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Articles taggés avec: Alexis Brunet

Les Français jihadistes, David Thomson

Ecrit par Alexis Brunet , le Jeudi, 10 Décembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Essais

Les Français jihadistes, Les Arènes, 2014, 256 pages, 18 € . Ecrivain(s): David Thomson

 

 

Faut-il chroniquer un livre d’actualité pour un magazine qui s’appelle « La Cause littéraire » ? Dans la mesure où ce magazine recense aussi des essais et propose des chroniques plus ou moins (donc plutôt plus) politisées, la démarche ne semble pas être d’une hérésie totale. Faut-il pour autant recenser un ouvrage dont l’auteur se vit accuser de « fascination » à l’égard de ses sujets, une dizaine de djihadistes de chez nous, par une auditrice du « Téléphone sonne » ? Quand Nicolas Demorand a rétorqué que la présence de l’auteur était intéressante puisqu’elle enrichissait le débat, et que l’auteur concerné s’est justifié en arguant que si l’accusation était légitime, il estimait que pour combattre son ennemi, il fallait le connaître, je me suis procuré l’ouvrage ; par un certain voyeurisme sans doute, car pourquoi s’intéresser au fonctionnement d’une machine de haine quand on ne la combat pas soi-même, si ce n’est pas un certain voyeurisme ?

La civilisation du spectacle, Mario Vargas Llosa

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 18 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Amérique Latine, Essais, Gallimard

La civilisation du spectacle, mai 2015, trad. Albert Bensoussan, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Mario Vargas Llosa Edition: Gallimard

 

Alerte ! Malaise dans la culture. Dans un monde globalisé où l’on doit se divertir avant tout, et où la culture elle-même est devenue un mécanisme de distraction, qu’en reste-t-il ? On pense évidemment à La Société du spectacle de Guy Debord, livre que tout le monde connaît mais que peu ont lu. On pense aussi à La défaite de la pensée d’Alain Finkielkraut, où l’essayiste fustigeait l’art de consommer et réclamait le retour de la « pensée ».

Du premier, il dit se démarquer essentiellement par le fait que Debord s’inscrivait dans une perspective révolutionnaire, perspective que le prix Nobel de littérature, auteur notamment de La ville et les chiens ou La guerre de la fin du monde, socialiste dans sa jeunesse puis déçu du Castrisme, et maintenant libéral, ne partage pas. Quant au second, il en fera une fine allusion et lui donnera raison au sujet de l’interdiction du voile à l’école publique, arguant qu’une société, pour être et rester réellement démocratique, et pour préserver les intérêts de chacune de ses religions (et des athées), se doit d’être laïque.

La nuit de Tlatelolco, Elena Poniatowska

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 14 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Amérique Latine

La nuit de Tlatelolco, éd. CMDE, 328 pages, 25 € . Ecrivain(s): Elena Poniatowska

 

L’année 1968 aura marqué l’Histoire, et aura été riche en contestations sociales. Mai 68 en France, et Printemps de Prague, comme chacun sait, et aussi protestations au Japon, en Italie, au Mexique. De toutes ces révoltes, celle qui sera la plus sévèrement réprimée sera la mexicaine, particulièrement durant cette fameuse nuit de sang qui donne son titre au livre : « La Nuit de Tlatelolco ».

Tlatelolco, c’est une esplanade du centre de Mexico, avec des édifices construits à trois périodes différentes : précolombienne, espagnole puis moderne. On la connaît donc aussi sous le nom de « Place des trois cultures ». Tlatelolco, c’est aussi une place dont il est aisé de fermer les accès, ce qui a facilité la répression des révoltes estudiantines de 1968.

La romancière mexicaine Elena Poniatowska, aux ascendances polonaises, ayant vécu en France durant son enfance et ayant reçu le prix Cervantès, livre ici l’ouvrage le plus complet et le plus émouvant sur ces événements de l’histoire du Mexique. En journaliste digne de ce nom, elle a réalisé un nombre impressionnant d’entretiens avec des étudiants ou professeurs ayant participé aux événements, qu’elle nous restitue ici.

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Eduardo Galeano

Ecrit par Alexis Brunet , le Lundi, 17 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Histoire, Amérique Latine, Pocket

Les veines ouvertes de l’Amérique latine, Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Claude Couffon 147 p. . Ecrivain(s): Eduardo Galeano Edition: Pocket

 

Il y a des auteurs qu’on ne découvre que lorsqu’ils disparaissent. Ce fut malheureusement mon cas pour l’uruguayen Eduardo Galeano, que je n’ai connu que cette année. Pour d’autres, c’était déjà un auteur incontournable pour comprendre l’Amérique latine, notamment à travers l’ouvrage qui l’a fait connaître : Les veines ouvertes de l’Amérique latine (Las veinas abiertas de América latina). Près d’un demi-siècle après sa parution, ce brillant essai, qui relate le traitement de l’Amérique latine depuis Christophe Colomb jusqu’à nos jours, est malheureusement très ancré dans la réalité actuelle ; permet de comprendre les problèmes contemporains et persistants du nouveau continent, et nous interroge sur les fondements du mode de vie confortable dans lequel nous baignons en Europe et en Occident.

La conquête de l’Amérique par les Espagnols et Hernán Cortés a été très sanglante, on le sait. Et a été facilitée par une certaine passivité des Indiens. Au Pérou cependant, un dénommé Túpac Amaru, descendant direct des empereurs Incas, décréta la liberté des esclaves, et initia un mouvement de résistance, puis de révolution. Lui et ses guérilleros vaincus, il sera humilié et torturé en public à Cuzco, avec sa femme et ses enfants, puis décapité. Sa tête et ses quatre membres seront envoyés dans cinq lieux différents.

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes

Ecrit par Alexis Brunet , le Mercredi, 08 Juillet 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Amérique Latine, Gallimard

La volonté et la fortune, Carlos Fuentes, 528 pages . Ecrivain(s): Carlos Fuentes Edition: Gallimard

 

Alors qu’en terme de produit intérieur brut, le Mexique occupe la treizième place mondiale, devant l’Espagne, la Russie, la Hollande ou même… la Suisse ; une étude de la Banque Mondiale (la Jornada, 23 avril 2015) dénombre plus de 60 millions de Mexicains en situation de « pauvreté modérée », et 23 millions en pauvreté extrême, sur une population de 125 millions d’habitants. Cela ramène à la politique d’Enrique Peña Nieto, le président actuel, qui affirme fièrement que si son pays fait partie des puissances de ce monde, c’est « parce que les entrepreneurs y trouvent de meilleures conditions de compétitivité », et révèle un sérieux problème de redistribution des richesses, au delà du seul chiffre du PIB.

Cela ramène aussi à la lecture de l’ultime livre de Carlos Fuentes, La Volonté et la Fortune, récit de Josué et Jéricho, deux adolescents qui se lient durant les cours d’un prof prêtre leur parlant de Saint Augustin, discutent du sens de la vie pendant des heures, deviennent inséparables au point de connaître leur dépucelage au même moment, se séparent du fait des aspirations de chacun (Jéricho ira séjourner quelque temps à Paris, du moins c’est ce qu’il prétend), pour se retrouver, échanger sur leur vie amoureuse ou sur leur sexualité, jusqu’à ce qu’ils s’entichent de la même femme.