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Les Livres

Mood Indigo, Mamadou Mahmoud N'Dongo

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Gallimard

Mood Indigo, Improvisations amoureuses, 18 euros . Ecrivain(s): Mamadou Mahmoud N'Dongo Edition: Gallimard

Mamadou Mahmoud N’Dongo continue, avec Mood Indigo, qui sont de courtes nouvelles ayant aussi bien trait à l’incompréhension amoureuse qu’à l’incompréhension politique, un parcours prosodique qui vise à faire advenir, dans le langage même, quelque chose de l’Afrique, du corps de ce pays en même temps que de son humour, multiple. Bien sûr il ne s’agit pas pour l’auteur de penser qu’un continent puisse être soluble dans une forme, dans un art, mais assurément Mamadou Mahmoud N’Dong pense avec raison qu’un art peut donner à entendre un pays – il ne s’agit pas ici de donner à voir, puisque la plupart des situations décrites sont, du reste, des situations proprement linguistiques –, à écouter une altérité géographique, laquelle n’est pas le fait d’un invariant mais d’une multiplicité de singularités.

Car il ne s’agit jamais pour l’auteur qui n’en est pas à son coup d’essai de donner corps par la forme et par le style à des topoï, mais il s’agit toujours pour lui de chercher à approcher inlassablement une culture, la sienne, avec toutes les nuances que lui permet le langage autant que la diversité des formes utilisées qui ont toutes des liens avec la nouvelle, mais des liens superficiels, car l’on trouve également, dans ce livre, ce que l’on pourrait appeler de très courts romans, condensant chacun le non-dit qu’il véhicule autant que ce qu’il donne à penser.

Ce monde cruel, Richard Lange

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Albin Michel

Ce monde cruel, 352 pages, 23 € . Ecrivain(s): Richard Lange Edition: Albin Michel

Ce monde cruel. Le titre est un peu bateau, rappelle bien d’autres livres, films ou téléfilms. Ça promet le roman à thèse, forcément, où l’on apprendra au final pourquoi le monde est cruel. Mais nous ne le savions pas déjà un peu, non ?

Jimmy Boone est un ex-détenu en liberté conditionnelle. Ancien marine et garde du corps, il a passé près de cinq ans à prison. Devenu barman au Tick Tock, il doit se tenir à carreaux, éviter les ennuis, sinon c’est retour à la case prison.

Un jour, il accompagne Robo, l’homme de la sécurité du Tick Tock, à un rendez-vous. Il doit faire semblant d’être policier. Et Jimmy qui s’était promis de rester sage sait qu’il a déjà mis les pieds dans un engrenage fatal, forcément fatal.

Ils rendent visite au grand-père d’un sans-papier guatémaltèque retrouvé mort dans un bus, le corps criblé de morsures de chiens infectées. Le grand-père veut juste savoir comment est mort son petit-fils. Juste connaître les circonstances du drame. Il ne s’agit même pas de retrouver un ou des coupables.

Et Boone se retrouve propulsé dans une enquête où il croisera des dealers peu habiles, des organisateurs de combats de chiens, une strip-teaseuses vengeresse ou une ex-policière à la beauté troublante.

La théorie de la lumière et de la matière, Andrew Porter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

La théorie de la lumière et de la matière, traduit de l'anglais (USA) par France Camus-Pichon. Mai 2011. 208 p. 20 € . Ecrivain(s): Andrew Porter Edition: L'Olivier (Seuil)

Attention, joyau. Ne vous laissez pas piéger par ce titre à terrifier tout esprit non scientifique. Ce livre ne traite pas de physique. Encore un miracle que les Américains cachaient dans leur vivier de nouvellistes étincelants. Andrew Porter nous fait faire une sorte de road reader à travers les USA. Un collier de dix nouvelles inoubliables, scènes à la fois banales et effarantes de la vie quotidienne. C’est là le secret de Porter : il a trouvé la clé du mystère qui lie étroitement le banal et l’effarant. Chaque histoire est un morceau, quelques heures ou un moment unique, de la vie de quelques personnages. Rien d’exceptionnel dans les situations : deux amants nus sur le sol de leur salle de séjour, un fils et ses parents qui ne s’entendent pas, deux enfants qui jouent dans un jardin, un couple qui a adopté un jeune garçon … et doucement, sans en avoir l’air, la dissonance arrive dans l’harmonie apparente, mettant à nu, impitoyable, le réel niché derrière les illusions d’une vie.

« C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu mon père en costume avec ma mère en robe du soir. Ils se tiennent par le bras, souriants, serrés l’un contre l’autre, légèrement courbés pour lutter contre le vent, se protégeant de quelque chose qu’ils ne voient pas encore. »

Granny Webster, Caroline Blackwood

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Christian Bourgois

Granny Webster, traduit de l’anglais par Michel Marny, 2011, 136 p. 15€ . Ecrivain(s): Caroline Blackwood Edition: Christian Bourgois

Granny Webster nous offre des chroniques familiales de choix, à la fois effrayantes et drolatiques, pour une part autobiographiques. La narratrice adolescente y dépeint les figures d’exception de sa famille aristocratique décadente à partir de sa rencontre avec son étrange aïeule, explorant plusieurs époques. Inquiétante hérédité qui, d’une génération à l’autre, déploie une inventivité des plus cruelles.
Le récit est dominé par deux demeures hors d’âge, habitées par des êtres excentriques. A Hove – et sur le roman tout entier –, règne dans un silence jamais rompu, la terrible arrière-grand-mère Webster « à la douceur de teck », dressée sur son légendaire siège de bois victorien, houspillant une domestique arthritique et borgne. Le lecteur parvient à « humer l’acidité du déplaisir que lui causait toute chose passée, présente, future ». Depuis son séjour isolé, elle garde la main mise sur les affaires de la famille et signera sans ciller l’internement à vie de sa propre fille. Même lors de son propre enterrement, elle semble poursuivre son influence néfaste et mener son monde à la baguette. « Je n’avais jamais eu envie de mener le deuil d’une femme que ne pouvait pas pleurer. […] Même morte elle semblait me tyranniser avec ses souhaits égoïstes ; de nouveau elle m’obligeait à faire quelque chose de sinistre, ennuyeux et déplaisant ».

La grande maison, Nicole Krauss

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 22 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, L'Olivier (Seuil)

La grande maison. Traduit de l'anglais (USA) par Paule Guivarch. 334 p 22 € . Ecrivain(s): Nicole Krauss Edition: L'Olivier (Seuil)


« La Grande Maison », on ne l’apprend qu’au dernier chapitre, c’est le grand Temple disparu de Jerusalem. C’est la « maison » purement immatérielle que fabriquent les bribes de mémoire millénaire des juifs du monde.

Titre énigmatique pour un livre qui l’est de bout en bout. Au rugby, on dirait qu’il alterne les temps forts et les temps faibles. Nicole Krauss a fait le choix de bâtir son roman dans une architecture complexe et très apparente : la première partie, il y en a huit, s’intitule « L’audience est ouverte », la cinquième aussi. Le titre de la  deuxième partie « Trous de nage » se retrouve à la septième. Et ainsi de suite. Seules la partie centrale, la plus longue « Mensonges d’enfants » et la dernière, la plus courte, « Weisz » sont uniques dans leur intitulé. On voit le projet : construire une trame délocalisée (New-York, Londres, Jerusalem …), des héros multiples et peu à peu mener aux liens qui font sens d’ensemble. On pense irrésistiblement aux films d’Iñarritu, « Amours chiennes », « 21 grammes » et « Babel », construits sur le même schéma.