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Articles taggés avec: Adrien Battini

Last Love Parade, Marco Mancassola

Ecrit par Adrien Battini , le Samedi, 16 Avril 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Italie, Roman, La dernière goutte

Last Love Parade, avril 2016, trad. italien Vincent Raynaud, 347 pages, 20 € . Ecrivain(s): Marco Mancassola Edition: La dernière goutte

 

Essai romancé ou roman documenté, le mélange des genres témoigne en tout cas du succès croissant de ce type de lecture où l’apprentissage des savoirs est caressé par un hédonisme romanesque venant en adoucir l’absorption. Quoi que l’on puisse penser des prix littéraires en général, et des millésimes concernés en particulier, la consécration en 2012 de Peste et Choléra par le jury du Femina et surtout de Boussole par l’académie Goncourt en 2015 atteste d’une légitimation institutionnelle de l’érudition ou de la documentation faite littérature. C’est dans cet entre-deux que les éditions La Dernière Goutte ont visiblement placé leurs efforts éditoriaux. Après la parution octobre 2015 de La Vie et les Confessions d’Oscar Wilde, Last Love Parade de Marco Mancassola vient en quelque sorte transformer l’essai. Le texte a lui-même un statut singulier, puisqu’originellement paru en 2005 en Italie, il a bénéficié d’une réédition augmentée en 2012, laquelle est aujourd’hui traduite et elle-même augmentée de quelques appendices. En conséquence, il faudrait plutôt ranger Mancassola parmi les précurseurs de cette littérature-fusion récemment anoblie.

Entre hommes, Germán Maggiori

Ecrit par Adrien Battini , le Mardi, 05 Avril 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Amérique Latine, La dernière goutte

Entre hommes, mars 2016, trad. espagnol (Argentine) Nelly Guicherd, 372 pages, 20 € . Ecrivain(s): Germán Maggiori Edition: La dernière goutte

 

Il existe différents biais pour que le lecteur-flâneur trouve son bonheur sur les étals des librairies : se fier au nom de l’écrivain ou à la réputation de l’éditeur, voire succomber au travail opéré par le graphiste sur la couverture. Parfois, c’est la technique un brin racoleuse de la manchette agressive qui peut s’avérer payante, à l’instar du roman de Germán Maggiori, Entre hommes, présenté par La Dernière Goutte comme le « meilleur polar argentin de tous les temps ». Grâce à cette accroche, l’escapade dans une terre policière relativement méconnue n’en était que plus tentante.

Avec sa scène orgiaque en guise d’introduction, qui mêle représentants de la classe politique, de l’élite bancaire et de la prostitution transgenre, l’ambiance du roman est vite plantée. Le gras et le sordide viennent danser avec la drogue dans un ballet sexuel qui ne pouvait accoucher que de la mort. Et comme la scène a été filmée et que les protagonistes de la vidéo aimeraient se passer de sa diffusion, la cupidité s’aiguise et les premières pages empilent les meurtres avec frénésie. A partir de là, quelques précisions s’imposent sur la composition du roman.

Surtensions, Olivier Norek

Ecrit par Adrien Battini , le Mardi, 29 Mars 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Polars

Surtensions, Michel Lafon, 31 mars 2016, 19,95 € . Ecrivain(s): Olivier Norek

 

Depuis quelques années, on observe un certain renouvellement de la scène française du polar. Au-delà des succès populaires des thrillers de Michel Bussi ou de Bernard Minier, le lectorat a également été gratifié de petites perles à l’instar du diptyque mongolien de Ian Manook ou encore du premier roman d’Alexis Ragougneau, Evangile pour un gueux. C’est dans cette catégorie des découvertes réjouissantes que l’on peut ranger Olivier Norek dont le troisième roman, Surtensions, vient de paraître.

Que ce soit dans Code 93 ou Territoires, Norek avait apporté la preuve qu’il était capable de courir plusieurs lièvres à la fois en proposant des enquêtes relativement complexes tout en multipliant les sous-intrigues. Avec Surtensions, il s’aventure cette fois dans la rupture de la narration conventionnelle. En lieu et place de trame principale, l’écrivain propose un enchaînement de scènes a priori déconnectées mais qui vont in fine totalement happer nos protagonistes de la SDPJ du 93. L’image invoquée serait celle de l’engrenage puisque chaque action vient en enclencher, souvent involontairement, une autre jusqu’à son final explosif, d’autant plus infernal qu’il en devient inévitable.

Don Quichotte sur le Yangtsé, BI Feiyu

Ecrit par Adrien Battini , le Samedi, 26 Mars 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman, Editions Philippe Picquier

Don Quichotte sur le Yangtsé, mars 2016, traduit du Chinois par Myriam Kryger, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): BI Feiyu Edition: Editions Philippe Picquier

 

« Me voici de retour tel un étranger dans la maison de mes parents. Lorsque j’ai lu pour la première fois ce vers d’Ai Qing, j’en ai été bouleversé, j’avais l’impression d’en être l’auteur. Il n’y a pas de bon ou de mauvais poème, il y a ceux qui parlent ou non de vous ». Tel est le chemin allégorique et littéraire qu’emprunte BI Feiyu dans son dernier roman, Don Quichotte sur le Yangtsé, où l’écrivain chinois dévoile son histoire personnelle.

Retourner dans la maison de ses parents, c’est d’abord revenir sur la situation douloureuse de sa famille qui a conditionné son enfance. Après le lancement de la Campagne des Cent Fleurs en 1957, son père est étiqueté comme « droitiste », ce qui non seulement le prive de revenus étatiques mais le condamne à s’exiler dans les campagnes, lui déniant à jamais la carrière intellectuelle qu’il ambitionnait. C’est donc en étranger que le professeur et écrivain accompli réexamine les terres de son enfance et se replonge dans le dénuement provoqué par la déchéance paternelle.

Phalène fantôme, Michèle Forbes

Ecrit par Adrien Battini , le Lundi, 07 Mars 2016. , dans La Une Livres, Quai Voltaire (La Table Ronde), Les Livres, Critiques, Iles britanniques, Roman

Phalène fantôme, janvier 2016, trad. anglais Anouk Neuhoff, 288 pages, 21 € . Ecrivain(s): Michèle Forbes Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

 

On ne saurait que trop louer le travail effectué par les éditions de la Table Ronde depuis la fin des années 90 pour dénicher et mettre en valeur les textes anglo-saxons contemporains. Siègent ainsi au sein de la collection Quai Voltaire des auteurs qui comptent à l’instar d’Alice McDermott, Richard Russo, Tracy Chevalier ou encore Angela Huth. Dernière arrivée en date, l’écrivain nord-irlandaise Michèle Forbes vient ensoleiller la rentrée littéraire hivernale avec son premier roman, Phalène fantôme.

Le roman s’ouvre au mois d’août 1969. Katherine, George et leurs quatre enfants sont de sortie à la plage dans la région de Belfast. Ce tableau idyllique est le point de départ lumineux que Forbes va progressivement obscurcir. Les souvenirs envahissent Katherine et la ramènent vingt ans en arrière vers l’amour passionnel et interdit qu’elle a vécu avec intensité. Comme un écho des lézardes qui se devinent dans l’histoire du foyer, les rues de Belfast frémissent face à la montée des « Troubles » qui vont ensanglanter les familles loyalistes et républicaines tout au long des années 70. Enfin, dans la fatigue et les douleurs qui s’immiscent dans le corps de Katherine, se tapit la dernière touche de noirceur qui emmène le récit jusqu’à son terme.