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Les Livres

Olimpia, Céline Minard

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Denoël

Olimpia, Céline Minard, 2010, 96 p. 10 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Denoël


Olimpia vitupère, invective, crache et conspue. Elle honnit ses adversaires, elle méprise ses anciens alliés, désavoue sa propre famille. Sa voix s’élève, royale et ordurière, au moment de sa chute, pour retracer son parcours de parvenue, son ascension à force d’intrigues et de luttes jusqu’au plus profond des alcôves vaticanes. Elle clame le refus d’abdiquer, toute entière défi et affront, insulte et panache. Elle dresse une dernière fois sa volonté de fer et sa verve tonitruante pour jeter sa malédiction de tyran femelle. « Ce qu’on m’ôte, je le broie, je ne l’offre pas. Ce qu’on me prend, je le détruis, ce qu’on m’ordonne, je le nie ».

Dans cet ouvrage en diptyque le lecteur reçoit comme une déflagration le monologue déchaîné d’Olimpia Maidalchini, puis découvre le récit de sa vie en forme de Vita sombre et criminelle. Car la « papesse » aspirait à un destin d’exception. « Elle deviendrait sainte à Rome, pêcheuse d’hommes comme Simon, elle multiplierait les pains dorés et tous la suivraient, la servant comme une reine ». Cette curieuse biographie qui se passe d’objectivité et multiplie les facettes du personnage, ne vient qu’en un second temps, comme pour compléter et conforter l’autoportrait que délivre la Maidalchini.

Bol d'air, Serge Joncour

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 11 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions du Moteur

Bol d’air, Editions du Moteur, octobre 2011, 98 p. 12,50 € . Ecrivain(s): Serge Joncour Edition: Editions du Moteur

« Au bout du chemin il y avait une ferme, la cour était sans fond, une sorte de lac épais d’où deux petits bâtiments émergeaient, […] des arbres tout autour, et au-dessus un ciel noir fait de la même boue. Ici le silence venait de loin » (page 23).

C’est dans un décor sinistre que Philippe vient prendre son bol d’air. Un décor sinistre dans lequel vivent ses parents, tout contents de la visite de leur fils qui fait une brillante carrière dans les ordinateurs, à la ville.

D’emblée, Serge Joncour dépeint les lieux, les gens et les scènes de la vie rurale avec la lenteur d’un après-midi d’automne à la campagne par temps pluvieux.

« A chaque fois qu’il retrouvait son père il ressentait ça, d’abord une affection, d’abord il le trouvait cocasse, presque amusant, puis très vite, au bout d’une heure ou deux, d’un coup ça se gâtait et il ne pouvait plus l’encadrer » (page 29).

Si Philippe s’agace très vite du comportement de ses parents, il prend cependant sur lui, car ça n’est pas véritablement l’envie de passer du temps avec eux qui l’a mené jusqu’à ce coin reculé : il est en situation de faillite personnelle, il n’a plus d’emploi et même son portable ne fonctionne plus.

La Barbarie, Jacques Abeille

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 10 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, Roman, Editions Attila

La Barbarie, 2011, 123 pages, 15€ . Ecrivain(s): Jacques Abeille Edition: Editions Attila

 

Dernier volet du triptyque des Contrées, faisant suite aux Jardins statuaires et aux Barbares, la Barbarie, en faisant mine d’apporter un point final et un sens, nous enseigne une autre direction, ainsi que le suggère une phrase prononcée par le narrateur au terme de son procès : « (…) on se trompe sur le sens des événements ; nous ne nous éloignons pas de la barbarie, nous y allons » (p. 109).

Revenu à Terrèbre qu’il habitait au moment de son enlèvement par les Barbares, après plusieurs années de quête en compagnie des Cavaliers, le narrateur ne retrouve ni sa place ni son rôle dans une société rigidifiée. Cléton, un bureaucrate à l’emploi mal défini, spécialiste des abysses de l’administration le reçoit au « conservatoire du livre et de l’imprimé » et lui laisse une impression étrange « (…) il était à tous égards d’une inhumaine beauté et semblait quelque dieu antique… » (p. 35). Après une série de démarches dans un dédale administratif kafkaïen, il se voit confier un poste d’assistant subalterne à l’université où il était professeur avant les « événements ». Les temps ont changé. Le narrateur a la mauvaise idée de publier un article sur le peuple des Cavalières, mi-magiciennes, mi-amazones qu’il a rencontrées dans les steppes.

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Du domaine des murmures. Parution : 2011, 201 P. 16,90 € . Ecrivain(s): Carole Martinez Edition: Gallimard

1187. Esclarmonde est une jeune femme au caractère trempé mais : « […] de mon désir, nul ne s’en souciait » et c’est là un cri du cœur ! Cette damoiselle, promise à Lothaire, a osé dire non, le jour de son mariage ! Même l’archevêque s’en mêle et parle de miracle lorsqu’un agneau apparaît lors de la cérémonie. Esclarmonde se tranche l’oreille et, grâce à cette « apparition », elle devient la nouvelle « Agnès ». Son père ne peut aller contre son vœu et en habile architecte mais la peine au cœur, il va faire ériger une chapelle en pierre, dans le domaine des Murmures, obéissant ainsi à la volonté de Dieu ainsi qu’à celle de sa fille :

« Si Dieu lui réclamait sa seule fille vivante, c’était sans doute pour le punir de l’avoir trop aimée, trop bien gardée, trop regardée. Cette tendresse qu’il avait eue pour son enfant avait paru coupable ». L’histoire démarre par une haine sibylline et double de la part du père.

Esclarmonde a-t-elle fait le bon choix dans sa vie quand elle dit : « J’ai creusé ma foi pour m’évader et cette évasion passe par le reclusoir. N’est-ce pas étonnant ? » Elle s’aventure effectivement sur une voie dangereuse : « […] Entre le sommet et l’abîme, il n’y a qu’un pas et la chute menace ceux qui tentent de grimper, trop vite, trop haut. La chute ou le gibet » !

Monsieur le commandant, Romain Slocombe

, le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Nil

Monsieur le Commandant, Nil août 2011, 260 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Romain Slocombe Edition: Nil

 

1942 – écrivain, académicien, Paul-Jean Husson est pétainiste ardent, collaborateur enthousiaste, antisémite actif et convaincu. Il est aussi, évidemment, catholique pratiquant, puis adultère et incestueux. En effet, il tombe amoureux de sa belle fille, juive, dont il s’emploiera un temps à faire oublier l’origine, qu’il engrossera et, pour dissimuler un tel forfait, qu’il dénoncera aux autorités allemandes, avec lesquelles il est du dernier bien, leur demandant de l’envoyer, discrètement et avec ménagement, dans un camp de concentration.

Soit, donc, le salopard supérieur, un si parfait salopard qu’il confine à la caricature. De même que ses actes qui, à force, confinent au Grand-Guignol, le Grand-Guignol n’étant pas qu’ensanglantement, mais désignant aussi un excès, qu’il soit tragique, dramatique, psychologique.

Lors, quels sont les desseins de Romain Slocombe ? De dénoncer une sombre période de l’Histoire et de non moins sombres comportements ? Mais on sait. Qui ne sait ? On le ressasse et nous le rappelle lancinemment. De dessiner les contours du Mal ? Là, aucun risque. C’était gagné d’avance – et tautologique, comme d’analyser le mal dans le Diable.