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Les Livres

L'employé, Guillermo Saccomanno

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 22 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Asphalte éditions

L’employé (El Oficinista), trad. espagnol (Argentine) Michèle Guillemont, 172 p. 18 € . Ecrivain(s): Guillermo Saccomanno Edition: Asphalte éditions

L’employé. C’est le titre du livre, c’est aussi la fonction de son protagoniste principal. Mais c’est aussi son nom. Comme tous les autres personnages du livre, il n’est désigné que par sa fonction. L’univers est bureaucratique : on pense tout de suite à Kafka.

L’employé reste tard à son travail. Ce n’est pas que son travail lui plaise, mais « il préfère retarder autant que possible son retour au foyer » pour des raisons qu’il serait dommage de révéler.

Son travail est pourtant loin d’être un havre de paix. Ses collègues ne peuvent être que des ennemis. La tension et la violence latente sont d’autant plus vives qu’elles sont accompagnées de non-dits.

« Ce matin, à son arrivée, il comprend qu’un licenciement va avoir lieu. Un garçon bien mis attend à la réception, près de l’accès principal aux bureaux. Une jeune fille ou un jeune homme à cette place signifie, chacun le sait, le remplacement d’un membre du personnel. Les nouveaux attendent, prêts à occuper un poste et à entrer immédiatement en fonction, tandis que les employés commencent leur journée dans la crainte, en se demandant qui va être remplacé, qui sera licencié. Le jeune aux cheveux gominés, au costume gris, à la chemise blanche et à la cravate bleue, est posté là tel un soldat en faction ».

Sur Leonhardt, Jacques Drillon

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 22 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Gallimard

Sur Leonhardt, Gallimard Collection L’Infini, 2009, 201 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Jacques Drillon Edition: Gallimard

 

Sur Leonhardt est bien un ouvrage de Jacques Drillon. On y goûte dès les premières pages ces phrases parfaitement construites qui rappellent le grammairien, et qui sont ponctuées parfaitement par quelqu’un qui a écrit un Traité de la ponctuation française drôle et imposant. Cette manière de digresser aussi, qui place si bien le lecteur en position de connivence avec l’auteur et son sujet. Je vous entretiens d’un claveciniste et de son style, de sa retenue, de sa grandeur, de sa vie ; j’en profite pour vous glisser entre autres quelques passages sur Sviatoslav Richter (un des géants parmi les pianistes du XXe siècle, et autre artiste que Drillon vénère). Car ils ont en commun, et parce que j’ai de toute façon envie de vous parler de lui aussi.

L’opus de Drillon a donc pour sujet le musicien Gustav Leonhardt, décédé récemment mais qui ne l’était pas à la parution du livre, en 2009. Claveciniste, chef d’orchestre, organiste, l’homme, l’interprète est évoqué au miroir de son époque et de son entourage musical, de ses interprétations, des goûts et de l’admiration de l’auteur. Drillon nous montre l’homme, sa vie, sa passion pour la musique. Il consacre tout un chapitre à cette notion clé du personnage et de son jeu qu’est l’élégance, vertu placée au pinacle comme un trait distinctif de Leonhardt. A ce titre Drillon aime citer, il le fait dans plusieurs de ses livres, cette anecdote caractéristique. Le musicien, au début d’un récital, s’approche du public et superbe, annonce :

Cahier de L'Herne Roger Nimier

Ecrit par Frédéric Saenen , le Jeudi, 22 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Revues

 

 

Le destin déconcertant de Roger Nimier

 

Aux malheureux qui avaient atteint la quarantaine, Roger Nimier préconisait le peloton d’exécution. Le sort voulut qu’il n’ait jamais à se poser la question de savoir s’il accepterait ou non le bandeau sur les yeux. La nuit du 28 septembre 1962, l’auteur du Hussard bleu se tuait accidentellement dans cette Aston Martin dont il aimait pousser le moteur à d’imprudentes extrémités. Il n’avait que 37 ans.

« Un destin déconcertant », ainsi le qualifie Marc Dambre, son biographe, et la formule est on ne peut plus pertinente. Nimier était de ces tempéraments indomptables, lui qui consuma sa vie et en déposa les cendres encore chaudes sur l’autel de la seule déesse qu’il consentait vénérer : la Littérature.

Seth, la règle de Seth, tome 1, Hervé Jubert

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 21 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse

Seth, La règle de Seth, tome 1, Ed. Gründ, octobre 2012, 284 p. 14,95 € . Ecrivain(s): Hervé Jubert

« Bienvenue dans les ténèbres, le chaos et la destruction ». C’est ainsi que le monde est conçu selon Seth, ennemi public français numéro 1, dans le nouvel opus éponyme de Hervé Jubert.

A Molène la tempête gronde ; le gouvernement français décide de rapatrier le pire criminel du moment sur le continent. Interné depuis deux ans dans la prison la plus sécurisée de l’Hexagone, en attente de procès, Seth profite du transport aérien pour s’évader, ne laissant qu’un seul survivant dans l’hélicoptère : Luther, commissaire de choc et l’un des seuls à ne pas être hypnotisé par cet homme au regard de serpent. Aussitôt la traque s’enclenche : aidé de Michel Valogne, grand reporter de son état, Luther se lance dans une chasse à l’homme incroyable. Mêlant deux enquêtes sanglantes – car Seth a un émule qui élimine adroitement les personnalités du Gotha les unes après les autres – et une mystérieuse épidémie appelée Sommeil noir, frappant au hasard les nuits de nouvelle lune, Hervé Jubert nous entraîne dans un polar haletant et fort bien troussé. Le lecteur assistera à la déroute de nos enquêteurs impuissants devant un sanglant attentat dans l’Ile de la Cité, au détournement de huit cents millions d’euros et l’escamotage d’un sous-marin S.S. bardé d’une tonne d’or. Dans un monde à la fois si semblable au nôtre et légèrement futuriste, les protagonistes se débattent dans les rets d’un avenir qui semble leur échapper. Mêlant adroitement récit d’espionnage, enquête policière, manipulation génétique et savants fous à la docteur Frankenstein se voulant maîtres absolus du monde, le roman nous entraîne dans une lecture palpitante.

Krazy Kat, Jay Cantor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 20 Novembre 2012. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Krazy Kat, Traduction de l'américain par Claro, 302 p. 17 € . Ecrivain(s): Jay Cantor Edition: Le Cherche-Midi

 

Ce livre n’est pas un fleuve tranquille. On est plutôt sur les flots dansants de la haute mer. Jay Cantor signe avec Krazy Kat, premier livre de cet auteur traduit en français, un moment étonnant de déferlement d’une écriture nerveuse, dense, constamment inventive (jusqu’aux néologismes fréquents) et surtout comparable à rien de connu.

L’ « histoire » - si tant est qu’il y en a une – C’est la vie de Krazy Kat, le célèbre chat (en fait ici LA célèbre chatte) de la célébrissime bande dessinée (comics strip) de la première moitié du XXème siècle. Célébrissime, car près de 70 ans après l’arrêt de sa publication, on ne compte plus le nombre d’imitations et d’adaptation cinématographiques et dessins animés dont cette BD a fait l’objet !

Krazy Kat à la retraite connaît une dépression profonde.

« Elle ressentait sa solitude, son isolement arctique. Puis, comme chaque fois depuis quarante ans, le narcotique de la dépression s’empara d’elle, et la gluante et noire lassitude monta de ses membres jusqu’à son cerveau. »