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Articles taggés avec: Bazy Didier

Les Paradoxes de la postérité, Benjamin Hoffmann (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 07 Février 2019. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Les éditions de Minuit

Les Paradoxes de la postérité, janvier 2019, 243 pages, 29 € . Ecrivain(s): Benjamin Hoffmann Edition: Les éditions de Minuit


De qui se souvient-on ? De ses proches, de ceux que l’on a croisés. Dans le meilleur des cas. Pour le meilleur ou pour le pire. Chacun ses panthéons. Chacun ses enfers. Parfois les uns croisent les autres, en compensation ou contamination.

Plus précisément, que reste-t-il (de nos amours) des êtres morts que l’on a connus ? Chacun ses réponses.

Encore plus précisément : que reste-il de nos lectures et de nos non-lectures ?

Encore plus plus précisément : de quelle œuvre passée, de quel auteur (mort) se souvient-on ?

Encore plus plus plus précisément : qu’est-ce qui fait que telle œuvre, tel titre, tel auteur, telle autrice passe à la postérité ? et de quelle postérité s’agit-il ?

#Jenaipasportéplainte, Marie-Hélène Branciard (Par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 23 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Polars

#Jenaipasportéplainte, Editions du Poutan, 2017, 260 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Branciard

 

Ce polar engagé, préfacé par Marie Van Moere et justement salué par Maud Tabachnik, trace des lignes qui se conjuguent dans un réseau où l’on peut croiser Après Dolorès de Sarah Schulman, King Kong Théorie de Virginie Despentes et d’autres de cette veine. On appelle ça « le polar lesbien ». Mais qu’importe comment et pourquoi quelques critiques rapides expédient un genre dans une case. Car l’intérêt de JNAPPP déborde les catégories qui enferment ce qui pourtant ne demande qu’à sortir.

Ce polar est d’un genre discret et majeur. Discret parce qu’organisé en séries de discontinuités qui s’interpellent. Majeur comme un grand roman populaire. Il permet de traverser mille problématiques. Ici, le genre est maîtrisé à un point de limite tel que de grandes questions d’aujourd’hui (violence, homophobie…) sont abordées avec la crudité des faits juridico-policiers. Ainsi, le style trash et pudique. Ainsi, la virtuosité des registres d’écriture : le poème, le journal, la narration, les expressions hashtag et les communications arobase. Ainsi, des personnages authentiquement campés, réels, vrais, sensibles et touchants, si tant est que les cons authentiques (peu sensibles et peu touchants) aussi campent dans leur forteresse de méchancetés…

Un savoir gai, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Vendredi, 16 Novembre 2018. , dans La Une Livres, Cette semaine, Les Livres, Critiques, Essais, Les éditions de Minuit

Un savoir gai, janvier 2018, 170 pages, 15 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

Honneur 2018 de la Cause Littéraire

Plus qu’un témoignage, moins qu’un traité. Plus qu’un essai, moins qu’un exercice d’admiration – et sans doute, le contraire – Un savoir gai de William Marx n’est pas Le gai savoir de quoi que ce soit. C’est parce qu’il échappe aux codes majeurs de toutes les majorités que ce livre est très important. L’apparence de l’abécédaire ne s’offre que pour rire : il s’agit plutôt d’une composition sérielleoù l’authenticité de plans de vie est conjuguée sans théorie, où les clins d’œil complices s’ajustent aux plus belles références (de Platon à Jean Genet). Et le découpage en 33 blocs n’est qu’un clin d’œil à Dante, comme le titreà Nietzsche.

Un gai savoir procède sous règne de la liberté. Rares sont les ouvrages irrigués par une vraie liberté de l’esprit. Rares sont les vies traversées par de vraies libertés de mouvement. Excellents sont les vrais philosophes, brillants et discrets. Sublimes sont les artistes qui rendent un peu plus visible ce qui était invisible dans l’aveuglement majoritaire.

William Marx est un subtil philosophe-artiste au sens le plus nietzschéen du terme. Nourri de philologie, il goûte aussi les plaisirs (et les tristesses) de la vie. D’où – peut-être – la convocation de soi. Autant se tutoyer en public – avec une infinie pudeur et l’humour joyeux quasi permanent.

Reviens, Samuel Benchetrit (par Didier Bazy)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 11 Septembre 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Grasset

Reviens, août 2018, 147 pages, 19 € . Ecrivain(s): Samuel Benchetrit Edition: Grasset

 

Le narrateur de ce récit est très loin de la « Jet » et des papillons de la communication germanopratine : c’est un homme moyen, écrivain moyen, père moyen, divorcé moyen, usager très moyen du web, téléspectateur moyen, amoureux moyen.

Page 93, il confie :

« La vérité était simple : je n’avais rien à raconter. Le vide de mon existence débordait sur celles des autres. Je vivais dans un monde qui m’avait oublié. Mon seul contact avec l’humanité se résumait à une émission de télé-réalité pour mariées aigries et haineuses. Je n’écrivais pas de prochain livre mais passais mon temps à essayer de trouver un exemplaire du dernier… ».

Ainsi avant. Ainsi après. Ainsi au milieu.

1144 livres, Jean Berthier

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Robert Laffont

1144 livres, janvier 2018, 167 pages, 12 € . Ecrivain(s): Jean Berthier Edition: Robert Laffont

 

Jean Berthier est sans conteste un grand lecteur. Le narrateur de son récit (classé « roman » par l’éditeur) est bibliothécaire. Emploi commode pour raconter en un mode impersonnel les éclairs de pensée de X, né sous X, qui reçoit un beau jour un courrier de notaire. X hérite de sa mère biologique 1144 livres. Ira-t-il chercher ce legs ? Voilà tout à la fois l’intrigue, le sujet, la question, l’hésitation, l’éveil.

Ici la mère inconnue, autre X, se livre à son fils inconnu dans des cartons de 1144 livres. Le chiffre a-t-il un sens cabalistique ? Quand le sens est caché, les sens scrutent tous les possibles.

Inévitable : « Qui était-elle ? J’aurais voulu à cet instant qu’il répondît à mes questions muettes… ».

Inéluctable : « Je remarquais avec quelle facilité les titres de ces ouvrages s’étaient gravés en moi, bien au-delà de mes capacités de mémoire habituelle… ».

Factuel : « Vous voulez récupérer les livres, me dit-il sur un ton qui laissait mal deviner si une part d’exclamation mécontente se mêlait ou non à l’interrogation ».