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Les Livres

Mon petit bunker, Marine Bramly

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 12 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Mon petit bunker, 249 pages, 18 euros . Ecrivain(s): Marine Bramly Edition: Jean-Claude Lattès

 

« Noah cherchait sa boîte noire, comme on enquête après un crash » …
Le livre de Marine Bramly sonne, frappe, cogne comme les percussions du djembé. Autobiographique, sûrement, ou, en tous cas, elle la connaît bien, Noah, cette Marine !
Livre d’enfance, mais pas la vôtre ou la  mienne ; l’enfance d’une petite – bien blanche – qui ne vit pas en Afrique comme les toubabs, mais au milieu des noirs : « ma petite négresse blanche », dans les rues ; comme un garçon aussi, surtout pas à la fille : « j’attaque, je cogne, je gagne » n’est-elle pas la première phrase du livre…
Livre au goût fort du Sénégal – Dakar, la magie crasseuse de Gorée, la Casamance, ses pulsions indépendantistes et ses marabouts – Pas le pays des touristes (ceux-là se réfugieront plutôt dans les hôtels – ghetto de La Petite Côte) mais le Sénégal des bas-fonds vus par l’œil des enfants, où l’on se partage un pain – thon en guise de repas, où l’on n’a pas de jouets, parce que là, c’est « la tradition de donner son truc préféré ». Voyage au pays des figures fortes et goûteuses de gamins, de prostituées qui rigolent : « boutique mon cul » … Humour épicé et joyeux à tous les coins de pages ; on croit croiser Zazie et parfois, le petit Gibus.

Nostradamus, une médecine des âmes à la Renaissance

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 12 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Essais, Payot Rivages

Nostradamus, une médecine des âmes à la Renaissance, Paris, Payot, février 2011, 460 p, 27,50€ . Ecrivain(s): Denis Crouzet Edition: Payot Rivages

Qui était Nostradamus ? Un fameux astrologue qui, depuis sa haute tour, suspendait le cours de la vie des puissants ? Un devin ou un charlatan continuant à nourrir les peurs irrationnelles de nos contemporains et les bourses des pseudo-prophètes ? Nul ne le sait vraiment, comme le rappelle d’emblée Denis Crouzet. Assurément, Nostradamus est une légende. Ses Prophéties sont rappelées de génération en génération. De l’homme, on ne sait presque rien. Médecin, il affronte la peste, mais il songe surtout à éradiquer la peste mentale chez ses concitoyens. Il rédige alors ses célèbres prédications qui lui vaudront le respect des princes de son temps et une postérité à nulle autre pareille.
L’étude de Denis Crouzet ne s’intéresse pas aux délires imaginatifs qui entourent son sujet, elle n’est pas non plus un énième décryptage des quatrains, à grand renfort de poudre aux yeux et de colifichets effrayants. Bien, au contraire, l’historien de la Renaissance s’attache à déconstruire les procédés d’une écriture complexe et obscure et à mettre au jour le véritable projet du médecin de Salon-en-Provence. Cette biographie analytique s’appuie presque exclusivement sur cet aride matériel scripturaire.

Les Bûcherons, Roy Jacobsen

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 08 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Gallimard

Les Bûcherons, Gallimard, 194 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Roy Jacobsen Edition: Gallimard

Finlande, Hiver 1939. Alors que les forces soviétiques envahissent le pays, la petite ville de Suomussalmi est évacuée. Ses habitants incendient leurs maisons pour qu’elles ne tombent pas aux mains de l’Armée Rouge. Seul Timmo Vatanen, considéré comme l’idiot du village, refuse de partir. « La plupart des gens de la région ont pitié de moi, quand ils ne sont pas agacés par mon apparence ».
Rapidement, il découvre qu’il n’est pas tout seul.
« Et puis, j’ai fait deux découvertes : premièrement, tous les êtres vivants n’avaient pas déserté la ville, il restait les chats, j’en ai vu certains de mes yeux, quant aux autres, j’ai vu seulement leurs traces, il y en avait toujours plus qui zébraient la neige, telle une farine d’un blanc étincelant saupoudrée sur toute cette noirceur ».
Bientôt, les Soviétiques arrivent et bouleversent la ville. « Une foule d’hommes qui courent, marchent, en camion, à cheval, des étrangers, des silhouettes en noir et leurs machines qui ont brisé le silence et rempli la ville d’odeurs et de bruits qui n’y ont jamais existé, des milliers de silhouettes étrangères qui ont toutes quelque chose de bizarre et d’incertain, comme si elles avaient émergé du sol et ne supportaient pas la lumière du jour ».

le Garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Une traversée de l’Europe jusqu’en Israël qui amène Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir, à devenir Aharon ; qui transforme un réfugié en soldat paysan, pionnier d’un Etat en devenir ; qui transforme les rêves et l’irrépressible sommeil en une vocation d’écrivain.

Aharon Appelfeld évoque avec justesse le parcours de son narrateur adolescent, happé par les résurgences du passé et les racines familiales qu’il perd peu à peu au sein d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture et surtout d’une nouvelle langue qui vient supplanter sa langue maternelle. Le monde du rêve prend le pas sur la réalité vécue, permettant au fil ténu du souvenir de perdurer.

« Cette nuit-là je ressentis une solitude infinie. Il me semblait que la rupture avec mes parents et avec leur langue, commencée pendant la guerre, était en passe d’être consommée. Par ma faute, j’en étais persuadé. Je n’avais fait aucun effort pour conserver la chaleur de leur langage. Une pensée me traversa l’esprit : Marc avait dû faire le même constat avant de mettre fin à ses jours. »

Les Foudroyés, Paul Harding

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Le Cherche-Midi

Les Foudroyés, 186 p. 15 € . Ecrivain(s): Paul Harding Edition: Le Cherche-Midi

 

Le livre débute alors que George agonise sur son lit de mort, victime d’un cancer en phase terminale. Il est installé dans le séjour de sa maison. Séjour dans lequel sont installées de nombreuses horloges. George était en effet horloger. Les membres de sa famille, enfants, petits-enfants, viennent veiller sur lui.
Huit jours avant de mourir, George commence à avoir des hallucinations. La maison, par exemple, s’effondre tout à coup sur lui. Mais George se souvient également. Mais est-ce un vrai souvenir ? Ou est-ce une autre forme d’hallucination ?
« Allongé sur son lit de mort, George avait envie de revoir son père. Il avait envie d’imaginer son père ».
Il se souvient donc de son père, Howard. Vendeur itinérant, il sillonnait les routes du pays sur sa carriole, disparaissant parfois de la maison pendant des semaines. Son père était épileptique. S’il s’arrangeait pour cacher ses crises à ses enfants, George en fut témoin de quelques-unes qui le secouèrent, notamment, quand, au cours de l’une d’elles, son père le mordit.