Identification

Les Livres

La bibliothèque idéale de Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 08 Juin 2011. , dans Les Livres, Les Dossiers, La Une Livres, La bibliothèque idéale

 

1. Les Fleurs du Mal, Charles Baudelaire.

Parce que s’il n’y avait qu’un livre, et s’il n’y avait que ces poèmes …


2. L’appel de la Forêt (The call of the Wild), Jack London.

Parce que l’amour du monde, des hommes et des bêtes


3. Demande à la poussière (Ask the dust), John Fante.

« Un jour j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça » (Ch. Bukowski.)


Dans un jour ou deux, Tony Vigorito

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Gallmeister

Dans un jour ou deux, 360 p, 23,50 € . Ecrivain(s): Tony Vigorito Edition: Gallmeister

Quel drôle de livre que ce Un jour ou deux !

Tout commence par un graffiti. Blip, professeur de sociologie en passe de perdre son emploi, et meilleur ami du narrateur du livre, Fountain, devient soudainement un adepte du graffiti. Sous un pont, il écrit à la peinture blanche les mots « OH OH ». Le graffiti a un effet inattendu, provoque réactions et interrogations.

« Le graffiti de Blip offrait aux gens quelque chose à partager, si bizarre fût-elle, et un esprit de corps littéralement inédit se pose sur la ville comme un enivrant nuage de gaieté ».

Puis quelqu’un écrit une réponse : « Quand ».

Et Blip d’inscrire ensuite : « Dans un jour ou deux ».

Mais que va-t-il se passer dans un jour ou deux ? Blip a une intuition. Un complot mondial est en route. Un complot mondial ??? Mais quand un champignon est pour lui une sonde extraterrestre, on peut penser qu’il souffre d’une légère paranoïa.

Quoique…

Un hareng dieppois à Fécamp, Marc Kober

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Un hreng dieppois à Fécamp. Gravures Olivier O Olivier. Rougier V éditions. 13 € . Ecrivain(s): Marc Kober

Trop discret, K sort son hareng et ne harangue pas la foule.
Huysmans, 1429, Grotius, Coquille Saint-Jacques, Mongolie, Ziggourat, Goélands, Olisbos, Vulcain, Charles Cros... Il ne manque que Poisson Soluble au post surréaliste Kober.
On goûtera quelques images, elles tracasseront les mémoires :
le sang blanc de l'écume
l'avarice de la mer
les amours sont pierreuses, les récoltes bénévoles...

Les récoltes bénévoles. Bravo. C'est dont nous manquons, et K nous les offre.
Les lecteurs chanceux savoureront le fumet des mots ciselés et les réfractaires au hareng pomme à l'huile des bistrots au petit déjeuner des travailleurs risquent de modifier leur vieux palais adolescent, et donc augmenter un peu l'intensité de leur vie.

Nues, Bénédicte Heim

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Les Contrebandiers

Nues, 2011, 15 euros. . Ecrivain(s): Bénédicte Heim Edition: Les Contrebandiers

Nues. Ce sont bien des femmes, deux très belles femmes, qui le sont, nues, et non les hommes qui les regardent, un peintre, un photographe, qui ne sont que regard, que désir, que déchiffrement du regard et du désir, que volonté de retourner leurs vêtements, et même leur peau, et même leur intériorité la plus absolue, qu’elle soit de l’ordre de la psyché ou de l’organique, à la façon du narrateur de Lolita expliquant que « [s]on seul grief contre la nature était de ne pouvoir retourner Lolita comme un gant et plaquer [s]es lèvres voraces contre sa jeune matrice, son cœur inconnu, son foie nacré, les raisins de mer de ses poumons, ses deux jolis reins ». Et cette mise du désir sur le corps désiré suivant le scalpel et l’acide se passe dans un souffle, d’une seule façon de poser les yeux qui apparaît pourtant comme une caresse. Ces hommes sont des artistes mais avant tout des hommes nourrissant de leur désir d’homme leur œuvre, c’est-à-dire leur désir d’absolu, leur désir d’inscription de l’absolu sur la toile et sur le papier photographique d’abord via le bain révélateur du regard, cherchant à mettre à nu jusqu’à la nudité même de ces deux jeunes femmes afin de faire affleurer ce qui les constitue en propre et qui serait transmutable en art. On l’aura compris : tous ces personnages ne sont qu’un prétexte à faire qu’une parole sur le désir et la vérité du désir ait lieu.

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Récits, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.