, et des histoires se lèguent…

En 1951, le médecin Stéphane rencontre Mia à la plage. Un coup de foudre. Commence alors une riche correspondance entre eux. Il la demande en mariage. Chagrinée par une ancienne histoire d’amour, Mia hésite et se refugie dans un cocon à elle, passant la plupart du temps à peindre des encres de Chine. Ces peintures lui permettent de retrouver le monde et de se retrouver elle-même.

Trois Filles d’Eve, Elif Shafak (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 19 Février 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Bassin méditerranéen, Roman, Flammarion

Trois Filles d’Eve, janvier 2018, trad. anglais Dominique Goy-Blanquet, 480 pages, 22 € . Ecrivain(s): Elif Shafak Edition: Flammarion

Trois femmes, trois notions de Dieu

Le roman est divisé en quatre parties, chacune comportant plusieurs chapitres titrés. Péri est le centre de cette dense fiction. C’est une jeune femme turque qui a grandi dans une famille istanbuliote où Dieu est un sujet de permanents affrontements entre le père Mensur et la mère Selma. Le papa est sceptique vis-à-vis de la religion, alors que la mère est une musulmane qui prend la religion pour refuge. Leurs disputes fomentées par la religion influencent l’éducation de Péri qui choisit d’étudier Dieu à Oxford dans les années 2000.

À Oxford, elle s’inscrit aux séminaires du professeur Azur qui enseigne sur Dieu. Controversé, celui-ci divise la communauté universitaire à cause de ses comportements et sa pédagogie. Grace à ses séminaires, Péri creuse la question de Dieu qui l’intrigue depuis l’enfance et approche davantage ses convictions et ses contradictions. L’étudiante turque tient un journal de Dieu où elle transcrit ses pensées sur la divinité et la religion. A l’université, elle noue une amitié avec Shirin, une Iranienne, et Mona, une égypto-américaine, venues elles aussi d’ailleurs pour étudier la notion de Dieu. Chacune représente une définition de Dieu : « Trois jeunes musulmanes à Oxford. La pécheresse (Shirin), la Croyante (Mona), et la Déboussolée (Péri) », p.398.

Sousse (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mercredi, 13 Février 2019. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je marche si vite que je trébuche et je bouscule des passants. Je ne me retourne même pas pour m’excuser. Je n’en ai pas le temps pour l’instant. J’ai une réunion urgente au travail. Le directeur a signalé dans sa convocation qu’aucun retard ne serait toléré.

J’attends le bus. Une affiche publicitaire attire mon attention. C’est une publicité pour un voyage organisé à Sousse. Elle représente une plage à l’eau diaphane et au sable d’or. Le titre est plus attirant qu’un poème : « à Sousse le soleil ne se couche pas ! ».

Je fixe longtemps l’affiche. Elle me fait sombrer dans un abîme de souvenirs. Ils se bousculent dans ma tête. Ils sont encore vivants en moi comme s’ils dataient d’hier.

Il y a quelques années, nous sommes rentrés, ma fiancée parisienne et moi, en Tunisie pour célébrer notre mariage. Mon amoureuse était séduite par les charmes du pays de mes racines, et surtout sa chaleur torride qui lui a fait oublier l’humidité parisienne.