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Les Livres

Deux étrangers, Emilie Frèche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 18 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Deux étrangers, janvier 2013, 288 p., 21 € . Ecrivain(s): Emilie Frèche Edition: Actes Sud

 

Deux étrangers, le dernier roman d’Emilie Frèche témoigne du métier de ce jeune et prolixe écrivain qui assurément sait raconter des histoires. Tout en brassant de nombreux thèmes annexes, il a pour sujet central la transmission, la reproduction et l’héritage, dans le cadre de la famille, ce lieu où se forgent des destins individuels s’inscrivant dans une lignée.

Après une enfance douloureuse, traumatisée par les humiliations et les violences verbales d’un père dominateur et la lâche soumission amoureuse de sa mère à cet homme tyrannique, Elise, la narratrice, s’est en apparence dégagée de l’emprise paternelle et le noyau familial originel s’est délité. Avec Simon et ses deux enfants, elle a construit son propre foyer, veillant à se démarquer du modèle parental, tandis que son frère, si complice autrefois, s’éloignait d’elle. Son père, lui, s’est installé au Maroc suite au décès de sa femme. Séparés par une mer et sept ans de silence, le père et la fille sont devenus des étrangers.

Quand on s'embrasse sur la lune, Stephen Tunney

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 18 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel, Jeunesse

Quand on s’embrasse sur la lune, traduit (USA) Dorothée Zumstein, Albin Michel, Wiz, octobre 2012, 491 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Stephen Tunney Edition: Albin Michel

 

A quoi ressemblerait la Lune, une fois colonisée par les hommes, une fois son atmosphère rendue supportable ? Nous voici bien au-delà des perspectives offertes par Arthur C. Clarke. Après quelques siècles d’occupation, l’astre est devenu un double glauque et délabré de la Terre. Des cités polluées et surpeuplées reliées par des autoroutes bondées sont éparpillées sur un territoire demeuré hostile, se détachant sur un ciel artificiel rougeâtre.

De cette colonisation sont nés des animaux lunaires d’un blanc polaire, colibris géants ou élans carnivores et une affection étrange qui touche les individus dits Cent pour Cent Lunaires : la SOL, symbolanose oculaire lunoptique. Le héros de ce roman, Hieronymus Rexaphin, en est atteint comme beaucoup d’autres habitants de la Lune : l’adolescent est contraint de porter de lourdes lunettes afin de protéger les autres de son regard. Car ses yeux doivent rester dissimulés, ils sont extrêmement dangereux : une fois exposés, ils peuvent provoquer des crises de folie, détraquer le cerveau de ceux qui découvriront leur couleur, la quatrième couleur primaire.

Une vie brève, Michèle Audin

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Samedi, 16 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Gallimard

Une vie brève. Gallimard/L’arbalète. Décembre 2012. 182 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Michèle Audin Edition: Gallimard

 

L’écueil – les écueils -  étaient de taille. Ecrire à propos de Maurice Audin ça s’est beaucoup fait. Livres, études, articles, manifestes, et même plaques de noms de rues ou de places, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée. Maurice Audin est de ceux qui peuplent le martyrologe, particulièrement effroyable, du XXème siècle. Jeune mathématicien, torturé, assassiné à Alger en l’été 1957 par l’armée française. Pas une armée de nervis à la solde d’une dictature, non, de l’armée de la République Française.

Le nom de Maurice Audin a donc basculé à jamais dans l’ordre du symbolique : martyr, héros, figure de l’histoire sombre de la Guerre d’Algérie. Le défi de Michèle Audin est double : comment écrire autrement sur Maurice Audin ? Sur l’homme – il a vécu « une vie brève » mais une vie tout de même – sur le père, car Michèle est bien la fille de cet homme.

Les données sont posées d’entrée (Michèle Audin est mathématicienne !) :

Et vous trouvez ça drôle ? Donald Westlake

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 16 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Et vous trouvez ça drôle ? (What’s so funny ? 2007), traduit de l’anglais (USA) Pierre Bondil, 30 janvier 2013, 368 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/Thriller

 

Donald Westlake est vivant. Encore un peu, en tout cas, puisque ses derniers romans à ne pas encore avoir été traduits depuis son décès le 31 décembre 2008 nous parviennent peu à peu en version française. Ainsi en est-il donc de Et vous trouvez ça drôle ?, avant-dernier volet des aventures de John Archibald Dortmunder, héros inventé par Westlake en 1971 et qui a participé de manière active à la notoriété de son créateur et a eu droit à plusieurs transpositions cinématographiques avec, pour l’incarner, des acteurs aussi divers (et plus ou moins bien choisis) que Robert Redford, George C. Scott, Christopher Lambert ou Martin Lawrence.

Dortmunder, c’est le génie du crime poursuivi par la poisse. Le type qui peut, pour mettre la main sur une émeraude, se trouver obligé de braquer successivement – et toujours avec succès – un musée, un poste de police et un asile psychiatrique. C’est le cerveau capable de voler une banque entière plutôt que son coffre si cela lui semble plus facile. Mais, invariablement, lui et ses acolytes se trouvent confrontés au grain de sable – généralement un personnage encore plus dénué de scrupules qu’eux – qui vient gripper toute leur belle mécanique et les fait rentrer bredouille.

Poisons de Dieu, remèdes du Diable, Mia Couto

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 15 Février 2013. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Langue portugaise, Roman, Métailié

Poisons de Dieu, remèdes du Diable, traduit du portugais (Mozambique) Elisabeth Monteiro Rodrigues, Janvier 2013, 167 p. 17 € . Ecrivain(s): Mia Couto Edition: Métailié

 

On entre en littérature portugaise par la plus belle langue du monde, la plus musicale, entre graves et moelleux, la plus dépaysante à regarder habiter les pages, à l’image de ce pays unique. On y entre souvent par son grand (le plus grand ?) écrivain : Antonio Lobo Antunes, le maître du « Barroco », et sa perle étrange des livres et de l’imaginaire… on y voyage – n’est-ce pas le pays des Grandes Découvertes ? parfois, au fin fond de l’Afrique colonisée si tard (le dernier pays à avoir « rendu les clefs », fut en effet le Portugal)…

Ce petit et dense livre est à l’image, et du pays, de son Histoire, et de sa littérature. C’est bien un livre qui sonne portugais, mais vu, écrit d’ailleurs, du coup, étrange. De ces terres, anciennes colonies du bas d’une Afrique qui semble vivre à un autre rythme : le Mozambique. Pas l’Angola dans les griffes d’une infinie violence, perpétuelle et culpabilisante, du Cul de Judas de Lobo Antunes, justement. Un Mozambique calme – immobilité d’alizés – post-colonial, relié encore à sa métropole d’antan, par une corde usée, dépenaillée, mais solide, comme ces bateaux colorés qui brinqueballent à Nazareth ou ailleurs… relié, à l’évidence, surtout par la langue et la langueur de son écriture, plus, ça et là, quelques effluves de mélancolie.