Identification

Les Livres

Pourfendeur des nuages, Russell Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Samedi, 07 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Babel (Actes Sud)

Pourfendeur des nuages, traduction Pierre Furlan, 867 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Babel (Actes Sud)


Si une époque a sa propre morale doit-on lui céder ses idéaux ?

Quelles limites morales imposent une cause défendue ?

A la veille de la Guerre de Sécession les états d’Amérique mènent deux politiques bien distinctes. Au Sud règne la slavocratie, tandis qu’au Nord l’esclavagisme est aboli. Deux politiques, deux morales.

La lutte contre l’esclavagisme compte parmi ses rangs des philosophes, des pacifistes, des politiques, des hommes de foi, et en marge, des radicaux prônant la lutte armée. Les radicaux sont souvent traités de terroristes dans un camp comme dans l’autre. Les terroristes sont facilement taxés de folie illuminée.

John Brown, le célèbre abolitionniste était-il fou ? Quelques années après la guerre civile, alors que les historiens entament leur travail, l’étudiante Mlle Mayo part à la rencontre du seul survivant du clan Brown pour répondre à cette question et tenter d’éclairer la face radicale de la lutte contre l’esclavage.

Cuisine tatare et descendance, Alina Bronsky

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 06 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Roman, Actes Sud

Cuisine tatare et descendance, trad. allemand par Isabelle Liber, mars 2012, 331 p., 23 € . Ecrivain(s): Alina Bronsky Edition: Actes Sud


Ce roman affirme un talent de conteuse dont on craint par avance de ne pas bien rendre compte. Trois points au préalable par souci de clarté. Un : les années quatre-vingt dans l’Union soviétique finissante, dans une ville située à vingt-sept heures de train de Moscou. Les personnages principaux sont tatars. Deux : Rosalinda Akmetovna a la cinquantaine au début du roman, lorsque naît sa petite-fille Aminat ; celle-ci, à la fin du récit, aura trente ans ; ce qui fait donc pour Rosalinda quelque quatre-vingts ans. Rosalinda, c’est elle le roman. C’est elle qui raconte, c’est elle l’axe autour duquel tout tourne. Trois : ces mots de Bertolt Brecht : « D’abord la bouffe, ensuite la morale ». Ç’aurait pu être une épigraphe pour Cuisine tatare et descendance.


« Peur ??? De moi ??? Qui pourrait bien avoir peur de moi ? Personne n’a à avoir peur. Je ne veux que le bien de tous. Mets ton assiette dans l’évier, espèce de tyran ! »

Littérature, politique, Olivier Rolin

Ecrit par Claire Teysserre-Orion , le Jeudi, 05 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, publie.net

Littérature, politique, 82 p., 3,99 € . Ecrivain(s): Olivier Rolin Edition: publie.net

« Littérature, politique » d’Olivier Rolin : plutôt l’une que l’autre


« Si le roman devait mourir (…) c’est un peu la civilisation et l’intelligence qui vont crever », c’est ainsi qu’Olivier Rolin exposait sa pensée dans l’émission Apostrophes consacrée à l’art du roman, en 1987.

Vingt ans plus tard, dans un essai intitulé Littérature, politique, il parle avec amour et conviction des auteurs de sa bibliothèque comme une démonstration de la richesse civilisationnelle de la littérature. Mais ce livre est davantage qu’une suite d’hommages à des écrivains. Tout d’abord parce qu’il porte un regard intime et bienveillant sur la littérature de Jean Echenoz à Pierre Michon, en passant par Blaise Cendrars ou Claude Simon.

Au-delà de la critique littéraire, et à partir de ses propres expériences, Olivier Rolin explore les liens qui existent entre ces écrivains. C’est ainsi que, d’une lecture du texte Panama de Cendrars, une nuit à Bogotá, il ressort convaincu de l’influence du poète romancier sur l’œuvre de Garcia Marquez. Puis, il se prête au jeu de l’intertextualité et imagine comment Les Vagues de Virginia Woolf influencèrent dans une même communauté d’idées le thème de la vague chez Jean Echenoz.

Les dents de ma mère, Amandine Cornette de Saint Cyr

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 04 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Plon

Les dents de ma mère. mars 2012. 150 p 15 € . Ecrivain(s): Amandine Cornette de Saint Cyr Edition: Plon


« Bonjour, je m’appelle Anne. J’ai vingt-sept ans et je suis accro à ma mère. Dès la conception, j’ai vécu la dépendance en me shootant au cordon et, à la naissance, en me soulant à ses mamelles, à raison de dix tétées par jour. Sevrée une première fois, j’ai replongé en sniffant son foulard, puis j’ai continué en me piquant aux câlins, aux bisous, aux caresses, aux « je t’aime » jusqu’à l’overdose. J’ai bien essayé de décrocher, mais à force de pourvoir à tous mes besoins, elle m’en a empêchée. » (pages 36-37)


Anne aurait effectivement besoin d’un groupe de parole pour exposer son problème. Mais elle n’en dispose aussi pas, aussi c’est seule avec elle-même qu’elle tente courageusement de se sortir des griffes - et des dents - de sa génitrice. Or, si la promesse est belle et le prince charmant, il n’est finalement pas certain que le jeu en vaille la chandelle : « Comment peut-il espérer que je troque l’amour éternel d’une mère contre celui, précaire, d’un homme ? » (pages 135-136)

Ploutos, dieu du fric, Aristophane (Trad. Michel Host)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Avril 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Théâtre, Mille et une nuits

Ploutos, dieu du fric. Trad. grec ancien, notes et postface Michel Host. 142 p. 4 € . Ecrivain(s): Aristophane Edition: Mille et une nuits

Qu’on se le dise à son de trompes d’Athènes à Wall Street : ce petit opuscule est – pour parler comme les personnages d’Aristophane « revisités » par Michel Host – à se tordre de rire, à se péter les boyaux. Une petite heure d’une récréation hilare, pleine de bonne santé mentale et de rage joyeuse.

Ploutos, dieu du fric, se fait détourner de ses devoirs d’obéissance aveugle (il est aveugle !) envers Zeus et entame une manif anti Zeus digne des luttes contre les p’tits chefs des maos de naguère ! Carion et La Toussaille, esclave et maître (mieux vaut les placer dans cet ordre s’agissant de comédie) rencontre un pauvre hère aveugle et sale. Or ce SDF (faisons comme Michel Host – l’anachronisme structurel) n’est autre que Ploutos, Dieu de l’argent – enfin du fric. Les deux bonshommes entreprennent alors de convaincre le dieu de s’affranchir de son sort affreux : il est condamné par sa cécité – infligée par Zeus – à n’accorder ses largesses financières qu’aux salauds (qu’il ne peut repérer étant aveugle !).

Voilà donc notre Ploutos installé chez La Toussaille. Grâce à Asclépios (dieu de la médecine) il retrouve la vue et s’engage à ne donner désormais le fric qu’aux gens de bonne volonté, négligés par le sort. Ce qu’il fait.