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Articles taggés avec: Alexandre Muller

Lointain souvenir de la peau, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 15 Mars 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, USA, Actes Sud

Lointain souvenir de la peau, 23,80 €, 444 p. traducteur Pierre Furlan . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

D'un côté il y a les îles artificielles avec leurs immeubles luxueux qui ressemblent à des empilements de jetons de poker, leurs résidences, leurs restaurants. De l'autre les quartiers populaires et le centre de Calusa, Floride. Entre les deux, un viaduc. Un tapis à six voies. Les piles du pont s'encastrent dans une dalle en béton. Cette dalle recouvre une île. Une île où s'échouent des tentes, des abris de fortune au bord de l'océan.

Sous le viaduc de Claybourne, un refuge d'exclus. Des condamnés pour abus sexuels en liberté conditionnelle. Tous portent un bracelet électronique. Sur internet, un carré de couleur informe n'importe qui de leur lieu de résidence, de leur photo, date de naissance, mensurations. Ils sont répertoriés, fichés, identifiés, localisés et en rapport hebdomadaire avec des contrôleurs judiciaires.

La loi stipule qu'un individu ayant commis un crime sexuel ne peut habiter à proximité d'une zone sensible où se trouvent des enfants. Des cercles concentriques s'étalent sur la carte de la ville d'où sont exclus les déviants. À quelques exceptions près, l'aéroport, le marécage et l'île sous le viaduc.

Keyta ou la fuite du papillon (1). Là-bas

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 12 Mars 2012. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Elle se glisse dans l'obscurité comme un prisonnier en cavale, à pas furtifs, un maigre paquetage par dessus l'épaule. Elle est en fuite mais avant de quitter définitivement la région, une halte s'impose. Y revenir, une dernière fois, « Là‑bas ».

On n'a pas toujours besoin de lumière pour voir, heureusement pour Keyta, ses jambes connaissent par cœur le chemin. Même à l'aveugle son pas est sûr, lui laisse toute attention pour détecter les dangers aux alentours.

Le calme règne, sur sa route personne, rien que le silence embarrassé d'une nuit honteuse.


« Là‑bas », il n'y a qu'un carré de terre fraichement retournée. Un carré de la superficie d'une hutte cérémonial au bord duquel Keyta s'arrête et s'incline.

Prier, debout, à genoux. Disposer des objets sortis de son sac, d'un bocal de verre. Les déplacer entre quelques psaumes doublés de paroles magiques. Sa grand’mère y connaissait quelque chose en magie. Le rituel enseigné est respecté à la lettre. A l'exception des cinq bougies placées en demi cercle, éteintes, car la lumière l'expose.

Les voleurs de Manhattan, Adam Langer

Ecrit par Alexandre Muller , le Dimanche, 05 Février 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, USA, Gallmeister

Les voleurs de Manhattan, Éd. Gallmeister, Février 2012, 244 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Adam Langer Edition: Gallmeister

Qu’est-ce que c’est que ce livre ? Un roman d’aventure, une série noire, un postiche éditorial, une photographie de la superficialité, une fantaisie jasper-ffordienne ?

Premier point, il s’agit véritablement d’un page turner, autrement dit un ouvrage tellement excitant qu’on ne peut pas décrocher, grâce à une écriture qui taille plein gaz, sème des détails recroisés plus tard, et ne s’empêtre pas dans des chapitres de 50 pages.

Allons-y pour un résumé parmi d’autres.

Le narrateur, auteur de nouvelles systématiquement refusées par les éditeurs, est serveur dans un bar avec Faye une artiste aux cheveux roux qui travaille sur ses propres contrefaçons de tableaux célèbres, dégradés, déchirés ou percés, autrement dit des contrefaçons détournées.

Ian Minot sort avec Anya Petrescu qui a écrit un livre sur sa jeunesse à Bioucarest, en passe de devenir un phénomène littéraire après son passage sur une émission télévisée animée par la très en vue Miri Lippman. Sur son plateau on croise d’empressants éditeurs new-yorkais prêt à signer de gros chèques d’avaloirs.

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 31 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Jean-Claude Lattès

La liste de mes envies, roman, 01/02/2012, 220 p. 16 € . Ecrivain(s): Grégoire Delacourt Edition: Jean-Claude Lattès

Jocelyne, quarante sept ans, a des yeux noirs, des « seins petits », une « bouée de chair ». Jocelyne sait qu’elle n’est pas jolie, pourtant dans le reflet de son miroir, ses rêves trouvent à sa nudité de la beauté. Sa beauté lui fait oublier les « vilaines choses ».

Jocelyne habite Arras, tient une mercerie (un peu ennuyeuse), a deux amies jumelles (Danièle et Françoise propriétaires du salon Coiff’Esthetique), est mariée depuis vingt et un ans à Jo (Jocelyn).

Jo travaille à l’usine Häagen-Dazs, gagne 2400 euros, rêve matériels (un écran plat, une Porsche Cayenne, une cheminée dans le salon, la collection complète des James Bond), travaille beaucoup  pour se rapprocher de ses rêves matériels (télé, voiture et tutti quanti) et rêve (aussi) d’une femme plus belle et plus jeune (il ne l’avoue pas à Jocelyne).

Jocelyne et Jocelyn ont deux enfants (trois en fait). Un garçon (Romain), une fille (Nadine) et un cadavre (Nadège). Les enfants grandissent, battent des ailes et s’éloignent. Parfois ils meurent.

Jocelyne aime Jo avec tous ses défauts, aime son père (à la mémoire de six minutes), aime ses enfants (même si entre eux, parlent pas toujours la même langue), aime sa vie telle quelle (même si celle-ci ne colle pas parfaitement à ses fantasmes de jeunesse, ses ambitions de carrière de styliste…).

Ce qu'il advint du sauvage blanc, François Garde

Ecrit par Alexandre Muller , le Mardi, 17 Janvier 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

Ce qu’il advint du sauvage blanc, 21,50 €, 327 p. Janvier 2012. . Ecrivain(s): François Garde Edition: Gallimard

Extrait des bulletins et mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, du 20 Avril 1911 :


« Quoi qu'il en soit, malgré son éloignement de toute civilisation moderne pendant dix-sept ans, et malgré qu'il eût vécu de la seule MENTALITE NÉOLITHIQUE de quatorze à trente et un ans, dès qu'il fut de retour dans son pays de Vendée, Pelletier reprit vite le niveau intellectuel des marins de son âge, n'ayant été qu'à l'école primaire jusqu'à dix ans. Et rien ne dit que son intelligence, nullement atrophiée, n'aurait pas pris un plus grand développement, si sa Patrie, au lieu de le reléguer dans une geôle, ouverte au milieu des flots, l'avait, par exemple, installé en plein Paris, aux Ministères de la Marine ou des Colonies : ce qu'il méritait bien autant qu'un autre ! »

Ce qu'il advint du sauvage blanc est un récit librement inspiré par l'histoire d'un matelot vendéen. Au milieu du XIXème siècle abandonné sur une plage d'Australie, Narcisse Pelletier vécut 17 ans parmi les natifs avant d'être récupéré par un navire anglais, le John Bell, et de rentrer en France où il devint gardien de phare.