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Articles taggés avec: Anne Morin

L’Obscure Clarté de l’air, David Vann

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 22 Novembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Gallmeister

L’Obscure Clarté de l’air, octobre 2017, trad. américain Laura Derajinski, 259 pages, 23 € . Ecrivain(s): David Vann Edition: Gallmeister

 

Médée, qui se rêve en roi et qui se venge en femme blessée, Médée qui se veut sorcière et qui n’est que magicienne, Médée sans ancêtres, éternellement sans descendance. Médée qui donne, ou croit donner, et qui reprend, ou croit reprendre. Médée qui se trompe elle-même, sur elle-même, du début à la fin.

Une écriture pressée, dense, saccadée, hachée, convoquée par l’urgence pour écrire un personnage en fuite, et qui regarde sans cesse derrière elle. Sans cesse en avant, devancée, et sans cesse retenue. Goule, louve, en quête de puissance et de liberté : « Si elle pouvait revenir en arrière, elle le ferait. Elle redonnerait à son frère sa forme entière, lui insufflerait la vie, et obéirait à son père. Mais elle sait que s’ils parviennent à s’échapper, ce regret s’effacera aussitôt » (p.80).

Dès le début, l’ambivalence de sa relation à Jason, pont entre la Colchide et la liberté, trait d’union entre deux mondes, elle-même ne sachant que faire de ses sentiments à son égard, tour à tour attirée et repoussée : « C’est bien plus que l’amour qui l’a poussée à quitter la Colchide, elle s’en rend compte. Elle bâtirait son propre royaume. Ce qu’elle prenait pour de l’amour, une forme de folie, c’était aussi le frisson de la liberté » (p.65).

Le donjon, Jennifer Egan

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 03 Octobre 2017. , dans La Une Livres, Points, Les Livres, Critiques, Roman, USA

Le donjon, trad. anglais (USA) Sylvie Schneiter, 299 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Jennifer Egan Edition: Points

 

Monde réel et monde virtuel, jeux de pouvoir et de rôles, rivalités et complicités, liberté et enfermement s’affrontent, s’opposent et se conjuguent dans cet étonnant roman. Et, insidieusement, on s’y laisse prendre, on se laisse envoûter par les changements de rythme, d’époque, de situation des personnages :

« Ils étaient parvenus à un mur constitué de cyprès. Grand et solide, sans doute lisse autrefois, il ressemblait désormais à un énorme coussin d’où s’échappait le rembourrage. Danny se faufila derrière Howard dans une brèche visiblement creusée depuis peu et, une fois de l’autre côté, le soleil lui chauffa le visage. Il se tenait dans une clairière dallée d’un marbre maculé de taches (…) Danny ne sentit pas aussitôt la puanteur, puis elle l’assaillit : l’odeur de quelque chose enfoui sous terre, émergeant à l’air libre, chargée de métal, de protéines et de sang » (p.58).

Après l’incendie, Robert Goolrick

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 12 Septembre 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA, Editions Anne Carrière

Après l’incendie, février 2017, trad. anglais (USA) Marie de Prémonville, 312 pages, 22 € . Ecrivain(s): Robert Goolrick Edition: Editions Anne Carrière

 

Roman de la décadence, écrit par ce décadent moderne qu’est Robert Goolrick, Après l’incendie retrace l’histoire d’une grande famille de Virginie à la veille des grandes guerres européennes. Mais pas seulement. C’est aussi une histoire d’amour cruelle et romanesque. Mais pas seulement. C’est aussi l’histoire d’une traque où, par hasard, le narrateur journaliste en quête de vérité sur le mystérieux personnage de Diana Cooke, propriétaire disparue dans l’incendie de sa magnifique demeure… disparue, volatilisée, personne ne sait ce qu’elle est devenue après l’incendie, ni même si elle a brûlé. On n’a pas retrouvé d’elle la moindre trace. Et c’est ce qui attire le narrateur dans cette ruine d’un monde ancien et cruel où les êtres, en fonction de la couleur de leur peau, avaient des droits différents.

Ses droits, la nature les a repris mais dans la friche, il reste quelques vestiges de cette demeure hautaine, comme une personne ruinée garde quelque prestige de son origine, de sa naissance.

Douleur, Zeruya Shalev

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 23 Mai 2017. , dans La Une Livres, Israël, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Douleur, février 2017, trad. hébreu Laurence Sendrowicz, 401 pages, 21 € . Ecrivain(s): Zeruya Shalev Edition: Gallimard

 

 

La douleur emplit ce magnifique roman sur le prix à payer, se propage, montre toutes ses facettes, jusqu’à s’incarner dans l’amour retrouvé d’Iris, trente ans après la séparation. Douleur du corps meurtri, douleur de la brèche, de l’impossible remise en situation, du temps qui passe, d’une partition qui refuse de se laisser jouer…

Douleur, c’est le nom qu’Iris donne à Ethan, son amour de jeunesse retrouvé, et pas seulement parce qu’il est médecin chef d’un centre antidouleur : « Elle repense à la robe rayée que portait la jeune joueuse d’échecs, de nouveau des éléments fortuits s’assemblent en une image provocatrice et menaçante, étrange comme des vies parallèles se heurtent soudain alors qu’elles n’auraient jamais dû se croiser, mais doit-elle vraiment y lire une menace ? » (p.119-120).

L’Homme au lion, Henrietta Rose-Innes

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 01 Avril 2017. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Afrique, Roman, Editions Zoe

L’Homme au lion, trad. anglais Elisabeth Gilles, 315 pages, 21 € . Ecrivain(s): Henrietta Rose-Innes Edition: Editions Zoe

 

Curieux roman que celui d’Henrietta Rose-Innes. Elle nous avait surpris avec son Ninive, qui traitait d’une invasion insidieuse d’insectes destructeurs, dé-bâtissant, grignotant les fondations mêmes érigées par l’homme. Cette fois encore, l’histoire se déroule en Afrique du Sud, au Cap, territoire des derniers lions géants à crinière noire. Que s’est-il exactement passé entre Mark, l’homme-gardien-soigneur (?) et Dmitri, le grand lion mâle, pour que celui-ci l’agresse et le mutile ?

Appelé par Margaret, la mère de Mark, Stan, son ami d’adolescence – disponible à tous les sens du terme – prend sans qu’il n’y paraisse ni qu’il lui paraisse, la place de Mark, qu’il n’a pas revu depuis des années, séparé de lui par un drame, auprès de Sekhmet, la lionne solitaire depuis que Dmitri a été abattu. Mark et Stan, interchangeables que tout, pourtant, sépare et séparait déjà du temps de leur adolescence : Stan, négatif de Mark qui, pour plaire à Mark s’était inventé une vie aventurière et un courage et des défis qu’il n’aurait pu tenir jusqu’au bout, jusqu’au but.